Mediator : on mutualise les dépenses mais on privatise les bénéfices.

La prise en charge intégrale par l’Assurance Maladie des personnes ayant pris du Mediator pose, au moins, deux questions : pourquoi est-ce à chacun d’entre nous d’assurer des dépenses liées à une série de défaillances et d’erreurs souvent évitables ? Pourquoi, aussi, ne pas impliquer le fabricant dans ces dépenses ?

 
La formule est lapidaire, classique et parfaitement explicite. Dans la crise sanitaire du Mediator, le choix qui a été fait est simple : on a privatisé les bénéfices et mutualisé les risques.
 
L’annonce par Xavier Bertrand de faire prendre en charge à 100 % par la Sécu les frais générés par les examens de surveillance des personnes ayant pris le médicament de Servier satisfait les associations, mais ne résout pas tout.
 
En dix ans, selon un document publié par Le Parisien, Mediator aura coûté 423 millions d’euros à l’Assurance maladie et aux mutuelles entre 1999 et 2009. Même si le chiffre peut paraître énorme pour les non-spécialistes, il n’est pas exorbitant pour un médicament. Certains produits destinés aux hypertendus et à ceux qui ont un excès de cholestérol grèvent les budgets de la protection sociale à un niveau autrement plus élevé. L’atorvastatine, par exemple, une statine utilisée pour les dyslipidémies coûte,chaque année, environ 50 millions d’euros en remboursement pour la seule part des mutuelles.
 
Mais le problème avec le Mediator c’est qu’à deux reprises, en 1999 et en 2006, cette molécule a fait l’objet d’une révisons par la Commission de transparence. Et, à deux reprises, ce médicament a été jugé sans intérêt ce qui aurait dû conduire à son déremboursement.
Or, jusqu’à son retrait en 2009, Mediator aura fait l’objet d’une prise en charge à 65 %.
 
Pourquoi le comité économique des produits de santé n’a-t-il pas pris la décision qui s’imposait deux fois de suite ? Il y a peu de chances que l’IGAS réponde à cette question dans l’enquête qu’elle mène et qui doit se terminer mi-janvier 2011.
 
Les décisions concernant les prix des médicaments, à la hausse ou à la baisse, n’obéissent nullement à des arguments scientifiques ou à un rapport coût-bénéfice ou coût-efficacité. Ces mesures sont éminemment politiques et totalement opaques.
 
Si le Mediator avait été fabriqué par un laboratoire étranger, il n’aurait sans doute pas été autant protégé.
 
Deuxième anomalie dans ce dossier, le fait de faire supporter à la collectivité la prise en charge des erreurs et défaillances dans la prescription de ce médicament.
Il ne s’agit pas d’imposer aux patients de payer de leur poche. Mais il est impensable également de penser qu’on va passer par pertes et profits les divers agissements ayant conduit à cette situation.
 
Car le Médiator va générer, malgré son retrait du marché, des coûts indirects conséquents. Visites chez le médecin puis échocardiographies. Cet acte est coté près de 100 euros, 95, 60 euros exactement.
Des centaines de milliers de personnes sont théoriquement concernées par le conseil d’aller voir un médecin et de faire des examens complémentaires. On va donc imposer des dizaines de millions d’euros de dépenses supplémentaires à notre système déjà bien malade.
Une goutte d’eau, certes, face au déficit colossal de la branche maladie. Mais, en même temps, on restreint certaines prestations pourtant utiles pour des personnes faibles ou malades.
 
Ces dépenses indirectes liées à la prescription de Mediator sont le résultat dans au moins un tiers des cas, voire 40 %, d’une prescription dévoyée d’un médicament déjà peu utile dans son indication principale.
 
Des médecins ont triché, prescrivant ce produit comme anorexigène, c’est-à-dire comme coupe-faim. Ces médecins n’ont pas respecté les règles. Ils ont prescrit sur des ordonnances usuelles, alors que les ordonnances pour diabétiques sont dites ‘bi-zones’, parfaitement distinctes d’une ordonnance classique. Elles n’auraient pas du faire l’objet d’une délivrance en pharmacie ni d’un remboursement par les Caisses primaires.
 
On peut savoir qui a prescrit dans les trois dernières années et qui, donc, a triché.
La défaillance des pouvoirs publics est assez évidente pour qu’on ne s’y attarde pas.
Mais ces pouvoirs publics ont choisi de demander à chacun d’entre nous qui cotisons pour l’Assurance Maladie de prendre en charge ces dépenses supplémentaires.
 
Pourquoi ne pas avoir prendre les sommes nécessaires sur des ressources budgétaires autres, notamment en les imputant en partie sur le remboursement du bouclier fiscal, par exemple ?
Populiste ? Oui, mais j’assume.
 
Enfin, il est impensable d’imaginer que Servier ne soit pas concerné dans ces dépenses.
Dans les années 90, une contamination par une bactérie, Mycobacterium xenopi,a touché des patients opérés à la Clinique du Sport, à Paris  A l’époque, le directeur de cabinet de Bernard Kouchner, un certain Martin Hirsch, obligea les médecins de cette clinique à payer, sur leurs propres deniers, plusieurs centaines d’examens IRM, très dispendieux, pour, au total, identifier 58 cas. Quasiment ruinés, les médecins durent vendre leur établissement.
 
