Médicaments : Comment les pouvoirs publics aident la Sécu à creuser son trou, sans se facher avec les labos.

Pour faire des économies en matière de dépenses de santé, on peut  faire supporter la charge en partie aux patients et diminuer les remboursements. On peut aussi impliquer les laboratoires et abaisser le prix des médicaments. L’Allemagne vient de choisir cette seconde solution. Bénéfice escompté : 1,7 milliard d’euros par an. En France, la fixation des prix reste toujours aussi opaque.
 
L’Allemagne est une grande puissance économique, en bien meilleure santé que nous. Et en matière de santé, c’est un pays avec une industrie pharmaceutique puissante malgré la présence depuis très longtemps de médicaments génériques.
Les grands laboratoires pharmaceutiques ont toujours beaucoup porté d’intérêt au marché allemand car les prix obtenus pour leurs nouveaux produits servent souvent de base aux autres pays pour fixer le leur. Et c’est, rappelons le, le premier marché pharmaceutique de l’Union Européenne.
 
Ainsi, en France, les instances officielles qui fixent les prix se réfèrent aux données d’outre-Rhin en même temps qu’aux prix accordés en Italie ou en Espagne.
 
Mais, au contraire de chez nous où règne une quasi-totale opacité sur les raisons d’attribution d’un prix à une molécule nouvelle, l’Allemagne vient de décider de ne plus laisser la bride sur le cou aux industriels et de modifier les règles du jeu.
 
Désormais, pour toute nouvelle molécule, il y aura une confrontation entre, d’un côté le fabricant et de l’autre l’Agence d’évaluation sanitaire, baptisée IQWIG.
 
Si la nouvelle molécule n’apporte aucun service médical supplémentaire par rapport à ce qui existe, pas de nouvelles indications par exemple, le produit verra son prix fixé avec une certaine limite en cohérence avec les produits de la même classe déjà sur le marché.
 
Si l’innovation est réelle, le laboratoire pourra alors négocier avec les divers systèmes d’assurance publics et privés pour obtenir le prix de son produit.
 
On risque, bien entendu, de rentrer dans des négociations de ‘marchands de tapis’ mais il faut savoir que les vraies innovations sont très rares et que, bon an mal an, ce nouveau système devrait permettre une économie de 1,7 milliard d’euros chaque année !
 
De quoi faire rêver de ce côté ci du Rhin. D’autant que la France vient encore de s’illustrer a contrario des Allemands par une décision plus qu’étonnante.
 
Elle concerne une molécule, la Dronédarone, commercialisée sous le nom de MULTAQ® par le laboratoire français Sanofi-Aventis.
 
Ce médicament est indiqué dans certains troubles du rythme cardiaque.Il devait peu à peu remplacer un ancien produit, très efficace, l’Amiodarone, vendu sous le nom de Cordarone®
L’amiodarone a un inconvénient certain, il contient de l’iode. Cet iode s’accumule dans les tissus et peut provoquer des troubles de fonctionnement de la glande thyroïde mais aussi des fibroses pulmonaires.
 
La Dronédarone a été évaluée par la Haute Autorité de Santé, la HAS.
Cet organisme a reconnu que, comme l’amiodarone, le MULTAQ rend un service médical important.
Mais la HAS souligne que ce médicament n’améliore nullement le service médical rendu par la CORDARONE, ce qui se traduit, administrativement, par la cotation ASMR V (ASMR : amélioration du service médical rendu ; allant de I : majeur à V : aucune amélioration).
 
Et c’est là qu’on s’aperçoit que la France n’est pas l’Allemagne !
 
La Cordarone est vendue 12,86 euros. La molécule princeps, l’amiodarone est génériquée et se vend environ 9 euros.
 
Le Multaq aurait obtenu un prix de 83,39 euros ! Soit sept fois le prix d’un produit auquel il n’est pas réellement supérieur.
Avec, bien entendu un remboursement à 65 %.
 
Un traitement journalier par Cordarone, selon la dose, varie de 0,22 à 0,86 euros.
Avec le Multaq ce traitement est de 2,78 euros.
 
Et la fixation du prix est quasiment classée ‘secret-défense’ !
 
Nous sommes définitivement bien en France, pas en Allemagne !
 
 
Lire le résumé de  l’avis de la HAS
 
L’avis de la revue PRESCRIRE, indépendante de l’industrie pharmaceutique :
 
Lire également l’article en français sur Theheart.org  
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Médicaments : Comment les pouvoirs publics aident la Sécu à creuser son trou, sans se facher avec les labos.

  1. Minorite_ dit :

    Question bête: le coût de fabrication de la dronédarone est peut-être bien plus élevé que celui de l’amiodarone ?

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