VIH/SIDA : un traitement préventif testé chez des homosexuels masculins.

Tenter de prévenir la contamination par le virus VIH au moyen d’une prophylaxie médicamenteuse est une voie de recherche de plus en plus explorée pour certains groupes. Aujourd’hui, une étude réalisé chez des homosexuels masculins fournit un certain nombre de résultats intéressants mais pose aussi quelques questions  

 
L’étude internationale baptisée iPrEx (Preexposure Prophylaxis initiative) a consisté à proposer la combinaison de deux molécules : le tenofovir et l’emtricitabine, Truvada®, à des hommes ou des femmes transgenre (donc nés garçons) ayant des rapports sexuels avec des hommes. Le groupe contrôle recevait un placebo.
 
Pour entrer dans l’étude, il fallait être de sexe masculin, ou né de sexe masculin, avoir au moins 18 ans et être séronégatif pour le VIH. Il fallait, en outre, être considéré comme ayant un haut risque de contracter une infection par ce virus.
 
L’étude s’est déroulé de juillet 2007 à décembre 2009 et a inclus 2499 personnes. Le groupe traité avait une moyenne d’âge de 27,5 ans, le groupe placebo était légèrement plus jeune en moyenne, 26,8 ans.
 
Au final l’analyse a porté sur 1224 sujets traités et 1217 sous placebo. Environ 91 % des sujets des 2 groupes ont utilisé les comprimés qui leur ont été remis.
 
Au bout du suivi et après plus de 39000 tests pratiqués, il y a eu cent séroconversions constatées, c’est-à-dire cent hommes devenus séropositifs pour le VIH.
 
Trente-six étaient dans le groupe recevant la combinaison antivirale et soixante-quatre dans le groupe placebo.
Cela équivaut à une réduction de 44 % du risque de contracter le virus VIH pour ceux qui recevait le Truvada.
 
Ce résultat est inférieur à ce qu’escomptaient les auteurs de l’étude, même si, ajoutée à une information répétée souvent et à l’usage recommandé de préservatifs, cette diminution de 44 % du risque est une nouvelle importante.
 
La prise de ces antiviraux a été assez bien tolérée, hormis quelques altérations de la fonction rénale et des nausées.
 
Mais cette étude pose aussi des questions non résolues. Ainsi, se pose le problème de la sélection de souches résistantes, déjà présentes chez les personnes concernées et qui seraient aisément sélectionnées par cette chimioprophylaxie. Il ne peut pas être écarté que ces souches résistantes diffusent ensuite plus facilement à l’occasion de rapports non protégés.
 
L’autre question concerne la façon dont une telle étude sera interprétée. A un moment où il se confirme que les comportements à risque reprennent de plus belle dans certains milieux gays, une telle étude peut générer le sentiment qu’il existe un traitement préventif et qu’on peut encore un peu plus baisser la garde.
 
Or, il ne s’agit pas d’un traitement anodin, loin de là et le sida reste une maladie mortelle, malgré tous les progrès thérapeutiques.
 
 
Référence de l’étude et de l’éditorial qui l’accompagne :
 
Robert M. Grant,
Preexposure Chemoprophylaxis for HIV Prevention in Men Who Have Sex with Men
N Engl J Med 2010. Published online November 23 2010 doi :(10.1056/NEJMoa1011205
 
 

Nelson L. Michael
Oral Preexposure Prophylaxis for HIV — Another Arrow in the Quiver?

N Engl J Med.. Published online November 23,2010 doi :10.1056/nejme1012929

Accessibles sur le site du NEJM.

Je vous conseille également de lire l’analyse très complète de cette étude faite par le Dr Jean Yves Nau sur le site Slate.fr

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à VIH/SIDA : un traitement préventif testé chez des homosexuels masculins.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A T77 :

    Des essais, sous forme de gel vaginal, ont déjà été faits avec des femmes en Afrique.

    Là, il s’agissait, dans un groupe ayant des comportements à haut risque, de vérifier une nouvelle fois l’eventuel intérêt d’une prophylaxie pré-exposition.

    Le taux de diminution du risque est quasi comparable aux taux relevés avec le gel dans un contexte hétérosexuel.

  2. T77 dit :

    Bonjour, excusez mon inculture mais j’aurais aimé savoir pourquoi le cocktail n’a été testé que chez les hommes ? Je crois que je n’ai pas bien compris le mécanisme.
    Merci

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