L’étrange mal des montagnes de Lassana Diarra.

Lassana Diarra n’ira donc pas en Afrique du Sud. Ses douleurs apparues pendant le stage de Tignes peuvent être la conséquence d’une anomalie de son hémoglobine. Ou peut-être d’autre chose… Mystère.
 
Il y a quelques jours, quand on a appris la dispense d’entrainement de Diarra au lendemain d’une excursion au-dessus de Tignes, on a évoqué des troubles digestifs secondaires au repas de la veille.
Balade en raquettes, diner de raclette, le joueur du Réal Madrid aurait mal assimilé la sortie.
Aujourd’hui on nous apprend que le milieu récupérateur a si mal récupéré qu’il s’en va.
 
On peut être surpris de cette issue et se demander s’il ne faudrait pas convoquer le Dr Gregory House pour plus d’informations.
 
Je ne vais pas avoir la prétention de suppléer House, mais je vais émettre quelques hypothèses qui, j’en suis sûr, seront examinées et commentées, voire corrigées par les lecteurs médecins affûtés de ce blog.
 
Eliminons donc le trouble digestif secondaire au repas. Une gastroentérite se soigne vite et bien et ne justifie pas un départ.
Deuxième hypothèse : douleurs abdominales plus séjour en altitude. On peut imaginer une crise de déglobulinisation. En clair, une anémie secondaire à la destruction aiguë d’un nombre important de globules rouges.
 
Pourquoi cette piste ? Le club de Diarra, le Real, parle de maladie génétique. Diarra est né à paris, mais il est d’ascendance africaine. Or, en Afrique, il existe des anomalies génétiques de l’hémoglobine, en particulier la drépanocytose.
 
Cette maladie se caractérise par une anomalie de la globine, protéine entrant dans la composition de l’hémoglobine. Cette anomalie fait que les globules rouges ont souvent une forme anormale, dite « en faucille », drepanos en grec, en particulier lorsque l’oxygène se raréfie.
 
Les globules rouges anormaux se rompent alors entraînant des crises douloureuses et des séquelles, notamment osseuses.
Mais, me direz-vous, comment peut-on avoir une telle affection et mener une carrière de footballeur professionnel ? Et vous n’aurez pas tort.
 
En fait, il existe deux formes de cette maladie, une forme sévère dite homozygote et une forme plus modérée, la forme hétérozygote dont le diagnostic peut être souvent fortuit.
 
On peut ainsi s’en apercevoir lors de circonstances où l’oxygène est raréfie, comme un séjour en altitude mais aussi, tout simplement, un voyage en avion. La pressurisation de la cabine fait que la situation en vol équivaut à un séjour en altitude à 1800-2000 mètres.
 
Du fait de son métier, Lassana Diarra a pris l’avion souvent et je pense qu’on a dû s’apercevoir d’une éventuelle anomalie de son hémoglobine il y a longtemps, puisque son club en fait mention.
 
Si tel est le cas, il est un peu difficile à comprendre qu’il fasse un stage en altitude et qu’il accepte de faire une excursion à une altitude encore plus élevée.
Puisque son club le sait, il doit certainement avoir une clause lui imposant d’éviter certaines situations. Et il y a un service médical autour de l’équipe de France qui connaît également les dossiers des joueurs.
 
Autre petit détail un peu « Housien ». Diarra est d’ascendance malienne. La drépanocytose touche surtout les personnes originaires d’Afrique équatoriale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on  rencontre également beaucoup de cas dans les Antilles, en particulier en Guadeloupe.
C’est encore une des tristes rançons de l’esclavage et de la traite des Noirs.
 
Et le Mali n’est pas tout à fait en Afrique équatoriale. Mais je reconnais que cette objection est assez faible.
 
