Epuisement professionnel : un danger autant pour les patients que pour les professionnels de santé.

Ne rien demander et ne rien dire. Cette formule est souvent usitée dans de nombreux domaines. Parfois, hélas!, également dans la relation entre le m&médecin et son patient, au détriment des deux.
 
Il y a trois semaines environ, j’étais assis dans le métro vers 18 heures. Je revenais de l’Institut Gustave Roussy, l’IGR, à Villejuif après mes cours. A côté de moi, se faisant face, une jeune femme, a peine la trentaine et un homme du même âge.
 
Je comprends vite, à leur conversation, qu’ils sont enseignants et que tous deux ont un mal-vivre qu’ils expriment en échangeant leurs impressions.
Etonnamment la jeune femme dit à son collègue qu’elle va sûrement pleurer ce soir car on est un mardi et qu’elle pleure presque tous les mardis ! Une sorte de rituel de début de semaine.
 
Au fil de la conversation, ils en viennent à comparer leurs classes, leurs élèves et, tout à coup, la jeune femme capte mon attention.
 
Elle raconte à son collègue qu’elle est très surprise car une de ses élèves qui avait fait un premier trimestre formidable était en pleine dégringolade en termes de résultats. « Elle écrit mal, alors qu’elle avait un joli style, elle s’enfonce ».
 
Et d’ajouter : » De toutes façons, je ne lui demande rien. Ce n’est pas mon boulot. Je ne vais pas chercher à m’occuper de leurs insuffisances, j’ai déjà assez à faire avec les miennes. »
 
Je n’ai pu m’empêcher de la regarder avec, sans doute, un air mi-ahuri et mi-furieux.
Je me disais que cette gamine avait sans doute une vraie raison de décrocher, peut-être une cause familiale, la maladie d’un proche par exemple. Peut-être une raison plus intime, comme une agression, un viol ou que sais-je encore.
 
Et celle qui aurait pu l’aider à parler, à soulager un peu sa peine, estimait que ce n’était pas sa place de l’aider, tant elle était elle-même incapable de trouver une oreille pour écouter son mal-vivre. Elle allait pleurer comme tous les mardis !
 
Une fois ma colère passée, je me suis rappelé ce que j’avais entendu quelques jours plus tôt, lors d’un cours dispensé par le Dr Sarah Dauchy, psychiatre de l’IGR, en charge des soins de support.
 
Elle nous parlait des difficultés des relations entre les patients et les médecins, des divers scenarii, des façons de se protéger, de plonger dans le déni ou de devenir passif.
 
Elle nous raconta également l’épuisement professionnel, le « burn out », de ces personnels de santé qui travaillent en flux tendu qui vivent à l’hôpital ou qui amènent l’hôpital à la maison.
Des professionnels qui craquent et qui pleurent, qui parfois se suicident.
 
Dans le domaine de la cancérologie, rien n’est plus terrible que l’attitude de fuite qui consiste à se dire « Ouf ! Il ne demande rien et ça tombe bien car je n’ai pas envie de lui parler ! ».
 
C’est d’ailleurs vrai pour d’autres spécialités également.
 
Cela pose le problème de la prise en charge de l’épuisement professionnel des acteurs de santé. A une époque où, pour la moindre cheville foulée dans un collège on dépêche une unité de prise en charge psychologique, la plupart des &établissements médicaux n’ont pas de groupes de parole, pas de structures où les soignants peuvent se faire « soigner », épancher leur trop-plein de fatigue.
 
Je me souviens être allée dans un service de réanimation d’un hôpital de la banlieue Nord de Paris où la mortalité était assez élevée et où l’équipe médicale faisait un remarquable travail d’accompagnement et de non-acharnement en fin de vie.
 
J’avais demandé à la psychologue présente ce jour là si elle aidait ses collègues. D’un ton ferme et peu amène elle me rétorqua qu’elle était là pour les familles et pas pour les médecins.
Je veux bien imaginer qu’elle devait avoir une surcharge de travail elle aussi et qu’elle avait du se battre pour avoir ce poste. Mais je ne voyais pas ce qu’il y avait de honteux à imaginer qu’elle puisse aider des femmes et des hommes dont la décision était souvent de mettre un terme à la vie de gens malades, en respectant leur dignité.
 