Dans le cas du Mediator, Servier aura engrangé pendant plus de trente ans les bénéfices de ce médicament et, quand on finit enfin par se rendre compte du désastre, on ne demande rien à ce laboratoire.
 
Comment la CNAM et les mutuelles peuvent-elles accepter cela ?
Des médecins qui trichent, un laboratoire pharmaceutique qui nie l’évidence, un pouvoir politique qui se défausse sur le système de protection sociale, voilà une nouvelle illustration de cette France éternelle qui accumule les scandales sans jamais en tirer les leçons.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Mediator : on mutualise les dépenses mais on privatise les bénéfices.

  1. Sophie67 dit :

    A Oeil de Lynx 68

    J’ai lu votre commentaire. Je suis pharmacienne et j’ai été très choquée qu’un endocrinologue ai pu prescrire du Médiator pour un problème de thyroïde et qu’en plus ni son successeur ni le médecin traitant ne l’ont arrêté! Je n’en reviens pas, mais comment peut-on prescrire du Médiator pour un problème de thyroïde ?!!

  2. Randall dit :

    L’article The Corporation de Wikipedia explique que l’on devrait mettre Servier en prison. Pas l’individu, toute l’entreprise. Une entreprise capitaliste est psychopathe, à la recherche du profit, en externalisant ses problèmes et autres déchets. La pénaliser au porte-monnaie, jusqu’à l’inéluctable faillite, est une solution, comme pour la Clinique du Sport. Bonne suggestion !
    Il serait judicieux que l’on mette en place en France les procédures collectives qui le permettraient, comme les ‘Class Actions’ aux USA.

    Oeil de Lynx 68 > Oui, il conviendrait de vous associer, car juridiquement c’est long, lourd, onéreux, compliqué. Il y a des associations comme l’AAAVAM notamment :
    Nous tous > Qu’est-ce qu’on propose pour qu’un tel scandale ne puisse se reproduire ? Quel sera le prochain Mediator à votre avis ? Ouvrons la boite de Pandore ! Bonne année à tous…

  3. Natmoulin dit :

    Entièrement d’accord avec vous ! « on mutualise les dépenses mais on privatise les bénéfices. »
    On prends vraiment les français pour des abrutis !!!

    Et du coté des Laboratoires SERVIER, c’est silence radio ?

    Nat.

  4. Oeil de lynx 68 dit :

    Et que dire des médecins qui bernent leur patient en leur prescrivant le Mediator pour une raison autre que le diabète et/ou en tant que coupe-faim ?
    Oui, je fais partie de ces personnes a qui un endocrinologue a prescrit le Médiator pour traiter des problèmes de Thyroïde !!!
    Je fais partie de la cohorte SUVIMAX et c’est lors d’un contrôle médical que mon problème de thyroïde a été découvert. Je vais donc voir un endocrinologue avec la lettre du médecin de SUVIMAX. Effectivement j’ai des nodules thyroïdiens et "en attendant les résultats du labo" il me prescrit du Mediator, traitement qu’il a laissé en place lorsqu’il a mis en place mon traittement par Levothyrox… C’est un spécialiste, sensé savoir ce qu’il prescrit et pourquoi…
    J’ai pris ce médicament durant au moins cinq ans, car le successeur du médecin prescripteur a bien entendu continué à m’en prescrire, toujours au même motif, même après l’arrêt du Levothyrox. Mon médecin traitant d’alors que j’ai questionné lorsque j’ai su que le Médiator allait être r etiré du marché, m’a dit que c’était des "conneries" que ce médicament ne pouvait pas être retiré du marché…
    Mon fils, préparateur en pharmacie m’a parlé de problèmes concernant ce médicament et je ne l’ai plus pris, bien que prescrit.
    Je sais depuis quelques temps que mon endocrinologue de l’époque prescrivait le Mediator à toutes les personnes en surpoids, sans le leur dire, et surtout sans essayer de comprendre la raison de ce surpoids (pour lui être en surpoids = bouffer), ce qui n’était pas mon cas.
    Je veux tout de même vous signaler qu’au mois de février 2010 j’ai failli mourrir à cause d’un problème d’arythmies cardiaques "inexpliquées" !!! dont nous avons une explication maintenant…
    Ce que j’ai constaté pendant mon traitement au Mediator : ma TA n’a pas arrêté de grimper, et je me suis retrouvée avec 20 et même 22 de tension au bout d’un an ! ce que mon médecin traitant trouvais normal…
    C’est mon cardiologue qui m’a mis un traitement en place pour la tension, mais nous n’avions pas parlé du Mediator…
    Je dois le revoir courant janvier pour des examens approfondis en connaissance de cause cette fois-ci.
    S’il existe une association de personnes qui comme moi ont été abusées par la pescription de ce médicament qui portent plainte, je suis prête à les suivre, car je trouve cela inadmissible d’avoir été bernée à ce point et par un médecin.
    Pour la petite histoire, je n’ai pas perdu un gramme durant toutes ces années. Je suis en invalidité polypathologie depuis 1992, et ai été traitée à la cortisone durant de longues années, traitement repris actuellement.
    Voilà, je voulais vous dire mon histoire et reste à votre disposition pour tous renseignements qui pourraient vous être utiles.
    (J’ai reçu une lettre de l’afssaps début de semaine)
    Jacqueline

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