Médecins et laboratoires : il y a parfois des relations acceptables !

Les relations de l’industrie pharmaceutique et des médecins connaissent des mises à plat douloureuses. Mais il faut faire attention à ne pas vouloir tout interdire au risque de g »ner la formation de certains spécialistes.

 
Il y a quelques semaines, je suivais, à Boston, la dix-huitième édition de la conférence sur les rétrovirus, la CROI, principale manifestation scientifique consacrée au sida.
La CROI est une conférence un peu spéciale. D’abord par sa taille, un peu plus de 4600 participants, ce qui est peu si on la compare aux congrès internationaux de cardiologie ou de cancérologie qui dépassent trente à quarante mille participants.
 
Ensuite parce que l’industrie pharmaceutique n’y a pas de stands d’exposition, comme dans les autres congrès. En cardiologie ou en cancérologie, ce sont plusieurs milliers de mètres carrés qui sont ainsi loués aux différents labos par les organisateurs.
 
A la CROI, pas de stands mais des contributions citées dans les pages du programme.
Une présence discrète donc, mais ‘efficace’. Avec une particularité : des dizaines de bourses de voyages attribuées à des médecins, des infirmières ou des sociologues de pays du Tiers-Monde sont attribuées par les organisateurs et financées par les laboratoires pharmaceutiques.
 
Ce sont les organisateurs qui choisissent, donc et les labos qui paient. Une opportunité pour des professionnels confrontés aux terribles réalités du terrain, de pouvoir passer quatre jours à écouter, échanger et nouer des contacts avec le gratin de la  ‘planète sida’.
 
Je ne suis pas un enfant de chœur ni totalement idiot bien que travaillant à la télévision. Je sais très bien que cette générosité n’est pas dénuée d’arrières pensées de la part des parrains. Mais, en ces temps difficiles et surtout dans le contexte de ces pays éloignés des grands centres académiques, permettre à des spécialistes, femmes et hommes de terrain de voyager et de pouvoir être accueillis au milieu de leurs pairs me satisfait pleinement, fût-ce au prix de de voir m’asseoir un tantinet sur mes convictions !
 
C’est vrai que le carnet de bord des labos en matière d’accès aux soins est loin d’être constellé de bonnes notes. Pendant des années, ils ont, par une politique de prix honteuse, bloqué l’accès aux traitements dans les pays où l’épidémie flambait. Ils ont également tout fait pour empêcher la mise à disposition de génériques à bas prix.
 
Les choses vont un peu mieux mais sont loin d’être parfaites comme le rappellelnt souvent bruyamment divers groupes activistes, notamment Act-Up.
 
Mais, je le répète, l’idée de fiancer plusieurs dizaines de bourses est une bonne idée et il faut la mettre au crédit des laboratoires.
 
Dans le contexte actuel et ce qu’à montré l’affaire du Médiator, il est devenu difficile et même dangereux de dire autre chose que du mal de l’industrie pharmaceutique !
Je n’ai, personnellement, aucun lien d’intérêts avec les sociétés pharmaceutiques, comme je l’ai notifié sur ce blog.
 
Je n’ai pas de société, pas d’activités annexes et connexes et je travaille dans une rédaction qui a une charte interdisant toute activité rémunérée avec une société commerciale quelle qu’en soit la nature.
 
Je suis d’autant plus libre pour dire que la vision soudain manichéenne des bons d’un côté et des salauds de l’autre est un peu simpliste.
 
 
DES CONGRES COÛTEUX 
 
 
On reproche, par exemple, aux labos de financer les voyages des médecins dans les congrès. Il faut dire qu’il y a congrès et congrès. J’ai vu des choses honteuses, comme ces voyages où les spécialistes viennent s’inscrire à la conférence pour prouver leur présence et partent aussitôt vers une destination plus exotique.
 
Mais ces agissements nuls, s’ils n’ont pas disparu, sont devenus beaucoup plus rares. Et vouloir tout interdire peut être dangereux.
Je prends l’exemple d’une discipline comme la cancérologie. Les grands congrès sont américains, le principal, l’ASCO, se déroulant chaque année en juin à Chicago. Un autre congrès, le SABCS uniquement dévolu au cancer du sein se déroule en décembre à San Antonio, au Texas.
 
Assister à de tels congrès coûte cher. Il y a l’inscription, plusieurs centaines d’euros, le voyage et l’hôtel. Au total plus de deux mille euros.
 
Une telle somme n’est peut-être pas énorme pour un chef de service, surtout s’il a une consultation privée. Elle devient lourde pour un jeune chef de clinique ou un interne.
Or, ces congrès sont un lieu d’échanges irremplaçable .
 
De plus, contrairement à d’autres disciplines, comme la cardiologie par exemple, les cancérologues ne peuvent pas prescrire au gré de leur humeur ou de l’influence de tel ou tel labo. Les traitements obéissent à des référentiels de bon usage, à des ‘guidelines’ c’est-à-dire des décisions établies par des collèges de spécialistes qui disent l’état des connaissances.
 
Rares sont les médecins qui vont suivre le congrès de l’ASCO à Chicago pour faire du tourisme. Les congrès américains commencent dès potron-minet et finissent tard.
 
Il faut donc peser le pour et le contre. Vouloir moraliser c’est sans doute nécessaire, mais faire passer le balancier de l’autre côté complètement c’est prendre le risque de priver les spécialistes d’une partie de leur accès à la connaissance.
 
Rien n’est facile. Les relations de certains labos avec les médecins, mais aussi avec des journalistes ou des chroniqueurs médecins sont loin d’avoir toujours été très claires. Des labos se sont servis et se servent encore de la presse pour pousser en avant leurs produits.
 
Il faut donc crever les abcès mais ne pas sombrer dans une attitude du ‘tous pourris’ qui en matière sanitaire comme en matière politique n’a jamais fait progresser la démocratie.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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