Cancer/ ASCO 10 : Des pipelines prêts à déverser une marée de nouvelles molécules.

Tour de chauffe à L’ASCO . Les industriels de la pharmacie montrent ce qu’ils préparent.Et plus de mille molécules sont dans les sstarting-blocks. Combien arriveront au bout ? Peu, sans doute, mais des produits très innovants.

Imaginez que, dans une grande ville, le métro devienne soudain fou. Chaque jour des rames entières s’emballent, ne respectent plus les arrêts, changent de ligne.
L’image est osée et assez caricaturale, mais c’est un peu ce qui se passe quand, dans notre organisme, un groupe de cellules se transforme en tumeur cancéreuse. C’est l’anarchie, les cellules se chevauchent, franchissent des barrières naturelles, vont s’installer dans des endroits où elles n’ont rien à faire.

Un peu à la manière d’ingénieurs spécialisés dans les transports, les chercheurs et les médecins spécialisés en oncologie, nom moderne de la cancérologie, se penchent sur le plan des voies pour voir comment endiguer les débordements.

Les ingénieurs travailleraient  sur les aiguillages, les feux de trafic, le câblage des stations.

Les oncologues font à peu près la même chose désormais. Ils ne vont plus traiter la tumeur globalement mais ‘entrer’ dans le réseau. Cela signifie regarder les dizaines, voire les centaines de réactions biologiques qui se produisent en permanence dans la vie de la cellule. Des réactions commandées depuis le noyau de la cellule et son service informatique, les gènes.

Des cascades de réactions qui s’enchainent et souvent se déchainent.
Mais ces anomalies ne sont pas les mêmes quel que soit le cancer.

Ainsi, dans les cancers du poumon, dans 18 % des cas, un gène baptisé EGFR va être modifié, entrainant une division accrue des cellules cancéreuses. Dans une autre forme, l’anomalie porte sur le gène ALK et là ce sont 7,5 % des cancers du poumon ‘non à petites cellules’ qui sont concernés.

Faute d’avoir le traitement miracle tous terrains, les recherches se concentrent donc sur ce qu’on appelle des ‘niches’. De nombreuses molécules sont testées et déjà plusieurs sont sur le marché, comme le gefitinib ou l’erlotinib  Dans ces formes particulières, l’adjonction de ces molécules dites ‘ciblées’ à la chimio permet de gagner de nombreux mois sans progression de la maladie.

Ces dérèglements du réseau on les rencontre aussi dans le sein, avec notamment la surexpression d’une protéine appelée HER2. Plusieurs molécules comme le trastuzumab, le lapatinib, le pertuzumab peuvent cibler cette anomalie.

Et dans la guerre aux cellules folles, on est en train de passer à l’étape suivante avec le ‘Cheval de Troie tueur’.

Premier visé, ce récepteur HER2 dans les cancers du sein.
Pour tenter de tuer le plus de cellules cancéreuses portant ce récepteur en excès et lorsque les médicaments ont échoué, on a construit ce qu’on espère être un vrai engin de mort, un missile à deux étages ?

Le premier étage c’est un anticorps, le trastuzumab déjà cité. Il vient se coller sur HER2 à la surface de la cellule. Il entre ensuite dans cette dernière et là, surprise, il largue sa charge utile, DM1, un ‘poison cellulaire’ à base de maytansine. Intérêt de la méthode : ce sont les cellules cancéreuses qui sont ciblées et le produit toxique n’arrive pas par voie sanguine mais directement dans les tissus concernés.

Et, bien entendu, la recherche pour couper l’alimentation sanguine des cellules cancéreuses continue avec toutes les substances intervenant dans les méthodes pour empêcher la cellule malade d’être alimentée.

Des centaines de molécules sont dans ce qu’on appelle les ‘pipelines’ des labos et des boites de biotechnologie.
Chicago est loin de la Louisiane et du golfe du Mexique, ce qui explique que tout le monde attend ici, lors du congrès de l’ASCO, que ces pipelines déversent leurs produits pour le bien des patients.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancer/ ASCO 10 : Des pipelines prêts à déverser une marée de nouvelles molécules.

  1. Maxx7 dit :

    Dans le cas du cancer du sein que vous citez, d’autres approches complémentaires existent, de la recherche au traitement. L’exemple le plus parlant, l’analyse du profil d’expression génique de la tumeur suivi d’une analyse par bioinformatique qui permet de calculer statistiquement le traitement le plus efficace.
    Dans le cas de l’Herceptin, il y a beaucoup patientes qui ne répondent pas. Je ne sais pas si vous le savez, mais ces traitements à base d’anticorps humanisés sont extraordinairement coûteux. Il serait préférable de traiter uniquement les patientes qui peuvent en tirer un bénéfice, ce serait une charge moindre pour le système de santé. Si ce genre de traitement se développe, le trou de la sécu va devenir un gouffre sans fond!
    D’où l’intérêt de savoir à l’avance si la patiente va répondre. Il se développe des kits commerciaux, des lab-on-chip qui permettent de faire ça à partir d’un échantillon de la tumeur.
    D’autre part les connaissance évoluent très rapidement. Le publique ne s’en rend pas compte, mais on change de paradigme sur le cancer actuellement. On commence à le comprendre. Cela va aider au développement de traitements futurs. Par exemple l’idée selon laquelle le cancer est une maladie des cellules souches (c’était déjà connu pour la leucémie mais pas pour les tumeurs solides). Or une cellule souche, ça ne se tue pas facilement, et ça reste caché pendant des années, et c’est ce qui cause la rechute.

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