Les hôpitaux vont souffrir de plus en plus de contraintes budgétaires, de non –remplacements de postes vacants. Il faudra essayer de faire aussi bien avec encore moins.
Cela veut dire que les gestes techniques auront la priorité sur l’approche humaine. Et la frustration des équipes, notamment des infirmières et des aides-soignantes, qui sont en première ligne dans la prise en charge des patients au plan de la douleur et de l’accompagnement, ira croissant.
 
J’espère et je souhaite que des voix vont s’élever pour dire que si le personnel souffre, les malades souffriront encore plus. J’espère qu’on saura trouver les personnes qualifiées pour aider ceux qui soignent à libérer un peu de leur stress, pour le bien des patients avant tout.
 
Je ne crois pas que je reverrai, sur la ligne 7 du métro parisien, cette jeune enseignante.
Je souhaite seulement qu’un mercredi matin, après avoir bien pleuré la veille au soir, elle saura s’approcher de son ancienne « tête de classe » et qu’elle lui demandera si elle veut bien lui parler.
 
Si elle ne le faisait pas, ce serait bête à pleurer.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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7 réponses à Epuisement professionnel : un danger autant pour les patients que pour les professionnels de santé.

  1. elodie dit :

    bonjour,
    je vous envoie ce mail car je suis orthophoniste, pratiquant essentiellement en neurologie et gériatrie. Activité libérale.
    Nous sommes extrêmement seuls en libéral. Les échanges sont brefs car la charge de travail est énorme. je rejoins votre commentaire concernant cette fatigue psychique que l’on ressent car on est « le » professionnel , qui ne doit jamais rien dire ni se plaindre. C’est extrêmement dur. Et pour que le système tienne, tout le monde tente de tenir aussi.. Pour ma part j’ai du mal à communiquer avec les médecins car souvent ils sont surchargés, aussi. Nous courons tous. J’ai un collègue généraliste de 42 ans qui a fait un infarctus cet été. C’est très dur. Mais personne n’en parle. Et surtout pas la cpam ni les statistiques, plus financières qu’humaines . (lol)! c’est dommage car nous sommes aussi humains que les autres. Mais , en tant que soignant, bien sûr, tout va toujours bien pour nous… Cordialement.

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A J :

    Si vous souhaitez aider J, je lui transmettrai vos réponses

  3. j. dit :

    bonjour,

    Je suis suivie actuellement pour fibromyalgie, c a d qu’on n’a^pas trouvé ce que j’ai. depuis de nombreuses années je ne dors pas, j’ai de grosses douleurs, j’ai vu plein de psy qui m’ont pris la tête plus qu’autre chose. J’ai 39 ans, 2 enfants et suis cadre. j’ai obtenu un bac +6 en élevant seule mes enfants. L’école a toujours été une plaie pour moi, en terminale je séchais beaucoup, en fac, impossible de rester en place, impression d’étouffer. on m’a fait passer un qi qui était à 145. Mon fils de 16 ans a était testé à 5 ans à 140 car il savait dejà lire et écrire, il est entré en ce1 direct. Tout allait bien, réussite sans trop de travail. je lui ai fait faire du violon, du sport, des echecs, … On est venu vivre à tahiti et depuis il fait de la phobie scolaire, son cerveau n’arrive plus a se concentrer sur 1 chose, il s’éparpille, en même temps c’est un adolescent. J’ai du le mettre au cned pour sa première car il menaçait de se suicider. il y a des moments où tout va bien, d’autres où il ne fait plus rien. Que puis je faire?

    merci

  4. gkierzek dit :

