Cancer/ASCO 10 : PROCHE ou comment améliorer l’accueil des patients en hôpital de jour.

C’est une initiative très intéressante qu’a mis en place le service d’oncologie de l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) à Paris. Un service qui permet, en amont, de préparer les séances de chimiothérapie. Tout le monde est gagnant et le patient en premier.

C’est un énorme plateau téléphonique, un centre d’appel, avec des dizaines de petits bureaux et d’écrans devant lesquels des téléopératrices s’affairent.

Un peu à l’écart de la ruche, des bureaux fermés et discrets, mais toujours les écrans et les appelantes. Sauf que cette fois, celles qui appellent sont des infirmières et qu’elles ne cherchent pas à vendre quoi que ce soit.

En liaison avec l’HEGP, les infirmières de ‘DirectMedica’ contactent des patients programmés pour avoir une chimiothérapie en hôpital de jour trois jours plus tard.
Et cet appel, qui dure une quinzaine de minutes permet de collecter de nombreuses informations.

Tout d’abord, l’infirmière s’enquiert de la réalisation du bilan biologique, la prise de sang dont les résultats conditionnent la possibilité ou non de faire la cure prévue. Ces résultats ont, par ailleurs, été récupérés auprès des laboratoires d’analyses, puis, numérisés, intègrent le dossier du patient.

Ensuite l’infirmière demande à son interlocuteur de lui dire ce qui s’est passé depuis la dernière séance de chimiothérapie, les incidents, les effets secondaires prévus ou non. Elle note aussi des données sur le poids, l’alimentation, le sommeil l’état psychique.

Sur ce point, ce sont souvent les patients eux-mêmes qui parlent spontanément et se confient à la voix qu’ils ont pris l’habitude de connaître.

L’ensemble des informations et des observations partira, sous forme cryptée à l’HEGP, la veille de la date prévue de la chimiothérapie en ambulatoire.
Là les médecins peuvent valider ou non le rendez-vous. Ils peuvent aussi planifier des rendez-vous si le questionnaire a fait apparaître des points précis.
Nous pouvons ainsi arranger un entretien avec la psychologue ou la diététicienne’ précise le Dr Florian Scotté, l’un des pères du projet ‘voir également si nous devons organiser une consultation de soins de support, pour la douleur par exemple’. Tout est prévu d’avance, rien ne se fait au dernier moment.

Plus important encore, la poche de traitement est fabriquée la veille également par la pharmacie de l’hôpital, sans hâte et avec tous les contrôles de sécurité nécessaires.

Le résultat c’est que quand le patient arrive le matin pour son traitement, il n’attend pas.
Celles et ceux qui fréquentent les hôpitaux de jour en cancérologie savent bien ce qu’est cette plaie de l’attente, dans des salles du même nom. Et on peut ainsi perdre une ou deux heures avant d’être mis sous traitement. Quand on doit repartir avec un taxi ou une ambulance, c’est encore autant de temps gâché.

Mais ce gain de temps il est aussi apprécié par le personnel soignant. ‘Nous avons beaucoup plus de temps pour accueillir le patient, être avec lui, faire notre vrai métier’ dit Séverine, infirmière en oncologie qui ne voudrait surtout pas revenir en arrière !

En moyenne, le gain de temps par patient est estimé à une heure. Une heure pour le patient et une heure pour le service. Et quand on traite 20 patients par jour, cela libère 20 heures qui permettent éventuellement d’accueillir quatre patients supplémentaires et d’éviter ainsi de faire attendre des rendez-vous à des personnes fragiles et anxieuses.
Et parmi les bons ‘effets secondaires’ de cette démarche, il y aune meilleure connaissance du vécu des malades quand ils sont chez eux. La fatigue, par exemple, est ressentie par plus de 95 % des patients, une notion qui n’était, jusque là, pas évidente pour les médecins.

Les patients ont aussi un autre bénéfice : ils rencontrent périodiquement ‘la voix’. Les infirmières  du plateau d’appel vont deux fois par mois à l’hôpital de jour voir leurs interlocuteurs et participer aux réunions du service.

Ce projet repose pour l’instant sur un mécénat. C’est un laboratoire pharmaceutique, Merck-Serono, qui le fiance pour deux ans.
Je précise que le labo finance le projet quelle que soit la chimiothérapie utilisée, même si le produit n’est pas le sien.

Cette initiative est, dans le contexte actuel, malheureusement impossible à imaginer avec un financement purement hospitalier. Que se passera t-il quand le mécène se retirera ? Mystère, mais ce qui est certain c’est que personne n’a envie que l’expérience s’arrête.

Ce projet, baptisé PROCHE, sera présenté à la conférence américaine de cancérologie ASCO 10.


Vous pourrez également voir un reportage sur ce thème dans le JT de 13 heures du lundi 7 juin
.

Lire l’abstract de la présentation à l’ASCO 10

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancer/ASCO 10 : PROCHE ou comment améliorer l’accueil des patients en hôpital de jour.

  1. EliseRefd dit :

    Ne pas attendre en se rendant à la chimio ? Une vraie révolution !

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