Cancer/ ASCO 10 : Un cancer du sein peut changer en quelques années. Le traitement doit suivre.

En médecine et en biologie, jamais rien n’est figé et définitif. Même les cellules cancéreuses peuvent changer. D’où la nécessité de réviser parfois les traitements après avoir analysé à nouveau la tumeur.

Aujourd’hui, quand on opère une femme pour un cancer du sein, le prélèvement est analysé en laboratoire par des pathologistes afin de déterminer notamment la présence de certains récepteurs à la surface de ces cellules.

On recherche principalement les récepteurs hormonaux aux œstrogènes et à la progestérone dont la présence conditionnera le traitement co-administré avec la chimiothérapie. On recherche aussi la présence de HER2, un récepteur qui justifiera la prescription d’un médicament particulier, le trastuzumab.

Mais il arrive que, malgré un traitement bien conduit, la maladie progresse et qu’apparaissent des métastases, des localisations secondaires du cancer sur les os, le poumon ou le foie Des métastases constituées des cellules tumorales de l’organe d’origine. Une métastase hépatique de cancer du sein est, par exemple, constituée de cellules de sein, pas de foie.

Et l’examen de ces métastases peut réserver certaines surprises, comme l’ont constaté des chercheurs italiens qui ont présenté leur travail le 6 juin 2010 à Chicago, lors du congrès de l’ASCO.

Ils ont analysé, de façon rétrospective, 1250 prélèvements tumoraux de cancers du sein et de métastases hépatiques de ces cancers correspondant à  255 patientes.

En comparant les analyses faites au moment de l’ablation de la tumeur et les résultats des prélèvements faits quelques années plus tard sur les métastases de ces cancers, ils ont constaté des différences non négligeables.
Entre l’analyse de départ et celle des biopsies les discordances atteignaient 14,5 % pour le statut hormonal. Des femmes chez lesquelles on avait trouvé des récepteurs positifs avaient des métastases qui étaient négatives pour ces récepteurs et vice-versa.
Même chose pour le statut HER2 dans 13,9 % des cas.

Au total, cela à eu pour implication d’entrainer des modifications thérapeutiques pour 3& des 255 femmes, soit 12 % des cas.

Giuseppe Gurigliano, de l’Institut européen d’oncologie de Milan estime que la pratique de biopsies à quelques années de distance du diagnostic devrait faire partie de la prise en charge des patientes.
Bien sûr, cela doit se faire dans des conditions de sécurité suffisantes pour ne pas léser la patiente. Des biopsies hépatiques guidées par ultrasons sont un bon moyen d’obtenir du tissu tumoral.

Ces nouveaux prélèvements pourraient avoir un rôle essentiel avec l’évolution des thérapeutiques, notamment avec l’émergence des thérapies ciblées. D »couvrir une anomalie qu’on ne connaissait pas au moment du diagnostic peut avoir un vrai intérêt.
Mais, plus prosaïquement, on peut aussi corriger une erreur commise plus tôt. Il n’est pas rare que des problèmes de méthodologie entrainent de la part de certains laboratoires, des analyses erronées de récepteurs, pouvant alors priver les femmes de traitements mieux adaptés et plus efficaces.

Enfin, plus simplement, on peut ainsi montrer que les cellules cancéreuses évoluent dans le temps et qu’entre la tumeur initiale et la tumeur développée quelques années plus tard hors du site d’origine, des phénomènes biologiques sont intervenus qui ont modifié la donne.

Une notion que les spécialistes vont devoir intégrer à leur pratique pour offrir à leurs patientes les meilleures chances thérapeutiques.


Référence de l’étude :


M Locatelli et al.
Should liver metastases of breast cancer be biopsied to improve treatment choice?
Abstract n° CRA1008

 

Toutes les informations en provenance de l’ASCO sont dans la rubrique ‘Cancer’.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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