    Le parallèle santé/enseignement est intéressant: deux domaines essentiels, piliers de la nation avec deux corps de métiers passionnants (enseignants, soignants), deux vocations et deux métiers frappés par le burn-out ! A l’heure où beaucoup recherchent du sens dans leur profession, la santé et l’éducation offrent un sens et une motivation évidents. Reste alors à le faire redécouvrir à ses professionnels ! il est vrai que le système ne pousse pas les agents à une implication plus grande: pas de valorisation particulière, que l’enseignante fasse, fasse mieux ou ne fasse pas son travail; idem pour le soignant ! l’absence de valorisation personnelle est connue comme facteur de burn-out. Cette valorisation peut passer par des incitations financières, de formation ou de pratiques. « Varier les plaisirs » peut être une solution; dans les métiers difficiles comme les nôtres, des emplois du temps partagés peuvent permettre de tenir sur le long terme, tout en capitalisant l’expérience: enseigner à mi-temps et faire de la recherche ou se former l’autre mi-temps; soigner en libéral quelques jours par semaine et enseigner 1-2 jours à l’hôpital,…
    Le soutien psychologique est bien-sûr un autre aspect, indispensable mais curatif celui-là.

     

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A JEAN-LUC :

     

    Merci d’avoir pris le temps d’apporter toutes ces informations. Pour les lecteurs de ce blog, je signale que Jean-Luc Machavoine travaille depuis de très longues années au Centre François Baclesse, de Caen et au sein de la société française de psycho_oncologie.

    Il fait partie de ces psychologues tellement indispensables au sein de ces services de cancérologie et pourtant si mal reconnus. Pas lui, non, mais nombre de ses collègues.

     

  6. Jean-Luc Caen dit :

    Cher Jean-Daniel,

    Félicitations pour ton Blog Santé très bien documenté, accessible et dans ce style direct, que personnellement j’ai toujours apprécié. Et merci à « Doktowess » pour sa contribution pertinente en tous points.

    La question du Burn Out et de la souffrance des médecins et soignants m’intéresse depuis plus de 20 ans que je travaille cancérologie. J’y suis même arrivé, jeune professionnel travaillant déjà en psychiatrie, dans le cadre d’un projet de recherche financé par la Ligue contre le Cancer, visant à étudier « l’intérêt de l’intervention d’un psychologue auprès d’une équipe soignante », ce, en évaluant les niveaux d’anxiété des soignants et des malades. Pendant un an, en 1989, j’avais réussi à mettre en place un cadre de type « Balint »,permettant de rassembler, toutes les semaines, les médecins, les infirmières, les aide-soignantes, les agents et les secrétaires d’un service de pathologie mammaire d’un CLCC. Cela fut une expérience très riche, en termes de formation et de renforcement de la cohésion de l’équipe. Les médecins avaient accepté de descendre de leur piedestal pour s’impliquer et les soignants avaient pu comprendre, et réciproquement, les difficultés de leur travail, sur le plan humain et relationnel. L’accueil très favorable et l’éthique de la surveillante du service (mantenant on dit Cadre de santé !) avaient permis à la très grande majorité de sentir à l’aise et libre de s’exprimer. Les malades, par ricochet, avaient bénéficié de cette expérience.
    Tout cela a été publié et a donné lieu ensuite à d’autres papiers ou enseignements visant à théoriser et transmettre cette expérience.

    Mais si j’interviens sur in Blog, c’est pour dire que depuis 20 ans les choses ne se sont pas arrangées. Grâce au Plan Cancer, il y a certes eu des créations de postes de psychologues dans les centres et les services de cancérologie et nous avons pu être attentifs à un plus grand nombre de malades.
    Mais concernant la souffrance des médecins et soignants, il me semble qu’elle soit de plus en plus négligée et qu’on renvoie les uns et les autres à des solutions individuelles pour se sortir du marasme.
    J’avais continué pendant près d’une quizaine d’années, à proposer des groupes de parole. Et mon constat est le suivant :
    – Les médecins n’y viennent pas : trop occupés, l’extrême majorité d’entre eux fait le choix de ne pas privéligier ce type de réflexion et de partage. Ils se ressourcent comme ils peuvent ; certains craquent, mais au delà de ce qu’un groupe de parole pourrait alors apporter; et tout le monde se sent impuissant ! Il faudrait néanmoins signaler que les internes en oncologie français viennent de mener une étude sur le Burn Out des jeunes oncologues et que les résultats inquiétants ont incité un certain nombre d’entre eux à se structurer dans des groupes de réflexion sur les pratiques autour d’un oncologue senior et/ou d’un psychologue.
    – Concernant les soignants, les sous-effectifs et les plannings de plus en plus tendus, rendent de plus en plus difficile une participation régulière à ce type de réunion, sur le temps de travail. Cela serait pourtant légitime, vu la charge mentale et émotionnelle supportée par les infirmières et les aide-soignantes des services de cancérologie. A la fin, il m’apparaissait presque paradoxal d’extraire 8 à 10 soignants d’un service, pendant une heure, chaque semaine, pour les sensibiliser à la relation Soignant-Soigné, tout en en sachant qu’elles devraient ensuite courir pour rattraper ce temps dans les soins. je me souviens qu’à l’époque des protocoles AUBRY, sur l’amélioration des conditions de travail, un Infirmier Général (maintenant on dit Directeur des Soins !) avait eu la précautionneuse idée de prévoir des heures de remplacement pour les soignants participant aux groupes, en complément des vacations de psychologue.

