Dépistage du cancer du col de l’utérus : le test HPV ne doit pas remplacer le frottis chez les femmes jeunes.

S’il est un domaine dans lequel les pressions commerciales ne se soucient guère des données de la science, c’est bien le dépistage du cancer du col de l’utérus. Les tentatives pour implanter les tests HPV en lieu et place du dépistage par frottis ne cessent pas.
 
Lors des Journées 2010 du Collège national des Gynécologues Obstétriciens Français, le CNGOF, on va ‘remettre le couvert’. Devant cet aréopage spécialisé, il sera dit, une nouvelle fois, que le test chargé de dépister le HPV, le papillomavirus humain, surpasse le frottis.
 
Le problème, avec cette affirmation, c’est qu’elle va à l’encontre des préconisations qui vont bientôt être publiées par divers spécialistes de l’Union européenne. Ces recommandations reconnaissent la valeur des tests HPV, mais seulement à partir de 35 ans, pas d’emblée en lieu et place des méthodes traditionnelles de dépistage.
 
Je rappelle, au passage, que la France ne dispose toujours pas d’un programme national de dépistage du cancer du col de l’utérus et qu’on estime que près de la moitié des femmes à haut risque pour ce cancer ne bénéficient d’aucune forme de dépistage. D’un autre côté 51 % des femmes sont suivies trop fréquemment par rapport aux préconisations de bon usage du frottis de dépistage.
 
Revenons-en à ce test de dépistage du HPV. Ce virus est impliqué dans une grande proportion des cancers du col de l’utérus, particulièrement les HPV 16 et 18, mais aussi 31,33 et 45.
 
Mais, la présence de virus HPV sur un test ne veut absolument pas dire que l’évolution se fera vers un cancer du col de l’utérus, loin de là.
Dans au moins 90 % des cas, l’infection par HPV va cicatriser en deux ans au maximum, sans aucune séquelle. L’évolution vers une lésion cancéreuse avérée se fera dans 1 à 2 % des cas, après au moins dix ans.
 
Le risque de se jeter sur des tests de dépistage d’emblée, chez des femmes jeunes c’est d’en arriver à ce qu’on appelle un surdiagnostic.
 
Cela signifie qu’on risque de traiter des lésions qui, je le répète, vont disparaitre spontanément en sans séquelles dans neuf cas sur dix.
Traiter, cela veut dire souvent proposer une ‘conisation’. Cette intervention consiste à enlever une petite partie du col de l’utérus, mais suffisamment large pour passer ne zone saine et éliminer la lésion.
 
Cette conisation constitue un geste radical, certes, mais fragilise la statique du col de l’utérus et peut avoir des conséquences importantes pour le devenir obstétrical de ces femmes jeunes, sans enfant.
 
Le col risque, en effet, de ne pas se maintenir fermé pendant la grossesse et provoquer ce qu’on appelle familièrement des ‘fausses couches’.
Un prix fort à payer pour une infection spontanément guérissable.
 
C’est pour cela que les spécialistes européens sous la conduite du Pr Marc Arbyn, de l’Institut de santé publique de Bruxelles, souhaitent qu’avant 35 ans, les femmes bénéficient d’un dépistage classique par frottis.
Ils recommanderont l’utilisation du test HPV seulement chez des femmes un peu plus âgées, à partir de 30-35 ans, âge auquel les femmes ont généralement déjà eu au moins un enfant et pour lesquelles la conisation aura moins de risques de poser des problèmes. Il faut aussi trouver un système de triage qui permette de faire la part entre les lésions qui vont évoluer et celles qui ne bougeront pas. ce pourrait être la protéine p16, par exemple.
 
Cette attitude raisonnable et bien évaluée va, cependant, se heurter aux forces du marché et aux annonces médiatiques relayées par des spécialistes ayant l’oreille des journalistes, notamment dans des magazines féminins.
 
Il n’est donc pas inconcevable de voir proposer de mettre la charrue avant les bœufs et des lobbyistes plaider pour la mise en place du test HPV alors que le dépistage généralisé n’est même pas encore institué en France.
 
Les campagnes en faveur de la vaccination contre le HPV ont tendance à prétendre à une protection absolue grâce au vaccin, alors que ce vaccin protège contre 70 % des HPV impliqués dans le cancer du col.
 
On peut donc imaginer qu’un message réducteur, voire simpliste, laisse entendre qu’en termes de santé publique, le test HPV d’emblée protège mieux les femmes qu’un frottis de dépistage, quel que soit l’âge.
 
Il faut espérer que les pouvoirs publics d’un côté et les médecins de l’autre ne se laissent pas abuser par des arguments ne reposent pas obligatoirement que sur de preuves scientifiques.
 
 
Le compte-rendu de l’intervention de Marc Arbyn lors de la réunion de l’INCa

La video (Marc Arbyn est le 2ème intervenant)

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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