Télémédecine : un instrument utile et pas un gadget pour les ‘bobos’



C’est fait. Depuis le 19 octobre 2010, la télémédecine a un statut légal en France. Mais, pour autant, tout ou presque reste à faire pour permettre aux patients et aux médecins d’utiliser les techniques actuelles de communication.

 
On appelle cela les TIC, mais ce n’est pas pathologique. Ce sont les techniques de l’information et de la communication et cela va de votre téléphone mobile au fax en passant par le réseau Internet.
 
Et, bien entendu, la médecine ne pouvait que s’intéresser aux TIC, ou plutôt de nombreux opérateurs et industriels ont envie que la médecine s’y intéresse.
 
Quel marché juteux en effet, entre les sites Internet, les WebTV, les programmes destinés à l’éducation thérapeutique des patients (ETP) dans laquelle l’industrie pharmaceutique veut s’engouffrer tout comme les opérateurs de téléphonie qui y voient un nouveau marché pour leurs applications.
 
Mais il y a aussi une activité qui, depuis des années, intéresse beaucoup de monde, c’est la télémédecine. En gros, comment mettre un patient et un professionnel de santé en relation sans que le premier ait à se déplacer chez le second ?
 
Un problème aux entrées multiples car il faut pouvoir se voir, consulter des documents personnels et couverts par le secret médical et, ce n’est pas la moindre des choses, se faire payer quand on est le médecin !
 
Une partie de la réponse vient d’être donnée par la publication d’un décret daté du 19 octobre 2010 et qui fixe les conditions d’exercice de la télémédecine en France.
 
D’abord, de quoi parle-t-on ?
La définition colportée par certains journaux, et qui résume la télémédecine au fait de pouvoir consulter son médecin traitant de chez soi, par e-mail ou webcam et recevoir l’ordonnance en pièce-jointe, est vraiment simpliste.
 
Derrière ce terme se cachent, en effet, cinq activités différentes mais qui ont un point commun : elles ne pourront se faire qu’avec l’assentiment du patient dûment informé.
 
La téléconsultation : comme son nom l’indique un patient pourra consulter un médecin ou un psychologue à distance, en présence éventuellement de son médecin traitant ou d’un professionnel de santé.
 
 La téléexpertise : elle permettra à un professionnel médical de solliciter à distance l’avis d’un ou de plusieurs professionnels médicaux en raison de leurs formations ou de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales liées à la prise en charge d’un patient.
 
 La télésurveillance médicale : Le médecin peut ainsi interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un patient et, le cas échéant,  prendre des décisions relatives à la prise en charge de ce patient. Ce peut être un tracé d’électrocardiogramme, par exemple (ECG) ou le monitoring des bruits du cœur du fœtus chez une femme enceinte.
 
 La téléassistance médicale : qui a pour objet de permettre à un professionnel médical d’assister à distance un autre professionnel de santé au cours de la réalisation d’un acte.
 
 La réponse médicale apportée dans le cadre de la régulation médicale : il s’agit là des situations où il est fait appel à un service d’urgence
 
On voit donc qu’on est face à diverses utilisations potentielles bien loin du fantasme.
Il ne s’agit pas, a priori, de consulter son médecin et de se faire livrer l’ordonnance comme on commande une pizza ou un film en VOD.
 
A priori, dis-je, car, et c’est déjà le cas, il y a des médecins qui consultent largement sans voir les patients et se servent de courriels pour les suivre. Il suffit de se connecter à certains sites pour voir comment apparaissent des bannières publicitaires avec souvent le même visage qui vous propose de vous alléger de plusieurs kilogrammes et d’un certain nombre d’euros en même temps. Un précurseur !
 
Ce genre de médecine à distance continuera à exister. Mais il faudra officiellement en déclarer la pratique auprès de son Agence régionale de santé. La question est e savoir si les contrôles seront efficaces.
 
