Mediator : et si on parlait un peu du rôle des médecins prescripteurs ?

Dans l’affaire du Médiator, on va tomber à bras raccourcis sur le laboratoire et l’Agence de sécurité sanitaire, l’Afssaps. Mais il ne faut pas oublier qu’un médicament est prescrit par un médecin, qui, théoriquement, doit respecter les indications de l’autorisation de mise sur le marché, ou AMM.

C’est une anecdote exemplaire que m’a raconté ce matin une voyageuse dans le TGV entre Tours et Paris.
Cette femme qui a de bonnes connaissances médicales consulte l’hiver dernier sa gynécologue. Elle est ennuyée. Elle est ménopausée depuis peu, prend un traitement hormonal substitutif et elle a pris un peu de poids. Elle demande donc à sa spécialiste si ce THS peut être la cause de sa prise de poids ou s’il s’agit simplement d’un phénomène naturel.
‘Rien de bien méchant’ lui répond la gynéco à la descente de la balance ‘je vais vous donner du Médiator’.
Mon interlocutrice s’étonne : ‘Je ne suis pas diabétique, pourquoi du Médiator ?’. Il faut dire que son domaine d’activité fait qu’elle connait bien la diabétologie.
‘ Non, c’est juste un booster’ répond la gynécologue ‘Ca va vous aider à perdre un peu de poids’.
Exemple typique d’une prescription qui ne respecte pas l’indication thérapeutique précisée dans l’AMM ‘Adjuvant du régime adapté chez les diabétiques avec surcharge pondérale.’
On peut donc parler d’une prescription hors AMM. Une pratique possible mais fortement déconseillée aux médecins, sauf dans des cas bien particuliers et en s’entourant d’un grand nombre de précautions. Car, pour le praticien, le risque de voir sa responsabilité engagée en cas d’accident n’est pas nul.
Théoriquement, même, ces prescriptions de Médiator hors AMM auraient du se faire sans que les patients puissent bénéficier du remboursement.
Il est simple, facile même, de mettre toute la faute sur le laboratoire et sur les pouvoirs publics. Ils sont loin d’être exempts de reproches.
Mais il faudrait aussi se demander comment des médecins peuvent prescrire ainsi un produit pour lequel ils n’ont aucune preuve scientifique de l’efficacité en tant que produit anorexigène, dans une population non-diabétique.

Le résumé des caractéristiques du produit.RCP sur le site de l’Afssaps

Un grand merci à Jean Marie Vailloud, qui tient le passionnant blog www.grangeblanche.com et qui m’ a fourni deux sources concernant la responsabilité médicale en cas de prescription hors AMM

La fiche de la MACSF

La fiche 44 du livre de Michel Bernard : ‘120 questions en responsabilité médicale’ . Masson ed.2007

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Mediator : et si on parlait un peu du rôle des médecins prescripteurs ?

  1. 100Medoc dit :

    Intéressant votre blog, en ce qui concerne cet article, on devrait lutter contre la tendance à prescrire absolument des médicaments quand des changements comportementaux sont plus sains, plus efficaces, moins chers et sans effets secondaires indésirables!

    La question suivante est bien sûr de savoir comment lutter et la réponse consiste principalement à élever l’intelligence collective tout en trouvant un système politico-médical mieux adapté! L’analyse détaillée touche évidemment toute les facettes de la vie humaine et se résumerait probablement sur un centaine de pages , mon prochain post 🙂

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE AU DR V :

    C’est bien le problème, éternel, d’une information des praticiens faite quasi-exclusivement par l’industrie ou par des ‘experts’ qui sont souvent rémunérés par elle.

  3. Docteur V dit :

    Bonjour,
    Combien de médecins connaissent les AMM des médicaments qu’ils prescrivent ?
    Comment peut faire un médecin, s’il n’est pas abonné à Prescrire, pour savoir qu’un médicament pose problème ?
    Pour le Médiator : il serait facile à la caisse de retrouver une grande partie des prescriptions hors AMM puisque les diabétiques sont en ALD (100%). Toute prescription hors ALD était suspecte. Mais bien sûr, ils n’ont rien fait et ne feront rien.

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