Médecin de célébrités : les héros et les zéros

L’émotion qui entoure les sérieux problèmes de santé de Johnny Hallyday met un coup de projecteur sur la façon dont les « people » et les politiques se font soigner. Pas toujours au mieux de leurs intérêts, semble-t-il.
 
Personne ne connaît, pour l’instant du moins, la cause médicale exacte de l’état de Johnny Hallyday. La seule chose que l’on sache c’est qu’il est placé en « coma artificiel », c’est-à-dire anesthésié, « sédaté », c’est-à-dire qu’il reçoit des analgésiques à haute dose, et sous machine respiratoire.
 
Pourtant, le chirurgien qui l’a opéré à Paris fait l’objet de mises en cause multiples, souvent violentes. Certains diront qu’il s’agit des risques liés à une forte exposition médiatique, le prix à payer pour avoir le titre de « chirurgien des stars ».
 
Je ne connais pas le dossier médical du chanteur, je ne sais rien de la consultation anesthésique faite en préopératoire pas plus que je n’ai vu le compte-rendu opératoire ou le bilan « post-op ».
Je n’émettrai donc aucune opinion sur le praticien et sur son geste, c’est la moindre décence.
 
Mais cette histoire qui n’a sans doute pas fini de monter- au point que Nicolas Sarkozy en a parlé pendant un sommet tenu à Bruxelles- illustre , une nouvelle fois, la complexité et la difficulté qu’ont les gens célèbres à se soigner.
 
Les politiques et les « people » sont confrontés à divers problèmes que nous, pauvres mortels, ne connaissons pas et c’est tant mieux.
 
Ils ont d’abord besoin de secret, d’où cette attirance quasi-magnétique pour nombre de célébrités à se réfugier dans un hôpital neuilléen dont le nom évoque un grand pays d’outre-Atlantique constitué de 50 états et dont la capitale fédérale est Washington, District of Columbia.
La qualité hôtelière de l’établissement fait dans le haut de gamme et la sécurité est digne des meilleurs films américains.
Pour un observateur médical, ce sont surtout ces arguments qui peuvent expliquer principalement cette attirance.
 
Les politiques ont aussi leur sanctuaire : le « Val de Grâce » ou, plus complètement, l’hôpital d’instruction des armées du Val de Grâce.
De là, rien ne filtre non plus.
 
Dans les cas très graves et les grandes urgences, la prise en charge entre célébrités et tout un chacun varie peu, grâce à l’excellence du système de soins français qui, pour l’instant et théoriquement, ne fait pas de différence.
 
On peut, certes, se poser des questions parfois. Ainsi, avant l’accident lié au curare qui faillit tuer Jean-Pierre Chevènement, il n’est pas certain qu’on massait trente minutes tous les patients en arrêt cardio-circulatoire. Mais, globalement, les inégalités, dans le service public, ne sont pas légion.
 
En revanche, il n’en est pas de même au début de la maladie, quand il s’agit de savoir comment se soigner. Le paradoxe c’est qu’il vaut mieux parfois ne connaître personne et s’en remettre au service vers lequel le médecin de famille vous a dirigé que d’appartenir à un e sorte de « jet-set » où vos relations vont vous adresser à celui qu’il ne valait sans doute pas mieux rencontrer !
 
On comprendra aisément que pour des raisons liées au secret professionnel, je ne puisse pas divulguer certaines histoires que j’ai eu à connaître de près ou de pas trop loin.
 
Mais je suis souvent sidéré par l’aura qu’ont certains médecins auprès de personnalités alors que ces professionnels ne sont pas les meilleurs dans leur discipline, et, parfois, loin s’en faut.
Mais le côté relationnel, l’aspect parfois un peu gourou et des interventions ou des traitements qui se sont bien passés, et qui se seraient bien passés avec d’autres également, permettent à des praticiens de se retrouver au pinacle. On devient ainsi le « quelque chose des stars », sauf pour les proctologues car cela ne doit pas faire joli dans le tableau !
 