    Il reste que les médecins et soignants qui s’engagent dans une démarche de type « Balint », à l’extérieur, sur leur temps et leurs deniers personnels restent une minorité. On peut le regretter, car tous eux qui ont pu faire une telle expérience s’en sont trouvés enrichis dans leur pratique professionnelle et soulagés eux-mêmes.

    Cette question cruciale de la souffrance au travail déborde le cadre strict de l’hôpital: on l’a vu ces derniers mois. Sociologues, psychologues, psychanalystes, à la suite de Christophe Dejours ont fourni des grilles de lecture et fait des propositions. C’est sans doute plus le travail et ses formes modernes de management plutôt que les travailleurs qu’il faudrait soigner. Mais là nous ouvrons une autre page, qui risquerait de déborder le cadre du Blog Santé de notre ami Jean-Daniel.

    Cordialement.
    JLM

  7. Doktowess dit :

    Cher JD,

    Vos analyses documentées et intelligentes de sujets très variés m’impressionnent et je me doutais qu’un jour vous parleriez de l’épuisement professionnel. Je ne peux qu’aller dans le sens de ce que vous écrivez.

    Durant mes études à Montpellier je suis passé dans un service de réanimation où une réunion collective avait été mise en place pour que l’équipe (médecins et infirmiers, mais sans oublier les aides-soignants et les femmes de ménage qui sont au moins autant en contact avec les patients) puisse justement évoquer les cas émotionnellement éprouvants. Mais il semble effectivement que ce type d’initiative soit l’exception qui confirme la règle.

    A ma connaissance seuls les psychanalystes pratiquent de manière courante des supervisions individuelles leur permettant de prendre du recul sur la composante émotionnelle et subjective (contre-transférielle) de leur relation au patient. Mais il est vrai que la psychanalyse est par essence une technique intersubjective, contrairement à la médecine somatique qui se veut objective, du moins si l’on occulte les aspects relationnels de la démarche de soins.
    Néanmoins, ce concept de supervision développé par la psychanalyse a essaimé, et je connais des confrères généralistes qui fréquentent des groupes de type Balint, ce que je ferais certainement un jour.

    Bien-sûr, les causes de malaise ou, à l’extrême, de burn-out, ne sont pas seulement liées à certains cas intrinsèquement difficiles comme on peut les rencontrer en oncologie ou en réanimation, il y a aussi les problèmes personnels que peut rencontrer tout soignant (comme tout être humain) et, surtout, les conditions de travail matériellement défavorables comme vous le soulignez à juste titre.
    On pourrait y ajouter les problèmes de management d’équipe.

    Durant mes études et mon résidanat j’ai effectivement côtoyé des confrères et des infirmières en difficultés, pour des raisons différentes. Certains faisaient rejaillir ces difficultés sur leur relation de soin, d’autres au contraire du fait de ces mêmes difficultés se montraient plus sensibles et plus empathiques…. mais pour combien de temps ?

    Il y a aussi le problème des patients exigents ou pénibles, j’y ai parfois été confronté, mais il me semble que ceci n’est pas un problème en soi, ce n’est la plupart du temps que la conséquence d’un autre problème déjà cité: la dégradation des conditions matérielles et des effectifs. Les vrais emmerdeurs existent mais ne sont qu’une infime minorité, et souvent peu de choses suffisent pour que les gens se sentent considérés et changent de comportement.