Il est certain aussi que des urbains très pressés, amateurs de courses sur internet, de sushis sur internet et autres activités en ligne trouveront des médecins prêts à gérer leurs bobos sans se déplacer.
 
Mais au-delà de ces dérives prévisibles, on peut imaginer que la télémédecine aide les patients et les médecins vivant dans des zonas peu médicalisées à mieux vivre.
 
Dans la région où je vis, 73 % des communes n’ont plus de médecins généralistes. Dans certains des départements, les transports en commun sont assez déficients et aller consulter le spécialiste à la ville préfecture relève de l’expédition.
 
De même, pour les médecins, pouvoir quérir un avis spécialisé dans certains domaines sans avoir à courir les routes sera une aide précieuse.
 
La situation des médecins de famille est, en effet, paradoxale. On leur demande d’être omniscients, de connaître toutes les pathologies, même celles qu’ils ne voient jamais. On n’en exige pas le dixième d’un spécialiste, qu’on respecte même s’il ne gère qu’un aspect très parcellaire de l’individu.
 
Chaque médecin a ses sujets favoris et aussi ses points faibles. Avec la télémédecine, il y a là une bonne façon de pouvoir pallier certains manques ou renforcer sa formation médicale permanente.
 
Mais cela doit se faire en ‘couple’ patient et médecin ensemble. Pas le patient dans le dos de son médecin. Et il ne faut pas voir cette téléconsultation comme un aveu de faiblesse du médecin ou une forme d’incompétence.
 
Economiquement, humainement aussi, c’est éviter des déplacements fastidieux et parois inutiles à des patients souvent âgés, affaiblis et pas obligatoirement rassurés de se trouver amené dans une structure inconnue où ils ne seront pas obligatoirement toujours bien reçus.
Mais la télémédecine ne marchera que si les pouvoirs publics donnent aux professionnels les moyens corrects pour travailler, financiers y compris. Rien ne serait pire que de prendre cela pur un pis-aller chargé de colmater tant bien que mal, la désertification médicale.
 
L’exemple de la cancérologie est une bonne illustration de l’intérêt de cette méthode. Aujourd’hui les médecins de famille sont amenés à suivre de plus en plus de patients traités pour cancer en ambulatoire. Mais ces médecins se plaignent, à juste titre, de ne pas assez souvent être au courant des Plans personnalisés de soins (PPS), ou de ne pas maîtriser tous les effets secondaires des thérapies ciblées.
 
On peut donc imaginer l’intérêt commun de pouvoir prendre un avis spécialisé auprès d’un centre de référence, sans pour autant faire une centaine de kilomètres pour le patient et attendre des heures une réponse pour le médecin.
 
On peut aussi scanner une radio, et, come certains le font encore, demander la lecture d’une lame de frottis sanguin par un biologiste rompu à la chose !
 
Tout est à inventer à condition de s’assurer que les données confidentielles des patients ne risquent pas d’atterrir n’importe où. Il y aura aussi des tentations marchandes de grands groupes qui proposeront aux patients d’héberger’ leur dossier médical.
Là encore, il faudra être très prudent.
 
Mais la télémédecine est une chance à saisir, bien au-delà des images simplistes.
Et peut-être une façon d’aider des médecins isolés à ne pas quitter des villages ou des cantons où ils restent indispensables pour nombre d’habitants.
 
 
 
 
LE TEXTE DU DECRET
   
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Télémédecine : un instrument utile et pas un gadget pour les ‘bobos’

  1. Merci pour ce billet, qui permet de rappeler et de comprendre pourquoi la télémédecine ne se résume pas à de la médecine virtuelle!!
    La pratique médicale à distance est au service d’une véritable médecine, et au service du professionnel de santé pour l?accompagner dans son diagnostic (et non le remplacer), ainsi qu?au bénéfice du patient, qui gagne ainsi en rapidité et en prise en charge. La télémédecine ne peut se limiter simplement à l?image d?un patient face à un écran…

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