Dans le monde de la cancérologie, par exemple, on voit des spécialistes de haut niveau, à qui on confierait un de ses proches les yeux fermés, être ignorés, voire affublés de réputation calamiteuse.
Ils ont eu le malheur de prendre en charge un membre du showbiz ou du spectacle qui est mort de son cancer. C’est, malheureusement, une éventualité non négligeable. Mais pour le petit monde qui gravitait autour de la personnalité, c’est le cancérologue qui a tué le malade, pas le cancer. « Surtout ne vas jamais voir Machin si tu as un cancer, il a tué Untel »
 
Le médecin n’est plus un héros, il est un zéro.
 
 Tout cela va profiter à des  « seconds couteaux » qui ont la bonne idée d’être dans des réseaux et d’avoir su s’insérer dans les courants porteurs.
Ou encore à des personnages ayant pignon sur rue mais qui n’ont pas forcément rafraichi leurs connaissances récemment.
Parmi ces derniers, il arrive que certains aient le réflexe, une fois la première consultation donnée, d’orienter vers un jeune collègue plus au fait des choses, mais ce n’est pas la règle.
 
Le problème c’est que quand on a un nom, on veut voir un nom.
 
Pour les politiques, le problème est encore plus délicat, car il y a la question de l’entourage, autrement dit de la « cour ».
Il y a le médecin officiel, attaché par exemple à la Présidence, souvent un militaire. Mais il y a aussi LE médecin choisi par le président ou le monarque du pays.
On a pu voir, dans nombre de situations et de lieux, que ce phénomène de cour conduisait souvent à des retards de prise en charge, à des errements, à des situations ubuesques.
 
Ainsi, il y a déjà plusieurs années, le président d’un Etat du bassin méditerranéen se mourrait d’une pathologie hématologique, une maladie de Waldenström.
On manda le Dr Waldenström à son chevet, où il rencontra une soixantaine de ses confrères locaux ou venus de pays frères.
Et le médecin suédois vit alors ce spectacle étonnant qui consistait à faire voter l’assemblée des médecins à chaque fois qu’il fallait prendre une décision thérapeutique !
 
La Cour a ses têtes, ses favoris, ses héros et ses ennemis. Elle a surtout une extraordinaire méconnaissance des capacités et attributions des diverses spécialités médicales.
A un moment où la médecine se spécialise à outrance, mieux vaut être au fait de qui fait quoi et qui fait bien quoi.
 
Prenons un exemple simple : la neurologie. Quand on fait un accident vasculaire cérébral, on va être pris en charge par un service de neurologie. Mais les équipes spécialisées dans cette discipline, dite neuro-vasculaire, ne traitent pas forcément tous les jours des patients atteints de sclérose en plaques ou de maladie de Parkinson.
Et l’inverse est également et surtout très vrai !
 
Cela suppose donc que le médecin à qui l’entourage du « puissant » a fait l’honneur de confier le patient ait le bon sens, l’humilité et l’intelligence de s’appuyer sur des consœurs et des confrères plus qualifiés quand il sort du champ de sa spécialité.
 
On ne l’imagine pas, mais être riche et célèbre ce n’est pas toujours simple.
 
Mais, comme le disent les penseurs de bistrot : « ne nous moquons pas des riches, on ne sait jamais ce qui peut nous arriver »
 
 
 
NOTE DE BAS DE PAGE :
 
Sur les maladies des hommes de pouvoir et le rôle de l’entourage, il y a eu un magnifique ouvrage écrit par le Dr Pierre Rentchnik et Pierre Accoce en 1977 intitulé «  Ces malades qui nous gouvernent »
Le numéro ISBN de l’ouvrage est 2253019488, l’éditeur Stock.
Ils ont récidivé en 1988 avec : « Ces nouveaux malades qui nous gouvernent »  toujours édité chez Stock
 
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Médecin de célébrités : les héros et les zéros

  1. Wiki-Stars dit :

    je pense que la palme revien quand meme au medecin de michael jackson coté Zero ;o)

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