Donc, sauf à ce qu’on en sache un peu plus, le départ de Diarra est un peu mystérieux. Connaissant House, je suis certain qu’il aurait pris son feutre et qu’au bas du tableau il aurait ajouté «  Contrôle anti-dopage ? ».
En effet, les Bleus ont subi deux contrôles inopinés ces dernières vingt-quatre heures. Une attention toute particulière des autorités chargées de lutter contre ce fléau tant on sait que ces stages en milieu isolé ont été, par le passé, une occasion pour nombre de clubs, de sortit les seringues.
 
De là à faire un lien entre l’annonce de contrôles dits « inopinés » et les douleurs abdominales de Diarra, il y a un pas que d’aucuns vont vouloir franchir.
 
Mais comme « il s’agit de football et non pas de cyclisme, il est impossible d’imaginer une telle hypothèse » diraient les médecins résidents de l’équipe de House.
 
Et House de rétorquer ironique « Impossible is not French ».
 
Ouf, j’ai bien fait de ne pas appeler House.
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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7 réponses à L’étrange mal des montagnes de Lassana Diarra.

  1. Myriam dit :

    La drépanocytose touche aussi tout le bassin méditerranéen, càd la plupart des pays où le paludisme a sévi. Ma soeur et moi avons une drépano hétérozygote, on n’a jamais eu de problème lors des voyages en avion, les cabines sont suffisamment pressurisées, et aucun problème dans la vie de tous les jours, on fait juste des petites cures de fer dans l’année.

  2. Steph dit :

    la drepanocytose ne touche pas pricipalement les personnes originaires d afrique equatoriale comme l a precisé Lumiére noire(commentaire plus bas) .
    Mais surtout, à quelque chose malheur est bon!
    Maman d une enfant drepanocytaire, je vis au quotidien cette maladie et suis assez contente que par le biais de la notoriété de M Diarra ,on en parle un peu.
    C est fou, ce qu elle est meconnue du grand public…
    je pourrais dire enfin, sans passer pour un mere fabulatrice, que les douleurs de mon enfant ne sont pas feintes !!!

  3. BILOUTE DU VIMEU dit :

    BILOUTE du VIMEU le 24/05

    DIARRA retour d’ expérience :

    Dans la nuit du 12 au 13 janvier 2004, deux élèves africains de l’école militaire de Saint Cyr était morts de froid alors qu’ils étaient en exercice "d’aguerrissement" au dessus de Barcelonnette.

    mais aussi expérience difficile en 1914 et en 40 pour TOUTES les troupes africaines (ou des contrées coloniales dites des pays chauds ) confrontées au froid du Nord et de l?Est de la France ?

    enfin en Allemagne l? US Army fait prendre le max de précautions en période de froid au personnel de lignée d?origine pays chauds ? qui souffraient bien plus que nous français du NORD , de l?EST ?. Ou des départements montagneux si nombreux en France ?

    Domenech a ? t- il eu ttes les garanties médicales ???

  4. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A LUMIERE NOIRE :

    Cotonou ? PortoNovo? Gambier ?

  5. Lumière Noire dit :

    Oui! La médecine en province sait encore être à l’écoute là où parfois le parisianisme (j’ai 30 ans de vie parisienne au compteur) laisse à désirer. Bon, c’était juste une pique (confraternelle) aux mandarins parisiens (têtes de …)!

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A LUMIERE NOIRE :

    Merci de ces précisions et de ces rectifications fort utiles.

    Juste un point : vous précisez que vous avez été bien opérée et prise en charge en province. Etant non parisien moi-même, cela ne me surprend pas du tout ! Les médecins compétents existent sur tout le territoire !

  7. Lumière Noire dit :

    Bonjour. Je suis une femme, docteur en pharmacie, et africaine de naissance.

    Cher Docteur, contrairement à ce que vous semblez penser, la drépanocytose touche 70% des Noirs de la planète, donc largement le Mali et toute l’Afrique occidentale.

