VIH/SIDA : B57, quand le HLA est là, les lymphocytes mettent le hôla.

Sur mille personnes contaminées par le virus VIH, cinq ne développeront peut-être jamais la maladie. Ce mystère vient, en partie, de trouver une explication qui pourrait peut-être un jour permettre de développer des méthodes de traitement plus efficaces.
 
C’est la revue britannique Nature qui, dans son édition du 6 mai 2010 publie l’étude d’un groupe de chercheurs de Boston. Ces chercheurs ont mis à nu une forme d’inégalité entre les personnes infectées, inégalité liée à la présence, dans leur patrimoine génétique d’un certain type de gène, impliqué dans ce qu’on appelle la détermination des groupes tissulaires, les groupes HLA.
 
Ces groupes HLA ont été découverts il y a de longues années grâce notamment à Jean Dausset, récemment disparu et qui a obtenu le prix Nobel en 1980 pour cette découverte. Ce sont ces groupes HLA qui définissent, entre autres, la compatibilité entre deux personnes dans le cadre des dons d’organe.
 
Les gènes du système HLA commandent la synthèse de protéines, des antigènes leucocytaires, qui se retrouvent dans les lymphocytes, cellules de la famille des globules blancs.
 
Ces lymphocytes appartiennent au système de défense de notre organisme sous diverses formes et catégories, comme les lymphocytes CD4 ou CD8 par exemple.
 
Le virus VIH infecte de grandes quantités de lymphocytes CD4, qu’il tue. Ces lymphocytes infectés expriment à leur surface des motifs antigéniques, véritables signaux qui attirent les CD8, cellules chargées de détruire les cellules infectées. Mais, avec le temps, le réservoir de CD8 se réduit comme peau de chagrin et l’infection progresse. Le porteur du virus va alors développer un Sida, c’est-à-dire un syndrome d’immunodéficience acquise.
 
Ce schéma ne se produit pourtant pas chez un très petit nombre de personnes infectées, environ 5 pour mille, ceux qu’on appelle les « contrôleurs d’élite ».
 
C’est en étudiant des membres de cette population particulière que l’équipa américaine a fait une découverte importante. Nombre de ces contrôleurs ont, en effet, des lymphocytes particuliers.
 
Ils ont des lymphocytes CD8 tueurs particulièrement efficaces, en nombre suffisant et surtout capables de bloquer le virus VIH originel et ses formes mutantes dans un même organisme.
 
Et cette particularité ils la doivent à un élément très précis de leur hérédité, Ils possèdent en effet un gène baptisé HLA B57. Ce gène va jouer un rôle très spécial dans la maturation des cellules de défense. Les lymphocytes ont une sorte d’initiation à leur rôle de défense qui se fait dans une glande, le thymus. Ce thymus va involuer et quasiment disparaître dans l’adolescence. Les cellules de défense passent dans le thymus et y sont confrontés à des antigènes, des protéines originaires de l’organisme lui-même. Par la suite, ils diversifieront leur activité en fonction des agressions venues de l’extérieur.
 
On s’aperçoit que moins le nombre d’antigènes « endogènes » est élevé, plus ces lymphocytes vont avoir des capacités de défense élevées et vont être aptes à réagir face à un agresseur et à ses variants.
 
En revanche, si l’initiation s’est faite avec de multiples contacts, la réponse des lymphocytes sera plus faible.
 
Etre porteur du gène HLA b57 entraîne donc de fabriquer des cellules CD8 tueuses particulièrement robustes et efficaces et, surtout, capables d’attaquer le VIH et ses formes mutantes.
 
Un effet qu’on avait déjà constaté, mais avec une puissance moindre, chez des sujets porteurs d’un autre gène, HLA B27.
 
On sait que l’épuisement des réserves de lymphocytes CD8 est un facteur aggravant de l’infection par le VIH et que tous les essais d’immunothérapie, ce qu’on qualifie improprement de « vaccin thérapeutique », tendent à reconstituer ce pool de cellules.
 
On tient donc là une piste potentielle qui peut aider à la mise au point de méthodes d’immunothérapie plus efficaces.
 
Mais cette piste doit être explorée avec prudence car il y a un prix à payer avec cette particularité génétique.
Les porteurs du gène HLA B57, sont plus enclins que la population générale à développer des pathologies auto-immunes, ces maladies au cours desquelles l’organisme attaque ses propres tissus. C’est le cas de pathologies comme le psoriasis, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques ou encore la spondylarthrite ankylosante. Dans ce dernier cas, par exemple, on retrouve plus fréquemment chez les patients la présence du gène B27 évoqué plus haut.
 
Avec toutes ces précautions en tète, on peut néanmoins dire que c’est une étape importante dans la compréhension des mécanismes de défense contre le virus VIH qui vient d’être franchie.
Il faut maintenant espérer qu’on pourra en tirer des outils utiles et performants.
 
Référence de l’étude:
 
Andrej Košmrlj et al.
Effects of thymic selection of the T-cell repertoire on HLA class I-associated control of HIV infection
Nature. Published online May 5, 2010. Doi:10.1038/nature08997

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à VIH/SIDA : B57, quand le HLA est là, les lymphocytes mettent le hôla.

  1. Anonyme dit :

    A la faveur d’une étude récente montrant l’absence d’intérêt de l’hypothèse R7V du Pr Chermann, publiée dansAIDS Research and Human Retrovirus, l’intérêt HLA 57 a pu être étayée, l’absence d’Av anti-R7V étant associée avec la présence de HLA57 et 27 :
    (1)The Relationship between Antibody to R7V and Progression of HIV-1 Infection
    Joseph B. Margolick1, J. M. Da Costa Castro2, A. Sanchez2, F. Gemrot2, J. P. Phair3, B. D. Jamieson4, C. R. Rinaldo5, L. P. Jacobson1 – AIDS Resarch and Human Retrovirus Vol26 (4) p 389-394
    1 Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, Baltimore, MD 21205 2 Ivagen SA, 62 RN 113, 30620 Bernis, France 3 Northwestern University and Howard Brown Health Center, Chicago, IL 60611 4 University of California, Los Angeles, CA 90095 5 University of Pittsburgh Graduate School of Public Health, Pittsburgh, PA 15261

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