Cancer : On ne peut pas soigner tout n’importe où.

Un classement des centres publics et privés opérant des tumeurs du sein, de l’appareil digestif, de la prostate et de la sphère ORL a été réalisé par Santeclair, société spécialisée dans la gestion du risque santé.
Un éclairage intéressant au moment où se pose la question des autorisations d’activité en matière de cancérologie.
 
L’enquête de Santéclair, société qui travaille pour les complémentaires santé, est une démarche à l’américaine, mais dans le bon sens du terme.
Aux Etats-Unis, les principaux assureurs mutualistes, de type Blue Cross-Blue Shield, dressent des états des lieux des établissements de santé.
Ainsi, en dessous d’un certain nombre d’actes et de certains critères de qualité, ces établissements informent leurs assurés qu’ils ne prendront pas en charge les frais inhérents à des traitements dans les établissements jugés en deçà des normes.
 
En France, le premier Plan Cancer a prévu, en 2007, de labelliser les établissements publics et privés dans les domaines de la chirurgie carcinologique, de la radiothérapie externe et de la chimiothérapie.
 
Un seuil a été fixé pour un certain nombre de pratiques, seuil en deçà duquel, à l’horizon fin 2010, des cessations d’activité et des redéploiements sont prévus en cas de non atteinte des seuils.
 
Mais la mesure traine et les établissements sont plutôt réticents.
Pourtant il y a du pain sur la planche. Ainsi, le seuil retenu pour les cancers du sein est de 30 interventions par an, comme pour la chirurgie digestive et thoracique.
Quand on regarde ce qui s’est passé au cours des années 2005 à 2007 sur un nombre conséquent d’établissements, on constate que 39 % de ces entités n’atteignaient même pas les 80 % de ce seuil pour le sein. En clair ils opéraient moins de 24 cancers  du sein par an.
 
Pour la chirurgie thoracique, le seuil n’est pas atteint par 65 % des centres.
Et quand on s’intéresse aux cancers de la sphère ORL, le seuil de 20 interventions annuelles n’est pas atteint par 56 % des établissements.
 
Or, on ne fait bien que ce qu’on fait souvent. De plus les techniques évoluent, le matériel se perfectionnent, les connaissances ont besoin d’être mises à jour. Tout cela n’est possible que lorsque les établissements ont une taille critique avec assez un nombre de spécialistes suffisant et des équipes pluridisciplinaires.
 
On ne devrait plus voir par exemple, un chirurgien opérer seul dans sa clinique un patient et décider seul du traitement.
 
Cela va entraîner inévitablement des fermetures de services dans des hôpitaux publics et privés. Mais l’ego des médecins et des directeurs est beaucoup moins important que la qualité des soins proposés aux patients.
 
Des patients qui devront comprendre qu’il peut être important de faire 50 ou 100 kilomètres de plus pour se faire opérer quand c’est sa propre vie qui est en jeu.
 
Hormis la chirurgie, les nouvelles règles vont concerner les centres de radiothérapie qui devront traiter au moins 600 patients par an.
De même pour la chimiothérapie où les centres auront l’obligation de traiter 80 patients par an, dont au moins 50 en ambulatoire
 
Les mutuelles ont, en France, une force de frappe potentielle énorme quand on voit le nombre d’adhérents qu’elles rassemblent.
 
On peut donc imaginer qu’elles vont aider à mettre un coup de pied salutaire dans la fourmilière d’autant qu’on leur demande de payer toujours plus.

Les résultats sont consultables sur le site du journal « Le Parisien« .

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A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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16 réponses à Cancer : On ne peut pas soigner tout n’importe où.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPÖNSE A MALIKA :

    C’est bien par établissement, seule entité légale opposable.

  2. Malika dit :

    vos investigations vous ont-elles permis d’avancer un peu sur le sujet ?

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A MALIKA :

     

    Vous avez raison et d’ailleurs je vais pousser un peu plus loin les investigations.

    Je mettrai les précisions sur ce blog.

  4. Malika dit :

    « La situation à 10 fois 3 me parait irréaliste et surtout dangereuse. »

    3 opérations dans l’année pour un chirurgien ?
    Cela ne me paraît ni irréaliste ni dangereux. Mais peu importe, j’ai pris ces chiffres pour le besoin de la démonstration.
    Et je trouve décidément curieux ce système de seuils qui ne tient pas compte du nombre d’opérations par chirurgien. Sans cet élément, je ne vois pas en quoi la sécurité des malades serait renforcée.

    Cordialement.

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A SERGIO:

     

    Je suis assez d’accord avec vous. La place des traitements non chirurgicaux est devenue de plus en plus importante dans cette chirurgie.

    Mais le seuil de 20 interventions vous parait-il irréaliste pour un service ?

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A MALIKA :

     

    Brillante question !

    Intuitivement je maintiendrais mon premier avis en vous disant que, dans ce cas, on proposerait à ces deux chirurgins d’être « redéployés » vers un centre plus actif.

    La situation à 10 fois 3 me parait irréaliste et surtout dangereuse.

