Hépatite C : des avancées à manier avec prudence.

La prise en charge de l’hépatite c est en train de connaitre une évolution très intéressante avec l’arrivée de deux molécules de la famille des antiprotéases. Un progrès indéniable pour les porteurs de la forme la plus rebelle aux traitements conventionnels.

Le congrès européen sur les pathologies hépatiques, l’EASL, qui vient de s’achever à Berlin a apporté la confirmation que le Boceprevir (BPV) et le Telaprevir (TPV) sont deux  molécules dont on va beaucoup parler dans les mois qui viennent.

Ces deux produits sont des antiprotéases. Leur action va contrecarrer la réplication du virus de l’hépatite C, VHC.

Ces nouvelles molécules vont être particulièrement utilisées chez les patients porteurs d’un certain type de virus VHC, celui qu’on dit être de génotype 1.

Il n’y a pas, en effet, un seul virus de l’hépatite C, mais divers types et sous-types.

Le classement principal se fait par génotypes. On en dénombre 11, les plus fréquents dans nos climats étant les génotypes 1,2 et 3.

Le génotype 1 est celui qui répond le moins bien au traitement par bithérapie qui est le standard actuel : ribavirine et interféron pégylé alpha 2a (P/R)

Boceprevir et Telaprevir ont fait l’objet de deux études séparées chez des porteurs de virus HCV de génotype 1

On a ainsi étudié le BPV chez des patients atteints d’hépatite chronique C et qui n’avaient, jusque là reçu aucun traitement. C’est l’étude SPRINT-2.

Les patients ont été divisés en 3 groupes. Chacun d’eux a reçu pendant 4 semaines le traitement standard P/R.

-Le premier groupe, dit ‘contrôle’ a reçu ensuite P/R et placebo pendant 44 semaines.

-Le deuxième groupe a reçu P/R et BPV pendant 24 semaines. Pour ceux qui ne répondaient pas au traitement, le passage vers le placebo et P/R  était acté pour 20 semaines.

-Le troisième groupe a reçu BPV et P/R pendant 24 semaines.

Le but était d’évaluer le pourcentage de patients ayant un taux indécelable de virus dans le sang, ce qu’on appelle une ‘réponse virologique durable’ ou RVD (en anglais SVR).

Cette RVD a été atteinte chez 67 % des patients prenant le BPV pendant 44 semaines et chez 68 % de ceux qui ont reçu la molécule pendant 24 semaines. Dans le groupe placébo, la RVD était de 40 % seulement.

Les effets secondaires les plus fréquemment rencontrés sous BPV étaient l’apparition d’une anémie et une atteinte du goût.

La deuxième étude, REALIZE, a été menée avec le TPV. Cette fois il s’agissait de patients déjà traités par la combinaison classique P/R qui n’avaient pas répondu au traitement ou répondu partiellement, ou bien avaient rechuté.

Cette fois encore 3 groupes de patients :

-Groupe 1 : TPV et P/R 12 semaines puis 36 semaines de traitement classique

-Groupe 2 : P/R 4 semaines puis TPV +P/R 12 semaines puis P/R 32 semaines

-Groupe 3 : P/R pendant 48 semaines, groupe placebo.

L’adjonction de TPV ç la bithérapie standard a amélioré la RVD dans tous les groupes, en particulier chez ceux qui avaient rechuté. On a constaté plus de 80 % de bonnes réponses dans ce groupe.

Mais, contrairement au BPV, il n’y avait pas de meilleur résultat avec un traitement d’induction reposant sur la bithérapie seule quatre semaines avant le début de l’antiprotéase.

Mais, comme à chaque fois, la médaille a son revers et déjà les spécialistes ont constaté l’apparition assez rapide de phénomènes de résistance.

Cela implique que ces nouveaux traitements soient administrés à bon escient dans des centres de référence et avec les bonnes indications.

On voit, par exemple, qu’il est inutile de donner un traitement d’induction de  4 semaines de P/R à des patients qui vont recevoir du Telaprevir. Ils n’en tireront aucun bénéfice mais en accumuleront toutes les toxicités.

La deuxième conséquence de l’arrivée de ces nouveaux antiviraux sera un recrutement plus important de patients. Une étude française présentée lors du congrès de Berlin prévoit qu’en 2012 ce sont 15000 à 19000 patients qui seront ainsi traités par ces nouvelles molécules, soit quatre fois plus que la situation actuelle.

Une explosion qui posera des problèmes aux centres spécialisés sans nul doute.

Et la prise en charge de l’hépatite C va, semble t-il , connaitre encore d’autres progrès avec l’arrivée de nouvelles molécules visant d’autres cibles que les protéases. En attendant un éventuel vaccin, objet également de moult attentions.

L’hépatite C, principalement transmise par voie sanguine, concerne plusieurs centaines de milliers de personnes en France, six cent mille environ. Un grand nombre, au moins le tiers, ignorent qu’ils en sont porteurs.

Référence de l’étude SPRINT-2 :

Fred Poordad et al

Boceprevir for Untreated Chronic HCV Genotype 1 Infection

N Engl J Med 2011;364:1195-206.

Résumé de l’étude

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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