Cancer : les privations et les agressions dans l’enfance font le lit des tumeurs.

I
 
 



On peut réduire ses apports caloriques volontairement et, ainsi, réduire les risques de survenue d’un cancer. On peut aussi être victime de graves privations de nourriture et cette réduction calorique involontaire provoque un stress extrême qui, a contrario, va entrainer l’apparition de cancers. Du moins si on en croit une étude tout juste publiée dans le JNCI,  le journal de l’Institut américain du cancer.
 
C’est une équipe israélienne qui s’est intéressée au statut de deux types de populations vivant en Israël et qui présentent des taux élevés de cancer.
Premier groupe : des immigrants qui avaient quitté l’Europe avant ou au cours de la Deuxième guerre mondiale (57496 personnes)  pour s’établir en Palestine sous mandat britannique.
Second groupe : des immigrants qui ont quitté l’Europe après 1945 et jusqu’en 1989 (258048 personnes)   pour s’établir dans le pays devenu Israël en 1948.
 
Ce deuxième groupe comprenait des personnes qui avaient été exposées aux souffrances et privations liées aux persécutions nazies dans leur pays d’origine au cours de leur enfance.
Mais, par manque d’informations fiables, les auteurs de l’étude ne les ont pas caractérisés comme étant des survivants des camps de concentration.
 
En comparant le taux de survenue de cancers entre les deux groupes, appariées par sexe et par groupe d’âge notamment, les auteurs ont constaté qu’il y avait beaucoup plus de tumeurs malignes dans la population qui avait été exposée aux persécutions nazies qua dans le groupe qui avait immigré avant la création de l’état d’Israël.
 
Cet excès de cancers se retrouve pour le nombre total de cas, mais aussi pour les cancers du sein chez les femmes et les cancers du côlon chez les hommes, particulièrement marqué » chez celles et ceux nés entre 1940 et 1945.
 
Par rapport aux immigrants arrivés en Palestine avant 1945, un homme né en Europe pendant la guerre a 3,5 fois plus de risques de développer un cancer, une femme 2,33 fois.
 
Pour les initiés, je donne ci-dessous les intervalles de confiance.
 
HOMMES : RR = 3.50, 95% CI = 2.17 – 5.65
FEMMES : RR = 2.33, 95% CI = 1.69 -3.2
 
Pour les organes spécifiquement touchés,  les femmes nées en Europe entre 1940 et 1945 avaient quasiment 2,5 fois plus de risques de développer un cancer du sein que celles arrivées plus tôt.
 
Pour le colon, c’est la tranche d’âge née entre 1935 et 1939 en Europe qui était la plus à risque, avec un risque quasiment doublé dans les deux sexes.
 
Je précise les valeurs de risque relatif et les intervalles de confiance une fois encore ci-dessous.
 
FEMMES, Sein : RR = 2.44, 95% CI = 1.46 – 4.06
FEMMES, Colon : RR = 1.93, 95% CI = 1.25 – 3.00
HOMMES, Colon : RR = 1.75, 95% CI = 1.19 – 2.59
 
On sait que durant la guerre, les populations juives des camps de concentration « consommaient » entre 200 et 800 calories par jour, soit 10 à 30 % d’une ration alimentaire normale. On peut imaginer que dans les ghettos et dans les zones sous occupation nazie, notamment dans les pays comme la Pologne, la Hongrie ou la Roumanie, la quantité de calories ingérées quotidiennement devait se situer dans ces mêmes intervalles.
 
Depuis plusieurs années, les études épidémiologiques et les données expérimentales ont montré que la réduction calorique favorisait l’allongement de la durée de vie.
 
Or, cette étude va dans un sens totalement différent, du moins à première vue.
Car, comme le notent les auteurs d’un éditorial qui accompagne la publication de cette recherche, ces populations ont vécu dans des conditions de stress extrême pendant des années.
 
Cette exacerbation des conditions de vie terribles a annihilé l’éventuel effet d’une réduction calorique.
La privation majeure de nourriture ajoutée aux conditions de vie inhumaines infligées à ces personnes a entrainé, selon les auteurs, un dérèglement métabolique in utero, et dans les premières années de vie qui a provoqué des erreurs de fonctionnement cellulaires et généré des cancers.
 
Des résultats de ce type avaient d’ailleurs été retrouvés dans des familles ayant vécu la grande crise économique de 1929 et qui avaient souffert de graves carences nutritionnelles.
 
 
Dans le cas de cette étude, la privation de nourriture avec les carences qu’elle génère, notamment sur les micronutriments, a eu pour effet de mettre en évidence un excès de risque de cancer du sein et du côlon.
 
On sait, depuis des années, que le cancer du sein trouve une partie de ses origines dans des facteurs alimentaires. Pour le cancer du côlon, les choses sont bien établies également.
 
Au-delà donc de l’horreur vécue par ces personnes, on voit donc que certains événements particulièrement violents dans les premiers mois et les premières années de vie, que ce soit dans le ventre maternel ou, plus tard dans la prime enfance, peuvent avoir des retentissements particulièrement néfastes  sur notre santé.
 
Ces données doivent donc être recherchées afin de pouvoir établir des programmes de prévention et de dépistage des cancers  pour les individus et les groupes ayant eu à souffrir gravement au début de leur vie
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Lital Keinan-Boker et al.
 
Cancer Incidence in Israeli Jewish Survivors of World War II
J Natl Cancer Inst 2009;101: 1 – 12
DOI: 10.1093/jnci/djp327
 
 
Référence de l’éditorial
Stephen D. Hursting , Michele R. Forman
 
Cancer Risk From Extreme Stressors: Lessons From European Jewish Survivors of World War II
J Natl Cancer Inst DOI: 10.1093/jnci/djp357

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Cancer : les privations et les agressions dans l’enfance font le lit des tumeurs.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A ANDRE :

    Désolé.

    Le dépistage du cancer de la prostate pose problème. Il faut trouver des méthodes aussi efficaces que celles utilisées dans le dépistage du cancer du sein ou du cancer du col de l’utérus.

    Avec le seul dosage de PSA, ce n’est pas assez satisfaisant.

  2. André dit :

    Bonsoir docteur,

    Par trois fois je vous ai demandé si un jour le cancer de la prostate bénéficierait d’autant d’attention que le cancer du sein et vous ne m’avez jamais répondu.
    J’en conlue que ma question est idiote et que je vous ai dérangé.
    Je vous prie d’accepter toutes mes excuses.
    Promis, juré, je ne recommencerai plus.
    Cordialement.

    André.

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