Marquer de la tête n’arrange pas toujours le cerveau : le mal mystérieux du football italien expliqué.

Les coups répétés sur la tête peuvent avoir des conséquences très sévères chez les sportifs, notamment les footballeurs. Une étude américaine vient éclairer un mystère concernant une pathologie neurodégénérative apparue il y a quelques années en Italie et pour laquelle les hypothèses les plus variées ont circulé.

 
Un joueur qui marque de la tête, tous les clubs de foot aiment ça ! Un boxeur qui encaisse sans aller au tapis, les managers en redemandent.
 
Mais voilà, ces permes rares courent le risque de payer fort cher ces qualités si recherchées.
Ils peuvent, en effet, développer une maladie neurodégénérative ressemblant à s’y méprendre à la sclérose latérale amyotrophique ou maladie de Charcot.
 
Cette affection terrible touche les neurones moteurs de la moelle épinière, du tronc cérébral et du cortex.
 
En fonction de l’atteinte primitive, les manifestations seront différentes au début. Il peut s’agir de difficultés à mâcher, déglutir, mouvoir la langue.
Mais en fonction des groupes musculaires atteints les signes varient et sont souvent asymétriques au début.
 
Cette affection est d’évolution fatale par l’apparition de paralysie respiratoire en particulier.
 
Touchant plutôt des patients après 50 ans, la maladie de Charcot a connu un regain d’actualité en 2005 en Italie quand un procureur s’est étonné du nombre d’anciens joueurs du Calcio atteints de ce qu’on pensait être cette maladie.
 
Tel un épidémiologiste, le magistrat a mené son enquête et a montré qu’alors qu’on aurait du, dans la population des anciens pros avoir 6, on en constatait 13.
 
Les hypothèses sont alors parties dans tous les sens : dopage, compléments alimentaires, pesticides utilisés pour traiter les pelouses, bactéries etc.
 
La première publication italienne y voyait même là une cause de maladie professionnelle (cf infra)
 
Le problème c’est que d’autres sportifs, notamment les rugbymen, jouant dans des conditions semblables ne montraient pas la même pathologie.
 
Puis des constatations identiques ont été faites aux Etats-Unis chez, notamment, les joueurs de la NFL, la ligue professionnelle de football américain, qui n’a rien à voir avec notre football et un tantinet plus avec le rugby, mais vraiment de très loin.
 
Là encore, toutes les pistes étaient ouvertes, notamment l’utilisation de substances dopantes tant ce sport est ‘hormoné’.
 
Cette maladie a un retentissement spécial aux Etats-Unis où elle ne porte pas le nom du médecin français, Charcot, qui l’a décrite, mais le nom de Lou Gehrig 
Gehrig était une star du baseball des années 30, blessé de nombreuses fois mais qui rejouait quand même dès le lendemain. Il mourut de la maladie de Charcot ou sclérose latérale amyotrophique (SLA) que les américains connaissent sous le nom de ‘Lou Gehrig’s disease’.
 
Mais la publication demain d’une étude menée principalement à Boston remet en cause le diagnostic de la maladie qui emporta Gherig mais aussi les footballeurs italiens et les mastodontes de la NFL.
 
Après avoir autopsié douze anciens sportifs, footballeurs américains, un boxeur et un joueur de hockey sur glace, les neuropathologistes américains ont découvert que la maladie neurodégénérative dont ils souffraient ne devait pas être étiquetée SLA.
Leur étude est publiée dans le Journal of Neuropathology and Experimental Neurology.
 
Les traumatismes répétés subis par le cerveau et la moelle épinière de ces sportifs ont entrainés des troubles et des manifestations cliniques semblables à la SLA, certes, mais les lésions constatées sous le microscope étaient différentes.
 
Dans dix des douze cas, ils ont découvert des dépôts de protéines anormales, dont la protéine Tau, impliquée entre autres dans la maladie d’Alzheimer.
 
L’autre anomalie concernait la protéine TDP-43.Cette protéine a même, dans trois cas, entrainé des atteintes diffuses du cerveau et de la moelle épinière, avec la dégénérescence des motoneurones, comme on le voit dans la SLA.
 
C’est donc la première démonstration que des traumatismes répétés de la tête peuvent, dans des sports dits de ‘collision’ provoquer des atteintes dégénératives des neurones moteurs.
 
