Cancer/ ASCO 10 :Deux nouvelles thérapies pleines de promesses. Acte 1: on respire un peu mieux pour le cancer du poumon

On les attendait, elles ont été présentées aujourd’hui à Chicago. Deux nouvelles molécules anti-cancer, l’une pour le mélanome, l’autre pour le cancer du poumon laissent augurer de progrès réels.
 
La première de ces drogues c’est le crizotinib.Ce médicament appartient à la famille sans cesse croissante des thérapies ciblées, ces molécules qui vont intervenir sur un désordre précis de la machinerie cellulaire.
 
Cette molécule est une parfaite illustration de l’accélération de la recherche en matière de traitement ‘ciblé’ des cancers.
 
En août 2007, dans la revue Nature , est publiée l’identification d’une nouvelle anomalie dans le cancer du poumon non à petites cellules, forme la plus fréquente de cette tumeur.
 Sur le chromosome 2 des cellules tumorales les chercheurs ont montré que deux gènes EML4 et ALK ont fusionné, donnant naissance à une protéine, ALK. Cette protéine de fusion a la mauvaise idée d’inciter les cellules à se diviser encore plus et à faire progresser le cancer.
 
D’abord identifiée chez des patients asiatiques, environ 7 % des tumeurs pulmonaires, l’anomalie est retrouvée chez les patients ‘caucasiens’, c’est-à-dire la population blanche européenne et nord-américaine avec une prévalence de 4 à 5 %.
 
Il aura donc fallu moins de trois ans pour qu’on dispose d’une molécule capable de venir bloquer les effets néfastes de cette protéine de fusion.
Il est important de signaler que le crizotinib est encore loin d’être sur le marché. Cela prendra quelques années car, pour l’instant, la molécule est évaluée dans des essais cliniques internationaux difficiles à mettre en place vu le relativement  faible nombre de patients concernés.
 
Les premiers résultats des évaluations viennent d’être présentés à Chicago. L’étude a été menée en Corée du sud sur 82 patients. Peu de monde donc, mais des résultats assez impressionnants. Précisons qu’il ne s’agit pas de guérir les patients mais de mesurer leur réponse à la nouvelle molécule.
 
Cette réponse est mesurée par l’imagerie et le critère retenu est une diminution d’au moins 30 % de la taille tumorale. Ce sont 57 % des patients qui ont rempli ce critère, un résultat assez impressionnant pour les spécialistes. La réponse a été durable, allant jusqu’à 15 mois pour certains patients.
Six mois après l’administration du médicament, 72 % des patients n’avaient aucun signe de progression de la maladie.
 
Tout cela ne s’est pas fait sans effets secondaires, comme les nausées, vomissements, diarrhée, troubles visuels. Mais ces désagréments sont restés modérés.
 
Maintenant il va falloir avancer dans la connaissance et conduire des essais cliniques plus conséquents. Pour cela il va falloir disposer de tests fiables afin d’identifier précisément les patients concernés.
 
Et cette molécule a, semble-t-il un autre avantage : pouvoir prendre le relais de certaines drogues contre lesquelles la tumeur développe des résistances.
Cela concerne une autre anomalie, trouvée dans environ 18 % des cancers pulmonaires, la mutation du gène EGFR.
 
Les anomalies de EGFR et de EML4-ALK sont mutuellement exclusives : si l’une existe on ne peut pas trouver l’autre.
Mais quand une résistance apparaît face aux molécules destinées à traiter les tumeurs EGFR mutées, le crizotinib pourrait entrer en jeu grâce à son action sur un mécanisme particulier connu sous le nom de c-met.
 
Dernier point notable, cette anomalie ALK survient surtout chez des sujets plutôt jeunes et non fumeurs. C’est sans doute ce qui pourrait expliquer pourquoi les réponses sont si bonnes. Un phénomène retrouvé pour d’autres thérapies ciblées.
 
A suivre : une belle avancée dans le mélanome.
 
Référence de la présentation :
 
Y Bang et al
Clinical activity of the oral ALK inhibitor PF-02341066 in ALK-positive patients with non-small cell lung cancer (NSCLC).
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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