Travail des seniors : l’année avant la retraite est néfaste pour la santé.

Travailler plus vieux au risque de se sentir encore plus mal. C’est le danger que souligne une étude publiée dans la revue The Lancet. Un travail interprété complètement à l’envers par une partie de la presse.
 
Youpi la retraite heureuse avec yoga, poterie et macramé ! Depuis hier, une étude sur la perception de leur état de santé par des retraités d’EDF-GDF donne lieu à un énorme contresens.
 
Cette étude met, en fait, en évidence la pénibilité des dernières années d’activité professionnelle et le soulagement qui apparait dans l’année qui suit.
 
Depuis de longues années, un groupe de salariés d’EDF-GDF est inclus dans une cohorte appelée GAZEL.
Pour cette étude, menée principalement par une équipe suédoise, on s’est intéressé à la perception que les employés des deux entités avaient de leur santé, aussi bien physique que mentale, sur une période d’environ 15 ans, c’est-à-dire sept ans avant et sept ans après l’année qui a conduit à la cessation d’activité.
 
Ce groupe était un peu particulier, puisque l’âge moyen de départ en retraite était de 54,6 ans avec une variation de 2,9 ans autour de cette moyenne.
D’autre part, le système de protection sociale des deux sociétés est réputé pour sa solidité.
 
Sur les 14734 personnes suivies, on a constaté dans les 3 ans précédant le départ en retraite un taux de 11 % de dépression, 29 % de troubles musculosquelettiques, comme des tendinites par exemple. Les arrêts de travail maladie de plus de 21 jours concernaient 32 % des salariés.
 
Quand on examine chez ces salariés leur propre perception de leur état de santé, on voit que la dégradation va croissant jusqu’à l’année précédant la cessation d’activité, 19,2 % des salariés estimant ne pas être en bonne santé. Puis cette proportion descend rapidement et dans l’année qui suit la retraite, cette perception est à son plus bas, 14,3 %.
 
Cette chute du mal-être correspond donc à un soulagement d’être débarrassé de toutes les tensions physiques et psychiques qui polluaient ces dernières années d’activité.
 
Cette sensation de soulagement ramène les salariés 8 à 10 ans en arrière en matière de perception de leur état de santé.
 
Pratiquement tous les emplois étaient concernés par cette variation de perception de l’état de santé, sauf les personnes ayant un emploi hautement valorisé, leur apportant une satisfaction certaine et une reconnaissance professionnelle.
 
Cette étude montre donc l’importance de se pencher sur les conditions de travail des salariés seniors dans leur fin de carrière. La différence entre la charge de travail, les exigences du poste et le manque de reconnaissance et de considération jouent un rôle certain sur la perception que les salariés ont de leur état de santé.
 
Les auteurs de l’étude plaident donc pour une redéfinition du travail des seniors en fin de carrière, pour une revalorisation des taches et de la considération portée à ces salariés.
Et, pour eux, il ne s’agit pas uniquement de questions salariales.
 
Ainsi, des pays voisins comme la Pologne et la République tchèque vivent des situations diamétralement opposées. Les conditions de travail en Pologne incitent les travailleurs à vouloir partir plus tôt alors que c’est l’inverse en Tchéquie.
 
Au moment où, pour des raisons démographiques et économiques on va vers un recul de l’âge de la retraite, il parait nécessaire de se pencher donc rapidement sur cette période conduisant à la fin de l’activité.
 
Voir des retraités heureux et soulagés quand on est soi-même malheureux au travail n’améliore sûrement pas la productivité et cela fait courir des risques à la fois physiques et mentaux à ceux qui se sentent ainsi déconsidérés.
 
 
Référence de l’étude :
 
 Hugo Westerlund et al.
 Self-rated health before and after retirement in France (GAZEL): a cohort study
The Lancet
 Published OnlineNovember 9, 2009 DOI:10.1016/S0140-6736(09)61570-1
 
Référence de l’éditorial :
Johannes Siegrist, Morten Wahrendorf
Quality of work, health, and retirement
The Lancet
Published online November 9, 2009 DOI:10.1016/S0140-6736(09)61666-4

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Travail des seniors : l’année avant la retraite est néfaste pour la santé.

  1. Le Gardian dit :

    Personnellement j’ai eu très peu de temps entre la décision de partir et la date de départ en "mise en disponibilité". J’ai pris la décision de partir suite à la présentation d’un plan de départ volontaire, au grand dam de certains de mes supérieurs.
    De fait ma santé commençait à poser problème: hypertention, stress, etc… Le gros problème pour beaucoup, c’est qu’on voudrait vous faire travailler comme un jeune. Même si on a une plus grande expérience, l’âge, les responsabilités croissantes, les nouvelles contraintes sont de plus dures à supporter.
    Maintenant à la retraite depuis une dizaine d’année, je me senti comme rajeuni, L’hypertension a nettement baissé, mon poids, bien que n’ayant jamais été excessif, est devenu plus conforme à mes voeux (66kg pour 1,70 m). Ma résistance physique s’est largement maintenue.
    Bref, je revis.

  2. jeanniedorient dit :

    Je suis en accord avec cette étude, mais depuis 18 mois de retraite obligatoire, je n’ai pas fait le deuil de ma vie professionnelle. Pour tout vous dire, je ne conçois pas que l’on décide pour moi et que l’on me dise: Vous avez 60 ans vous ne servez plus à rien donc retraite!

    Ma retraite est un vrai cauchemar pour plusieurs raisons:
    La baisse brutale de revenus qui fait que l’on bascule dans la plus basse des catégories de gens= on va droit dans l’assistanat. On perd le respect de soi!

    L’isolement par une vie en retrait par manque d’argent.
    La santé était bonne avant, depuis 18 mois je manque de sommeil, et les médecins que je ne voyais jamais et pourtant je suis dure au mal, j’ai pris un abonnement à temps complet. Je m’abîme sans cesse car je rate les marches…du pied au genou au poignet…bref seul ma deuxième hernie hiatale ne me fait plus souffrir…because anti-inflammatoire en permanence…

    J’étais commerciale (32 ans) et je me bats pour avoir une formation d’infographie designer subventionnée par le conseil général que Wauquiez, et les autres, me refusent et me renvoient vers l’assistanat, puisque retraitée…incohérent avec leurs discours. Donc, je passe mes journées à écrire aux uns et aux autres et je vais déposer plainte aux droits de l?homme pour l’article 25. Je deviens très intelligente et encore plus curieuse, je ne suis pas prête de perdre la tête!

    La retraite c’est bien quand vous la choisissez et non quand vous la subissez.

    Ne cherchez pas si loin, pourquoi le diabète, l’obésité, maladie psychologie sont en progressions, moi j’appelle ça :
    La dictature silencieuse! C’est la marche silencieuse…
    La responsabilité en revienne aux gouvernements successifs qui, par la main mise sur nos avenirs par l’assistanat et nous maintenir dans l’ignorance font de nous des malades en puissance.
    Du fait que les gens …différents…subissent, ne sont plus combatifs, dommage car c?est une pulsion de drainage très positive sur notre corps, il déclenche des mécanismes de survit à tous étages.

    Je dois être la seule française qui veut travailler dans se pays…bizarre!

    « Ouvre la bouche pour défendre ceux qui ne peuvent parler, pour défendre les droits de tous ceux qui sont délaissés. »
     

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