Y a t’il un pilote dépressif dans l’avion ?

Cet article a été actualisé à la suite du crash de l’avion de Germanwings survenu le 24 mars 2015.. On trouvera en bas de page le Règlement Européen adopté en novembre 2011 et régissant les critères médicaux à satisfaire pour pouvoir piloter un aéronef.

 

Interdits de vol jusque là, les pilotes américains qui utilisent certains antidépresseurs pourront désormais reprendre leurs activités. Une situation interdite en France et dans un grand nombre de pays à travers le monde.

 
Depuis le 2 avril dernier, pilotes et copilotes américains peuvent inclure à la liste des vérifications avant le décollage quatre termes : fluoxetine, sertraline, citalopram et escitalopram.
Ces quatre termes ne correspondent à aucune partie de l’équipement de l’avion. Ce sont quatre molécules aux vertus antidépressives, dont les célèbres Prozac® et Zoloft®.
La FAA, l’Agence fédérale de l’aviation civile américaine a décidé de lever l’interdiction absolue de vol qui pesait jusque là sur les pilotes qui étaient atteints de dépression.
Désormais, l’administration fédérale estime que les effets secondaires moindres de ces quatre molécules par rapport aux anciens antidépresseurs n’interdit plus aux pilotes souffrant de dépression légère ou modérée de se traiter tout en continuant leur activité.
Les autorités américaines estiment que leur décision aura des effets bénéfiques sur les pilotes qui pourront se soigner correctement et continuer à assurer leur mission.
Les pilotes avaient tendance jusqu’à maintenant à éviter de se traiter ou à ne pas révéler la prise de médicaments, ajoutent les officiels, de peur de perdre leur emploi.
En France, comme dans tous les pays regroupés au sein du JAA, (Joint Aviation Authorities), il existe des textes réglementaires, les codes JAR (Joint Aviation Requirement) qui interdisent de vol les personnels navigants ayant recours à des médicaments psychotropes comme les antidépresseurs.
Cela est précisé dans l’article 3.115 du JAR-FCL, comme on pourra le lire en note.
Mais l’Agence européenne de sécurité aéronautique, l’AESA, pourrait bientôt se pencher sur la question et adopter une position semblable à celle prise par les Etats-Unis.
.La surveillance médicale des pilotes est faite plutôt sérieusement et on peut imaginer et espérer que la notion de prise d’un antidépresseur renforcera encore l’attention des médecins chargés de cette surveillance.
Il faut dire que les décalages horaires encaissés en permanence par les personnels navigants sont, en soi, des facteurs de risque pour générer des dépressions. En modifiant les rythmes circadiens par la perturbation de production de mélatonine, ces décalages jouent sur le sommeil et l’humeur.
Tous comptes faits, il vaut donc mieux avoir des pilotes bien traités plutôt que de se trouver un jour à bord d’un appareil dont le commandant aura envie de faire un looping, histoire pour lui de tromper son ennui.
NOTES TECHNIQUES
Article 3.115 relatif à la prise de médicaments :
FCL 3.115 Usage de médicaments, de drogues et autres traitements(a) Le détenteur d’un certificat médical ne doit pas piloter s’il a pris quelque drogue ou médicament que ce soit, prescrits ou non prescrits, y compris dans le cadre du traitement d’une maladie ou de troubles. Il doit se conformer aux dispositions du paragraphe FCL 3.040.[…] la prise de médicaments psychotropes ou de drogues, avec ou sans état de dépendance, sont causes d’inaptitude. Les médications et substances psychotropes comprennent les sédatifs et hypnotiques, les barbituriques, anxiolytiques, […].Une demande de dérogation peut cependant être examinée par le C.M.A.C après une période de deux ans pendant laquelle la sobriété ou l’absence d’usage de drogue sont prouvées. Le renouvellement plus précoce de l’aptitude par le C.M.A.C avec une limitation multi-pilote OML peut être envisagé après :

  • (a) un traitement en établissement spécialisé de quatre semaines au moins ;
  • (b) une expertise par un psychiatre reconnu par le C.M.A.C ; et
  • (c) une évaluation continue, comportant des examens sanguins et des comptes rendus fournis par l’environnement professionnel pendant une période de trois ans.
ACTUALISATION au 02/04/2015
Désormais, c’est le Règlement Européen 1178-2011 qui  définit les critères médicaux



A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Y a t’il un pilote dépressif dans l’avion ?

  1. Arlette ROUMIER dit :

    Bonjour Docteur,

    J’ai le bonheur d’avoir 3 petits-enfants dont un grand àgé de 20 ans maintenant.

    Après avoir eu le BAC avec mention TB, il a choisi la filière L et se trouve à la Sorbonne mais il semblerait qu’il se soit trompé de voie ? il était considéré comme un enfant très intelligent mais il n’a plus de motivation, paraît dépressif; ne parle pas ou presque pas.
    Il s’est enfin décidé à voir un docteur qui lui a trouvé un manque de vitamine D assez important. Effectivement je trouvais qu’il ne mangeait pas beaucoup ou n’importe quoi en dehors des repas.
    Je suis assez inquiète ? que faut-il faire à part prendre de la vit D ?

    Je vous remercie de me venir en aide

    Arlette ROUMIER sa grand-mère

  2. Henri Labelle, B.Sc. Psychothérapie dit :

    Je ne savais pas que les pilotes avaient des restrictions quant à leur santé psychologique… intéressant!!!

    Henri Labelle, B.Sc. Psychothérapeute
     

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