    Je suis d’origine béninoise, drépanocytaire hétérozygote comme la plupart d’entre nous (les homozygotes passent difficilement le cap de leur 5ème année). Avion, plongée, montagne, tunnel, métro, salle enfumée, même chez mon coiffeur en hiver (trop calfeutré!) la crise guette et peut se manifester. Nous apprenons à la gérer.

    Je vous signale qu’en Afrique Noire, les autorités sanitaires et l’OMS incitent fortement les fiancés à effectuer un test de dépistage de la drépanocytose avant de décider de convoler en justes noces. Tous les jeunes le savent parfaitement.

    En cas de résultat positif, les familles influent très fortement pour que le lien soit rompu (drames, pleurs et parfois suicide) pour éviter les accouchements à répétitions d’enfants non viables et la mort des jeunes mères par crise aigüe d’anémie falciforme.

    L’amniocentèse étant peu répandue sous ces latitudes, la renonciation au mariage est la seule attitude jugée « responsable ». Ce qui fait que certains cachent leur drépanocytose au futur conjoint, de peur de le perdre.

    La drépanocytose est une maladie génétique qui même en mode hétérozygote est très invalidante car physiquement épuisante. On sent les organes « s’asphyxier », on étouffe, avec une impression de mort imminente très angoissante.

    Il faut résister mentalement, ne pas paniquer pour ne pas accroître le malaise. On entre en hyperventilation, sueurs froides et tremblements. On a beau respirer, on ne « trouve pas d’air » (on ne se sent pas oxygéné).

    En vol transatlantique on peut être pris d’une violente crise d’angoisse et de claustrophobie car le cerveau envoie malgré soi des signaux d’alarme de « manque d’air ». Les personnels de bord d’Air France le savent, je parle de ceux qui travaillent sur les lignes africaines.

    Et puisque des médecins vous lisent, je vous demande de leur demander d’actualiser leur connaissances sur cette maladie qui, je le répète, concerne à différents degrés 70% de leurs patients Noirs : les bébés à toux productives et bronchioles obstruées, les asthmatiques et insuffisants cardio-respiratoires, les diabétiques, et tous ceux qu’on opère ont besoin de beaucoup plus d’apport d’oxygène que vos patients Blancs. En cas d’opération, ouvrez les vannes y compris en salle de réveil et en soins intensifs. Vous verrez la différence!

    J’ai subi une intervention de chirurgie lourde l’an dernier. Hysterectomie très délicate (organe multi-fibromateux pesant 5 kg) sur un fond d’anémie tellement sévère que j’ai dû subir plusieurs transfusions pré-opératoires. J’ai briefé chirurgien et anesthésiste (de province!) sur mon état drépanocytaire qui compliquait un peu le tableau. Ils m’ont comprise, n’ont pas rejeté ma parole, ont bien préparé l’intervention et ses suites. Ont veillé à un apport en oxygène conséquent. Résultat : au lieu des 15 jours d’hospitalisation prévus, je suis rentrée chez moi à J+8, en parfait état de marche, heureuse et…fraîche comme un bébé!

    Une anectode : pour le Bac, j’avais choisi l’option « natation ». J’aimais beaucoup nager. Mais dès qu’il fallait exécuter un crawl, le battement rapide des jambes me déclenchait des crampes insoutenables, les pieds eux-mêmes se tordaient et je hurlais de douleur.

    Le médecin consulté diagnostiqua que l’inhalation des effluves de composés chlorés de l’eau de piscine entraînait une diminution de mon taux d’oxygène sanguin, ce qui combiné au nécessaire effort « violent » de battements rapides des jambes déclenchait inéluctablement une crise de drépanocytose très douloureuse.

    Je fus donc dispensée de crawl. Et le jour du Bac natation, j’ai exécuté une brasse triomphale, sous le regard apeuré d’un examinateur qui, ayant lu le dossier médical et se montrant fort soucieux de ne pas me voir couler à pic, me criait : « Surtout ne forcez pas! »

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