Cancer et gourous :informer et soutenir les patients, peut-être un secticide efficace

Une fois encore, la MIVILUDES, chargée de surveiller les dérives sectaires, souligne la présence de gourous et autres personnages dangereux dans l’entourage des patients atteints de cancer.
Cette situation lamentable est, en partie, la rançon d’un certain oubli par la médecine des attentes des malades dans la prise en charge de leur pathologie.

De tous temps des personnages malhonnêtes ou ‘allumés’ ont tourné autour des malades du cancer. On trouve même des médecins qui n’hésitent pas à proposer aux malades d’abandonner leurs traitements pour se guérir à coups d’aliments ou de plantes, quand ce n’est pas en buvant leur propre urine.

Toutes ces méthodes n’ont, bien sûr, jamais fait l’objet d’évaluations, mais le jus de légumes est un commerce ‘juteux’ !

J’avais, dans mon entourage une pauvre femme qui a dilapidé toutes les réserves financières du couple en cartilage de requin et autres poudres vendues sur internet. Quand elle a bien voulu de la chimio, c’était trop tard.

Ces exemples sont multiples et l’essor du Net ne va sûrement pas calmer les ardeurs des marchands et des gourous.

Mais ces magiciens et ces bandits ont eu beau jeu de profiter de l’attitude d’une médecine qui encore aujourd’hui, même si c’est moins fréquent, a privilégié le ‘cure’ au ‘care’. En gros :’ je vais te soigner mais ne me demande pas de m’occuper du reste et dis moi merci !’

S’il est un domaine dans lequel il est fondamental de parler, de dire, de dire encore et de redire, c’est bien celui de la cancérologie. Le coup de masse initial de l’annonce de la maladie, l’image attachée à la chimiothérapie, les éventuelles mutilations nécessaires au traitement sont autant de coups de poings dans la gueule qu’il faut digérer.

Lors d’une formation que je suivais nous discutions des effets secondaires des thérapies ciblées, ces comprimés à prendre chez soi. Les ennuis sont parfois très sévères au point que des patients souhaitent arrêter le traitement. Nous en convenions tous, sauf un des participants qui  nous expliqua sa méthode. ‘Je dis aux patients : prenez ça ou vous allez mourir’
Impressionnant de psychologie et garantie assurée de livrer le malade pieds et poings liés à quelqu’un qui lui parlera mieux, qui lui vendra de la magie mais dont il aura l’impression qu’il le respecte.

La consultation d’annonce, quand elle est bien faite, est un vrai progrès en cancérologie. Mais il y a aussi ce que j’appellerai le ‘service après-vente’. Le tout n’est pas de prescrire un traitement. Il faut dire à celle ou celui qui va le prendre ce qui peut se passer. Le lui dire honnêtement, franchement, sans noircir le tableau mais sans l’alléger non plus.

Il faut un vrai partenariat et dire et expliquer qu’il y a des solutions pour combattre les effets secondaires autant que faire se peut. Dire qu’il y a des méthodes de relaxation, de réflexologie plantaire, d’acupuncture, d’auriculothérapie, de sophrologie qui existent.
Nombreuses de ces méthodes ont droit de cité depuis des années dans les Centres régionaux de lutte contre le cancer, regroupés maintenant sous le nom d’Unicancer. On les pratique également dans des centres privés, comme au Mans, au centre Jean Bernard.

Ces méthodes ont un peu plus de mal à pénétrer dans les hôpitaux, mais les portes s’ouvrent doucement.

On sait prendre en charge les nausées et les vomissements, on peut parler de la dépression, de l’insomnie, de l’angoisse, de la relation avec l’autre, le conjoint, les enfants.
On doit gérer la douleur, les conséquences sociales de la maladie.
Tout cela s’appelle soins de support et cela n’a rien à voir avec du palliatif. C’est cela le ‘service après-vente’ une façon d’être accompagnateur et partenaire.

Une expérience passionnante a été ainsi mise en place par le Dr Florian Scotté à l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris.

Il faut que les médecines complémentaires soient connues des équipes de cancérologie et que les sociétés savantes, à l’instar de ce qu’a fait en son temps la Ligue suisse du cancer, évaluent les méthodes pour faire le tri.

Dans le premier congrès au monde en cancérologie, celui de l’ASCO, on a parlé cette année d’une étude sur les graines de lin dans les bouffées de chaleur qui accompagnent la prise de médicaments anti-aromatase. L’étude est négative, mais elle a été faite.

Dans ce même contexte, on a pu apprendre l’intérêt du gingembre râpé en prévention des nausées dans les chimiothérapies, notamment dans le cancer du sein. Je renvoie au blog santé de France 2 pour les détails de cette étude.

On n’empêchera jamais les illuminés et les salopards de profiter d’une personne à terre pour lui faire les poches. Mais plus les malades ont le sentiment d’être traités en personnes responsables, plus on respecte leur dignité et leur intelligence, plus on les associé à la gestion de leur pathologie, moins on leur donne l’impression d’être seuls face à une fin inéluctable.

Si la cancérologie sait suffisamment s’ouvrir à autre chose que la prescription des drogues spécifiques, elle jouera pleinement son rôle et évitera, en partie, d’alimenter les marchands d’illusions.

Il ne faut jamais oublier que, selon l’Ordre des Médecins, trois mille médecins sont membres ou proches de mouvements sectaires en France.

L’information et l’aide au patient permettront peut-être de pulvériser une bonne dose de secticides.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancer et gourous :informer et soutenir les patients, peut-être un secticide efficace

  1. viais dit :

    bonjour,j’ai beaucoup d’admiration pour le docteur florian scotte qui est un homme adorable et surtout a l’ecoute de ses patients et trouver la meilleure solution pour le bien-etre du malade ,moi je suis l,epouse d,un malade atteint du cancer je suis toujours dans l’angoisse avec la maladie quand je le vois cela me rassure car cette une maladie qui m’isole beaucoup personnellement je remercie le docteur scotte pour le reconfort qu’il m’apporte cordialement

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