Ces traumatismes, avec les effusions sanguines qu’ils entrainent, les libérations de médiateurs toxiques sur le lieu du traumatisme et les divers stress biologiques, aboutissent donc à un tableau de maladie évocatrice d’une encéphalite traumatique chronique. Cela ressemble à la SLA, mais ce n’est pas la SLA.
 
C’est donc, sans doute, l’explication qu’il faut retenir pour les mystérieux cas italiens plutôt que le dopage ou les pesticides. Et Gehrig n’est sans doute pas mort de ’sa’ maladie.. Mais comme il a été incinéré et comme la Mayo Clinic refuse l’accès à son dossier médical, on n’en saura jamais rien ! 
 
La question qui se pose c’est que faire de ces résultats. La pathologie n’est pas fréquente, mais on voit qu’en Italie, le risque pour un joueur professionnel de développer une pathologie proche de la SLA st le double de la population générale.
 
Dans le football américain, ce risque a été évalué à huit fois celui de la population générale.
 
Les chercheurs vont développer des modèles animaux de cette maladie pour essayer de comprendre comment se construisent les dépôts protéiques afin de mettre au point un système pour les détruire.
 
Mais il y a certainement une composante génétique qui vient s’ajouter au risque traumatique et qui fait que tous les sportifs ne sont pas à égalité face à cette menace. Ainsi Eric Scoggins, des San Francisco 49ers n’a joué que 3 matches pour son équipe en NFL en 1982 et a néanmoins développé des lésions.
 
Cette recherche devrait bénéficier de financements extra-sportifs car cette pathologie est également retrouvée chez les militaires et il y a fort à parier que l’armée américaine voudra trouver les moyens, par l’entremise de la Veteran Administration, de participer à la meilleure connaissance du processus pathologique.
 
Il y a peu de choses à faire en termes de prévention, sinon, peut-être, imposer des repos assez longs à un joueur victime de chocs sur la tête.
Mais marquer un but de la tête n’est pas considéré comme un accident !
 
 
Référence de l’étude :
 
Ann C. McKee et al.
TDP-43 Proteinopathy and Motor Neuron Disease in Chronic Traumatic Encephalopathy
J Neuropathol Exp Neurol Vol. 69, No. 9 September 2010 pp. 918929
 
 
 
L’article du New York Times sur l’étude.  
 
Lire l’article italien princeps :
 
Stefano Belli and  Nicola Vanacore
Proportionate mortality of Italian soccer players: Is amyotrophic lateral sclerosis an occupational disease?
Eur J Epidemiol. 2005; 20(3):237-42
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Marquer de la tête n’arrange pas toujours le cerveau : le mal mystérieux du football italien expliqué.

  1. vistalette dit :

    Mon père qui n’était pas sportif est mort de la SLA. Je suis donc intéressée par l’évolution de la recherche. Ce qui m’intrigue dans votre article c’est que tout le monde sait que les footballeurs italiens meurent paralysés, bien plus que les français. Nos compatriotes savent pourtant faire des têtes alors. Ne lachez pas la piste de la dope et des anti-inflammatoires

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A PANGLOSS :

    J’ai écrit ‘demonstration’, pas ‘preuve’. Une hypothèse se démontre et peut se confirmer ou s’infirmer.

    Je me permets de vous faire remarquer que les chocs de tête ne sont pas les mêmes au foot etau rugby. A l’exception des entrées en mélée ‘au casque’, les autres chocs concernent rarement le cerveau et entrainent peu de commotions.

  3. Pangloss dit :

    Je suis surpris que JD Flaysakier, d’ordinaire si rigoureux, considère que « C?est donc la première démonstration que des traumatismes répétés de la tête peuvent, dans des sports dits de ?collision? provoquer des atteintes dégénératives des neurones moteurs. » Avec aussi peu de cas, on a une piste, mais en rien une preuve. Au reste, le fait que les rugbymen ne soient pas plus affectés que la normale est assez troublant: même s’ils ne marquent pas de la tête, ils sont plus gâtés que les footballeurs, même américains, pour ce qui est des traumatismes crâniens.
    Merci quand même à JDF pour la qualité générale de ses articles!

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