  7. Malika dit :

    « Deux fois dix c’est bien mieux que dix fois 2. mais c’est inférieur aux 30 requis ! »
    J’entends bien. Mais il n’est pas vain d’aller un peu plus loin dans la démonstration.
    A quoi servent ces seuils sinon à procurer davantage de sécurité aux patients ? Par ma question (rappelée ci-dessous), j’attirais l’attention sur la possible inadéquation entre ces seuils et l’objectif poursuivi. Votre réponse me conforte dans ma position.

    Lequel des deux étalissements est le plus sûr :
    – celui où exercent 2 chirgugiens qui opèrent chacun 10 cancers du sein dans l’année, soit 20 au total, donc moins que le seuil fixé,
    – un établissement plus important où exercent 10 chirurgiens qui opérent chacun 3 cancers du sein, soit 30 au total dans l’année, respectant ainsi le seuil…

     

  8. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A MIREILLE :

     

    Vous avez parfaitement raison. Un plan de redéploiement ne peut se concevoir que dans le cadre d’un plan d’aménagement du territoire avec prévision de liaisons pour ne pas léser les plus démunis et les personnes isolées.

  9. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A MALIKA :

     

    Deux fois dix c’est bien mieux que dix fois 2. mais c’est inférieur aux 30 requis !

  10. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A MARIE CHRISTINE Et GALWILLI :

     

    La liste est en lien à la fin de l’article.

    mais l’avis des médecins qui vous suivent me semble aussi, voire plus important qu’un palmares aussi bien fait soit-il.

  11. Galiwili1 dit :

    Bonjour,

    Je rebondis sur l’article que vous venez de publier.. Auriez-vous la gentillesse de me communiquer les établissements compétents dans les pays de la loire en priorité pour opérer un cancer du sein diagnostiqué il y a 15 jours?

    Merci pour la richesse de votre rubrique et votre réponse.
    Cordialement

  12. sergio dit :

    reaction à chaud concernant les commentaires sur les « quotas » pour réaliser la chirurgie cancerologique .
    je suis chirurgien ORL et fait de la cancero dans un Ets qui est agré.

    Pour les tumeurs tête et cou, les quotas semblent faibles, mais les tumeurs sont plus rares, et surtout plus sensibles aux trt non chirurgicaux (RTE, chimio…)
    Cependant, la chirurgie est délicate, mais correspond en fait à de la chirurgie cervicale simple pour beaucoup d’Itv. Nous enlever cette experience presenterait un risque MAJEUR pour la suite.
    Si nous ne pratiquons plus ces actes régulièrement , même si cela semble peu, nous perdrons l’experience qu’il faudra avoir, en urgence, lorsqu’une complication survient, et c’est fréquent, et qu’il n’y a pas le temps de re-envoyer le patient sur un grand centre de reference. (pour ma région, Orléans, simplement 1 à 2 h mais parfois beaucoup plus pour des zones éloignées).

    Je pense qu’il faut faire confiance à notre professionalisme, et nous ne faisons pas n’importe quoi, nous sous-traitons régulièrement les grosses reconstructions par exemple ou les petites lesions justiciables de traitement « experimentaux » dans des centres anti cancereux.
    Cessez de faire peur aux patients qui perdent parfois du temps, de l’energie et des chances à faire le tour de France….
    Je rajoute que les grands centres de cancero, type Curie ou IGR, sont très preneurs des malades à opérer, mais renvoient facilement les suites – délicates – aux confères de provinces ou de structures non spécialisées, louant alors, notre savoir faire ! c’est de bonne guerre, mais il y a un malade derière qui n’est pas qu’une balle de ping-pong.
    a votre dispo pour en discuter plus avant si ça vous interesse ….

  13. Malika dit :

    Il me semble avoir bien suivi la démonstration mais quelque chose m’échappe. Quel est l’établissement le plus sûr entre les 2 qui suivent :
    – celui où exercent 2 chirgugiens qui opèrent chacun 10 cancers du sein dans l’année, soit 20 au total, donc moins que le seuil fixé,
    – un établissement plus important où exercent 10 chirurgiens qui opérent chacun 3 cancers du sein, soit 30 au total dans l’année, respectant ainsi le seuil…
    Pouvez-vous éclairer ma lanterne ? Merci.

  14. oorlynck mireille dit :

    Je suis tout à fait favorable à ce genre de pratique d’autant que nous ne savons pas, en province, si tel chirurgien opère assez pour être entièrement compétent. Le seul problème que celà créera sera l’éloignement de la famille et le manque de moyen de locomotion, ainsi dans la Brenne profonde il n’existe ni autobus, ni train, seule la VP est de mise et encore beaucoup de femmes surtout n’ont pas leur permis de conduire.

  15. Chataigne dit :

    Ma fille -26 ans- a été opérée en décembre 2008 (après chimio) d’un cancer du sein "carcinome canalaire invasif de grade 3…-. La cicatrice a toujours un peu suinté jusqu’au mois de février 2009 où il est sorti du pus. Les médecins n’ont pas voulu réouvrir. Ce n’est que fin août après beaucoup de palabres et d’insistance de notre part que l’on a découvert un "clamp" d’où strepto… Alors oui, nous ne sommes pas égaux en France dans les traitements.
    Merci de m’avoir lu

  16. Marie-Christine dit :

    Je souhaiterais pouvoir consulter la liste des hôpitaux les plus spécialisés étant moi-même atteinte d’un cancer du sein.

    Merci

    Cordialement

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