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Cancer/ASCO 2011:l’exemestane réduit l’incidence du cancer du sein chez la femme ménopausée à haut risque.

La prévention du cancer du sein chez les femmes ménopausées à haut risque pourrait changer de visage grâce à l’utilisation de l’exemestane, qui agit sur les œstrogènes. Mais attention, beaucoup d’incertitudes restent encore à lever.

Le risque de cancer du sein augmente avec l’âge. La fréquence des cancers du sein après la ménopause va croissant, d’autant que le dépistage systématique met en évidence des tumeurs souvent limitées.

Toutes les femmes ne sont pas égales devant le cancer du sein. Le risque est beaucoup plus élevé quand existe des lésions qualifiées d’atypiques, notamment des hyperplasies. D’autres lésions réputées bénignes pendant des années sont maintenant considérées comme des cancers localisés, appelés ‘in situ’.

Tout doit être fait pour empêcher ces lésions précancéreuses ou des lésions encore limitées d’évoluer vers des cancers invasifs.

Comme nombre de ces cancers de la ménopause sont hormono-dépendants des équipes de chercheurs internationaux (USA, Canada, Espagne et France) ont eu l’idée d’utiliser une molécule, l’exemestane, cette molécule empêche la transformation de précurseurs hormonaux en œstrogène en bloquant une protéine, l’aromatase.

L’essai baptisé NCIC CTG MAP 3 a inclus 4560 femmes ménopausées entre 2004 et 2010.
Il s’agissait de femmes à haut risque. Certaines avaient des cancers in situ qui s’étaient soldés, quelquefois, par une mastectomie. D’autres avaient des lésions dysplasiques ou atypiques connues pour multiplier le risque de survenue d’un cancer par 5. Dans l’taude on retrouvait également des femmes ayant un score de Gail élevé. Ce score est établi à partir de divers composants comme l’âge des premières règles, l’âge à la naissance du premier enfant, l’existence de cas de cancers du sein chez une mère ou une sœur, le fait d’avoir eu une biopsie du sein etc.

Au terme de 35 mois d’observation, on a constaté 11 cas de cancer du sein chez les femmes sous exemestane et 32 cas chez les femmes recevant le placebo. En termes d’incidence annuelle, la prise d’exemestane permet une réduction de 65 % des cancers invasifs et une réduction globale du risque de 53 % (HR : 0.47  IC95% : 0.27-0.79, p= 0.004).

Les effets secondaires des anti-aromatases sont bien connus : douleurs articulaires et musculaires et ostéoporose. Il existe aussi une diminution de la libido. L’ostéoporose est également un effet secondaire de cette famille de médicaments. Or, la durée de l’étude, 35 mois, ne permet pas d’en mesurer les effets et les conséquences.

Tient-on pour autant l’arme absolue anti cancer chez la femme ménopausée ? Sûrement pas pour l’instant. L’étude a concerné des femmes à haut risque, pas des les femmes tout venantes. Il faudra donc faire montre de prudence et savoir bien sélectionner les femmes auxquelles on donnera éventuellement ce produit. Rien, en effet, dans l’état actuel des connaissances, ne permet de dire que les effets seraient les mêmes chez des femmes ménopausées n’ayant pas ce profil à haut risque.

Il faudra aussi surveiller sur le long terme les effets de l’exemestane, car l’effet de privation sur les œstrogènes est certes bénéfique pour le cancer du sein mais on ne sait pas c qui peut se passer sur le long terme.
Or, on ne sait pas non plus quelle sera la durée optimale d’administration du médicament.

Il faut donc savoir lire les chiffres de l’étude et les interpréter avec une certaine retenue.

Plusieurs spécialistes français du cancer du sein que j’ai rencontrés à Chicago hier et aujourd’hui expriment leurs réserves . Pour eux il est trop tôt de se lancer dans la prescription systématique d’exemestane et il faut attendre la finalisation de l’étude.

 

Ils regrettent, d’autre part, le dénigrement systématique contre le  tamoxifene.

 

 

 

NB : Aux Etats-Unis, deux médicaments le tamoxifene et le raloxifene sont utilisés en prévention du cancer du sein chez les femmes à haut risque.
Cette indication n’est pas reconnue pour le tamoxifene en France.

Référence de l’étude :
Paul E Goss et al
Exemestane for Breast-Cancer Prevention in Postmenopausal Women
N Engl J Med .Published online 4June 2011 doi :10.1056/NEJMoa1103507

L’éditorial qui accompagne l’article :
Nancy E. Davidsonvand Thomas W. Kensler
“MAPping” the Course of Chemoprevention in Breast Cancer
Doi : 10.1056/nejme1106052

Présentation ASCO 2011 :
Abstract LB504 accessible sur le site de l‘ASCO

2 commentaires

1 ping

  1. Dominique a dit :

    Ce traitement pourrait-il être également prescrit aux hommes atteints d’une prédisposition génétiques BRCA1 ou BRCA2 ? mon oncle et mon grand-père sont morts d’un cancer du sein, je suis porteuse de l’anomalie BRCA2 et mon fils n’a pas encore fait le test …

    1. docteurjd a dit :

      REPONSE A DOMINIQUE :
      l’exemestane influe sur le devenir des oestrogenes. la mutation BRCA1 n’est pas concernée par ces hormones. Il s’agit d’un problème lié à la réparation de l’ADN.

  1. Cancer du sein – ASCO 2011 : focus sur la prévention « Après mon cancer du sein a dit :

    [...] comme s’interroge Jean-Daniel Flaysakier dans son blog, si cette excellente nouvelle a crée le buzz, peut-on crier victoire? En effet, dans un premier [...]

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