Paralysie, lésions de la moelle epinière : une avancée expérimentale pleine de promesses.

C’est une sorte de quête du Graal. Arriver à réparer les lésions nerveuses de la moelle épinière et permettre à des personnes paralysées de retrouver tout ou partie de leur activité. Même si on est encore très loin du but, une découverte américaine fait avancer la connaissance. Mais il faut rester très prudent.
 
Les chercheurs de Harvard, à Boston et de San Diego ont réussi chez la souris à obtenir des résultats tout à fait étonnants puisqu’ils ont pu entrainer une repousse de nerfs lésés expérimentalement dans la moelle épinière.
 
Cette repousse a eu deux origines. D’une part, des nerfs non lésés ont envoyé des bourgeonnements vers la zone lésée pour court-circuiter les dégâts, d’autre part les nerfs lésés ont subi une régénération leur permettant de croitre à nouveau.
 
De tels phénomènes simultanés n’avaient, à ce jour, jamais été obtenus avec du tissu nerveux dans la moelle épinière.
 
Et cette repousse s’est accompagnée de la mise en évidence de synapses. Les synapses sont les zones dans lesquelles les ramifications des cellules nerveuses appelées axones entrent en quelque sorte en contact. Cette zone voit ainsi des molécules de substances neurotransmettrices passer d’un axone à l’autre, comme le courant électrique parcourt un câble.
 
Quel mystérieux onguent, quelle préparation magique ont donc été utilisés ? Rien de tout cela, mais une approche des mécanismes intimes de la machinerie cellulaire.
 
Ce qui est d’ailleurs étonnant, c’est que les chercheurs ont travaillé sur des voies du fonctionnement cellulaire qui sont l’objet d’intenses recherches dans le domaine de la cancérologie.
 
Leur cible : une protéine enzymatique appelée mTOR. Cette protéine joue un rôle très important dans la croissance et la multiplication des cellules et dans leur approvisionnement en sang.
En cancérologie, on dispose de plusieurs inhibiteurs de mTOR, afin de freiner le développement tumoral, notamment dans les cancers du rein.
 
Mais dans le tissu nerveux, c’est l’inverse qui se produit. Au fur et à mesure du vieillissement, la quantité de mTOR diminue et la réparation nerveuse devient de plus en plus difficile.
 
Les chercheurs ont donc eu l’idée de faire en sorte que cette protéine soit largement exprimée, car on sait que dans la rétine, par exemple, elle permet des réparations nerveuses très efficaces.
 
Mais rien n’est simple en biologie ! Pour que mTOR puisse largement s’exprimer, il faut bloquer une autre protéine fabriquée par un gene baptisé PTEN. Plus PTEN est présent, moins mord est actif.
 
Les chercheurs américains ont donc réussi, au moyen d’un vecteur viral, à bloquer la fonction PTEN chez les souris atteintes de lésions de la moelle épinière.
 
C’est ainsi que la repousse a pu être obtenue.
 
Mais, pour autant, ces résultats ne sont pas une victoire franche et définitive. Ainsi, les auteurs de l’étude n’ont aucune preuve que les synapses aient eu un rôle fonctionnel. On a vu qu’elles existaient mais on ne sait pas si elles étaient capables de jouer leur rôle en matière de communication entre les neurones.
 
Deuxième obstacle : les prolongements nerveux émis par les tissus en vue de court-circuiter la zone lésée n’ont pas pu pénétrer au cœur de la lésion et venir réparer précisément les dégâts. Il existe des mécanismes chimiques de défense autour de ces lésions qui en bloquent l’accès.
 
Enfin, et ce n’est pas rien, ils n’ont nullement cherché à montrer que les animaux ainsi atteints avaient recouvré leurs capacités motrices et sensitives.
 
Il y a donc encore beaucoup de travail à faire avant d’imaginer pouvoir réparer une moelle épinière lésée. Mais on dispose déjà de très nombreux travaux de recherche sur des molécules agissant sur PTEN et mTOR. Si on sait freiner mTOR, on saura sans doute aussi trouver comment faire l’inverse en bloquant PTEN.
 
Mais il faudra être sûr de ne pas entrainer d’effets indésirables et, je le rappelle, ces deux voies sont très souvent impliquées dans les phénomènes de prolifération cancéreuse.
Et il faudra trouver la clé qui ouvre la barrière de la zone lésée.
 
Mais ce travail est le premier à montrer qu’on peut, de façon importante obtenir une réparation de lésion médullaire à la fois par l’action réparatrice de tissus nerveux sains et par la régénération de tissus lésés.
 
C’est donc une avancée indiscutable, même s’il faut se souvenir qu’il s’agit d’un travail de laboratoire sur des animaux.
 
Au passage, cette étude montre que recherche en neurologie et recherche en cancérologie peuvent aboutir à des voies communes.
 
 Ce qui montre un peu plus l’inutilité et la bêtise des attaques de Pierre Bergé contre le Téléthon.
 
 
Référence de l’étude :
 
Kai Liu et al.
 
PTEN deletion enhances the regenerative ability of adult corticospinal neurons
Nature Neuroscience  published online 8 August 2010; doi:10.1038/nn.2603

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A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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