    Le problème de la dégradation des conditions d’exercice se pose tant à l’hôpital qu’en libéral.
    Au niveau de l’hôpital il s’agit bien entendu de choix politiques, les solutions sont alors l’engagement syndical…et le bulletin de vote…
    Au niveau libéral et notamment en médecine générale je crois qu’il est temps de rafraîchir certaines conceptions un peu vieillotes du rôle du médecin. Les généralistes ne veulent plus faire de gardes ? Finalement est-ce vraiment un problème ? Quand un médecin est appelé en pleine nuit, il s’agit souvent d’une urgence vitale, que peut faire un généraliste avec sa sacoche et ses dix doigts face à un infarctus ou une embolie ? La création de maisons médicales est par contre une très bonne idée, à mon avis il faut un minimum de plateau technique et de personnel auxiliaire pour répondre aux demandes nocturnes.

    Le problème résultant de difficultés personnelles ou de cas particulièrement éprouvants impose certainement des changements d’ordre culturel.

    D’une part le soignant doit être encouragé à rechercher de l’aide lorsqu’il identifie en lui un mal-être susceptible d’induire un dysfonctionnement dans la relation de soins. Le déni volontaire existe souvent, mais comme pour toute aide psychologique, la demande doit être spontanée. Ce n’est donc pas en mettant en place des mesures coercitives que l’on résoudra cette question et cela serait contre-productif. A mon avis l’idéal serait de sensibiliser les futurs médecins dès leurs études à l’analyse de leurs vécu émotionnel et à la demande d’aide psychologique, et ceci supposerait évidemment d’éliminer tout paradoxe, tout "double bind", en humanisant les études au lieu de bâtir uniquement le deuxième cycle sur la perspective d’un concours qu’à mon sens il faudrait supprimer pour sélectionner les candidats d’après des critères uniquement spécifiques à la spécialité à laquelle ils souhaitent accéder.

    D’autre part je me suis aperçu que les équipes sont rarement solidaires dans le milieu hospitalier, il y a les corporatismes (médecins/infirmières), les conflits entre individus (surtout entre médecins) sont la règle, et je suis certain que cette ambiance ne profite à personne, le soignant n’ayant pas la possibilité de partager ses difficultés avec le reste de l’équipe. La solution serait de changer radicalement de mode de management, en intégrant davantage une réelle vision psycho-sociologique: on ne peut réduire la gestion d’équipe à l’interaction fonctionnelle d’individus chargés d’une mission théorique et standardisée. Ceci vaudrait pour tout le monde du travail (dans un monde idéal…) mais n’est-ce pas prioritaire dans le milieu de la santé ?

    Je constate que le problème de l’épuisement professionnel fait actuellement l’objet de nombreuses études, mais ce qui me met hors de moi, c’est la stupidité de la seule solution qui est retenue: créer une médecine du travail pour médecins. Encore une fois, on nie la dimension psychologique et sociologique, la dimension humaine, pour en revenir au somatique pur. En plus il est faux de prétendre qu’il existe un besoin dans ce domaine, car les médecins sont quand-même la catégorie socio-professionnelle qui a l’espérance de vie et l’état de santé les meilleurs. D’accord il y a peut-être un taux de suicide supérieur à la moyenne, mais il faut agir sur les causes.
    En plus, si cela doit être coercitif et contrôlé par l’ordre des médecins (avec augmentation des cotisations à la clé…), je dis non ! Heureusement il y a comme partout des gens bien au conseil national et ils ont récemment fait obstacle à un projet farfelu de ce genre… L’adoption d’une telle mesure serait d’autant plus contre-productive que l’auto-satisfaction qui en résulterait conduirait à négliger les causes profondes du mal-être des soignants et à ne pas agir en amont.

    C’est donc tout un système (à l’université, à l’hôpital, au niveau de l’organisation de la médecine libérale) qu’il faut changer, et si l’on commence à admettre que le soignant est un être humain comme le soigné, la première conclusion qu’il faut en tirer est qu’il n’est pas taillable et corvéable à merci.

    Je m’excuse d’avoir été un peu long, mais sans y avoir été moi-même confronté le problème m’intéresse.

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