Cancer du poumon : Battle, une avancée dans la guerre contre les formes avancées.

C’est un concept de plus en plus présent en cancérologie : le traitement personnalisé. Il s’agit d’adapter le traitement aux caractéristiques de la tumeur. Un nouvel exemple vient d’en être donné dans le cancer du poumon.
 
L’étude BATTLE qui vient d’être présentée à Washington lors de la 101ème session de l’AACR, l’association américaine de recherches sur le cancer, va, sans doute, marquer un moment important de la cancérologie.
 
Cette étude, de phase 2,  a concerné des patients atteints de cancers broncho-pulmonaires non à petites cellules, le CPNPC, qui représente 80 % des cancers pulmonaires.ces patients étaient en échec thérapeutique avec la chimiothérapie traditionnelle.
L’originalité de cette étude est qu’elle a consisté à rechercher des modifications biologiques des tumeurs et de prescrire le traitement à chaque patient en fonction de l’anomalie constatée.
 
Autre originalité de cette étude, les patients ont accepté de subir une nouvelle biopsie afin de procéder à des examens sophistiqués sur leurs tumeurs, à la recherche de bio-marqueurs.
 
L’étude a porté sur 4 bio-marqueurs avec, au total, onze anomalies mesurables :
EGFR (mutation, amplification ou polysomie),
VEGFR (amplification),
KRAS et BRAF ( mutations)
3 RXR/Cycline D1.(immunohistochimie et amplification)
 
Une cinquième classe de patients sans aucun marqueur a été également instituée.
 
Dans un premier temps les patients ont été répartis en quatre groupes de traitement. Erlotinib (E)  Vandetanib (V)
Sorafenib(S), Erlotinib + Bexarotene (E+B).
A noter : seul E est un traitement homologue actuellement dans le cancer du poumon avancé.
 
Au bout de quelques semaines on a regardé, grâce aux nouvelles techniques d’imagerie, comment répondaient les tumeurs.
On a pu ainsi créer des catégories qui ont servi à diriger les nouveaux patients inclus dans l’étude vers un traitement en fonction de la meilleure réponse constatée par rapport au bio-marqueur identifié.
 
Erlotinib (E)  pour EGFR
Vandetanib (V) pour VEGFR
Sorafenib(S) pour KRAS
Erlotinib + Bexarotene (E+B) pour RXR/Cycline D1
 
L’objectif principal de l’étude était de mesurer le taux de contrôle de la maladie, c’est-à-dire la non progression des lésions. Le taux retenu était de 30 %.
En fait, ce taux a été de 46 %, mieux donc qu’escompté.
 
Le meilleur taux, 58 %, a été obtenu dans le groupe porteur d’une mutation  KRAS recevant le sorafenib, Cette même molécule a donné également les meilleurs résultats dans le groupe sans marqueur spécifique. Elle a été aussi plus efficace chez les patients non mutés EGFR et chez ceux porteurs d’une polysomie EGFR
 
Le sorafenib, rappelons, le n’est pas autorisé actuellement pour traiter le cancer du poumon. Mais on voit combien il sera intéressant, chez des patients porteurs de la mutation KRAS par exemple, d’évaluer cette molécule.
 
En cas de mutation d’EGFR, c’est l’erlotinib qui améliore la situation. le vandetanib également mais dans une moindre mesure. Mais quand il s’agit d’une amplification, c’est-à-dire une forme de surexpression, c’est la combinaison E+B.
Une combinaison également efficace pour la mutation touchant la Cycline D1.
 
E et V se retrouvent aussi lorsqu’il y a amplification de VEGFR.
 
BATTLE n’a pas été menée dans le but de changer la façon dont on traite les cancers du poumon avancés. Cette étude a été construite pour essayer de voir si on peut guider les traitements en s’appuyant sur les anomalies des divers circuits qui commandent le fonctionnement des cellules cancéreuses.
 
Il y a près de 800 molécules actuellement en développement pour attaquer chaque nouvelle anomalie décelée dans un circuit de commande.
On pense ainsi pouvoir arriver à mettre en place des thérapies guidées par la biologie de la tumeur, au plus près donc de la réalité de la cellule cancéreuse.
 
En France, une dizaine de centres pilotes seront bientôt officiellement certifiés qui méneront ainsi des études sur des molécules innovantes.
Car, aujourd’hui, même s’il n’y a pas de miracle à attendre, le fait d’être en échec thérapeutique après une ou plusieurs lignes de traitement ne signifie pas que tout est persu, au contraire.

Titre de l’abstract :

Edward S Kim et al.

The BATTLE trial (Biomarker-integrated Approaches of Targeted Therapy for Lung Cancer Elimination): personalizing therapy for lung cancer

LB-1. AACR 101st  annual meeting 2010

LIRE L’ABSTRACT ( en anglais)

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Cancer du poumon : Battle, une avancée dans la guerre contre les formes avancées.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A JAMEL :

    Pour etre inclus dans une étude, il y a des critères qui varient d’un essai à l’autre.

    Tout dépend aussi de l’endroit où vous vous trouvez. En France, il y a une dizaine de centres qui travaillent sur les npouvelles molécules. je ne connais pas la situation en Tunisie mais je sais qu’il y a d’excellentes equipes dans ce pays.

    Il faut donc se rapprocher des cancérologues tunisiens des centres universitaires qui sauront, je le pense, vous renseigner.

  2. Jamel dit :

    pour un parent ayant souffert de cette maladie, cancer de poumon non a petite cellule, metastasé, est ce qu’il lui reste un peu d’espoire avec ces résultats si oui, comment faire pour lui inclure dans ces études….., merci, jamel de la Tunisie

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A ANONYME à l’adresse IP 62.41.63.100 :

    En réponse à votre courageux message anonyme, je vous propose ces quelques lignes extraites d’un article du philosophe Michel Onfrey, publié le 18 avril 2010 dans le Monde.
     
    Toute ressemblance avec votre démarche ne serait sûrement pas une pure coïncidence.
     
    Littératures de vespasiennes
    Jadis, dans les latrines, on pouvait lire sur les murs des graffitis dans lesquels s’exprimait toute la misère sexuelle du monde. Pas besoin d’une sociologie très appuyée pour saisir ce qui travaille l’âme du quidam au moment de sacrifier aux nécessités des sphincters : on se vide, on se lâche, on éclabousse avec les remugles de son animalité et l’on grave ses cogitations dans le marbre d’une porte en bois… On a les rostres qu’on peut ! Aujourd’hui, cette fonction a quitté les toilettes publiques, désormais entretenues comme un bloc opératoire, pour rejoindre des lieux guère plus recommandables : les commentaires postés au pied des articles sur les sites Internet.
     

     

  4. Anonyme dit :

    Mr FLAYSAKIER,
    Combien les lobbies pharmaceutiques vous payent pour nous raconter des mensonges?

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