VIH/SIDA CROI 2011 : Progrès pour l’hépatite C, doutes sur le XMRV, prudence sur le HIV.

Premier bilan de la conférence sur les rétrovirus qui s’achève ce mercredi à Boston. Quelques progrès, notamment dans la prise en charge de l’hépatite C, des questions sur la prévention de la transmission du VIH par comprimés ou gel et un gros doute sur l’existence du virus XMRV.
 
J’évoquais hier ici les résultats complémentaires de l’étude iPrEX. Cette étude cherche à montrer qu’avec une prise quotidienne de deux molécules réunis en un seul comprimé, le Truvada®, on peut diminuer la transmission du virus VIH entre partenaires homosexuels masculins.
L’analyse finale montre une réduction de 42 % du risque. Cette étude vient après l’étude CAPRISA004, présentée à Vienne l’an dernier. Il s’agissait cette fois d’un gel vaginal, contenant du tenofovir, que les femmes devaient appliquer au maximum 12 heures avant un rapport et 12 heures après ce même rapport.
 
La protection avait été de 39 %, la salle faisant une ‘standing ovation ‘ aux chercheurs. Cet accueil qui peut sembler disproportionné au vu des résultats montre que, si l’attente est grande d’une prévention avant exposition, on est loin du miracle.
 
C’est ce qu’à souligné ce matin Connie Celum, de l’université de Washington à Seattle. Cette experte des essais de prévention a tenu à refroidir quelque peu les enthousiasmes en soulignant que ces deux études soulevaient plus de questions qu’elles n’amènent de réponses.
 
Le point le plus flagrant est la relativement mauvaise adhésion des participants au programme, que ce soit pour l’application du gel ou la prise du comprimé.
 
L’autre point c’est qu’on ne sait pas quelle peut être la concentration de ces produits au niveau local, muqueuses vaginale ou rectale, là où elles sont censées agir. On a constaté, par exemple, que chez les hommes qui avaient respecté à plus de 90 % les prises de Truvada, la protection n’atteignait que 68 %.
Autre inquiétude, que vont devenir les comportements si les sujets à haut risque pensent avoir, faussement, une protection absolue ? Il faudra accompagner ces protocoles de conseils, d’informations et ne pas relâcher la surveillance, notamment en matière de dépistage.
 
Ce qui est certain, c’est que les études continuent. Plusieurs essais sont en cours à travers le monde, visant surtout à protéger les femmes, grâce à des dispositifs plus faciles à utiliser tels des anneaux vaginaux délivrant progressivement les antiviraux pendant de longues semaines.
 
 
 
HEPATITE C: 30 % de guérisons en plus
 
 
Autre virus, celui de l’hépatite C, HVC. Ve virus est souvent à l’origine de coïnfections des sujets HIV+ et cette coïnfection est de mauvais pronostic dans l’évolution des patients ainsi contaminés. Ce virus est capable de provoqué des cirrhoses évoluant parfois vers un cancer du foie.
 
Il n’y a pas de vaccin contre ce virus, au contraire de celui qui cause l’hépatite B. mais il y a une intense recherche de médicaments avec des résultats encourageants dans un certain nombre de cas. Il arrive, en effet, que sous traitement, certains virus HVC disparaissent complètement.
Il y a six types de génotypes de virus HVC. Les génotypes 2 et 3 sont ceux qui répondent le mieux au traitement. Le type 1 est plus difficile à traiter et c’est vers lui que portent les efforts de la recherche.
 
On dispose depuis quelques années d’une bithérapie qui repose sur l’interféron α et sur la ribavirine.
 
Mais deux nouvelles molécules vont arriver incessamment sur le marché, le telaprevir et le boceprevir. Ces produits dont l’usage ne devra pas être galvaudé et qui répondent à des critères de mise en œuvre différents, permettent d’obtenir des réponses virologiques durables chez nombre de patients qui ne répondaient pas au traitement classique.
 
Stephan Zeuzem, de l’université de Francfort, en Allemagne, qui présentait les avancées en matière de traitement, a montré que des dizaines de molécules sont en essai pour prendre en charge cette infection. On estime qu’elle pourrait concerner jusqu’à six cent mille personnes en France actuellement.
 
 XMRV : VRAI VIRUS OU CONTAMINATION
 
 
Troisième ‘vedette’ de la journée, le feuilleton du virus XMRV. Rapide rappel des faits. Ce virus a té identifié dans des cellules de cancer de la prostate et chez des patients atteints du syndrome de fatigue chronique (SFC) aux Etats-Unis en 2009. Immédiatement des espoirs et aussi des marchés sont nés. On a développé des tests et certains patients ont commencé à prendre des antirétroviraux, les mêmes que pour traiter le VIH.
 
Mais plusieurs équipes européennes ont repris des prélèvements sanguins de patients atteints de SFC et de fibromyalgie et aucune de ces équipes n’a retrouvé ce fameux virus. Depuis, des publications contradictoires sortent sans arrêt, les esprits s’échauffent, on parle maintenant d’un autre virus qui ne serait pas le XMRV mais le MLV.
 
A Boston plusieurs sessions ont été consacrées à ce virus et aux controverses qui l’entourent.
La nouveauté c’est que plusieurs équipes ont publié des résultats visant à démontrer que ce ‘virus’ serait, en fait le fruit d’une contamination de laboratoire.
 
Sans entrer dans des détails complexes, ils ont repris les lignées cellulaires de cancer prostatique où il avait été d’abord identifié.
Pour bien comprendre, il faut savoir qu’on greffe sur des souris dites ‘nude’ des tumeurs humaines afin d’obtenir de grandes quantités de cellules cancéreuses. On fait plusieurs passages pour augmenter la ‘récolte’.
 
Une équipe de l’Institut national du cancer américain (NCI) a repris les différentes lignées de cellules de cancer de la prostate où a été trouvé le virus.
Et à leur grand étonnement, les premières lignées ne contiennent aucune trace de ce virus. Ils ont ensuite analysé l’ADN des souris utilisées et ils ont constaté la présence de deux ‘pré-virus’ pre-XMRV1 et pre-XMRV2.
 
Ils estiment donc que c’est la combinaison de ces 2 provirus qui a conduit à la naissance de XMRV. Et ce virus n’apparaît dans les lignées cellulaires qu’après plusieurs passages.
 
Il faut savoir que notre patrimoine génétique, notre ADN, contient au moins 1 % d’ADN d’origine virale. Des virus qui nous ont contaminés au cours du temps et qui ont laissé une empreinte indélébile dans nos cellules.
 
Et les genes de ces ADN viraux s’expriment plus ou moins selon les individus.
Ce qui est certain, c’est qu’en mesurant le XMRV, on ne sait pas bien ce qu’on mesure. La reproductibité des tests est plus ou moins douteuse et on ne peut que se poser des questions quand de grands laboratoires de virologie trouvent des résultats diamétralement opposés. William Switzer, du CDC d’Atlanta, par exemple, n’a pas pu retrouver trace de XMRV chez des patients atteints de SFC
 
Ce qui n’est pas fait pour aider les personnes souffrant de SFC et qui attendent des pistes pour pouvoir soulager leurs symptômes.
 
Référence des présentations :
 
 

Les résumés des présentations sont accessibles sur le site de la CROI, dans la rubrique ‘Program and abstracts’
Aller à ‘Browse program and abstracts’ et ensuite entrer le numéro de l’abstract puis cliquer sur Paper#
 

 

Pour le XMRV les numéros des abstracts sont :91LB et de 215 à 223
 
Les présentations de Connie Celum et Stephan Zeuzem sont en webcast sur le site de la CROI
 
Communiqué de presse sur les résultats intérimaires de l’essai de phase 2 du telaprevir chez les patients VIH+ coinfectés par le VHC.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à VIH/SIDA CROI 2011 : Progrès pour l’hépatite C, doutes sur le XMRV, prudence sur le HIV.

  1. Ber dit :

    En tout cas, s’il y a un endroit où le doute ne s’introduit pas pour l’instant, c’est la France.
    Le sujet semble très complexe puisque ceux qui travaillent sur cette hypothèse ne sont pas les premiers venus (Alter notamment).
    Ce qui m’interpelle si on fait fausse piste, c’est que les études « positives » ont trouvé des proportions assez comparables entre malades et témoins, peu compatibles avec une contamination.
     

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A KATI :

     

    Concernant les dons de sang, le doute s’installe également quant à une attitude définitive d’exclusion. http://blogs.nature.com/nm/spoonful/2011/03/experts_divided_on_risk_of_xmr.html

     

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A KATI :

    On  peut être dans un contexte autoimmun

  4. Kati dit :

    Merci pour vos commentaires sur XMRV, mais comment expliquez vous la presence d’anticorps chez les patients de sfc ? C’est interressant de savoir que Judy Mikovits a ete refusee pour presenter a CROI. Elle aurait explique son travail de quelques annees main tenant sur XMRV.

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