Si vous avez un cancer , évitez d’emprunter l’aéroport de Nice.

Dans quelques jours, Nicolas Sarkozy présentera le Plan Cancer 2. Un plan où il sera fortement question de réduire les inégalités dans la prise en charge et mettre le patient au centre du dispositif.
L’incident dont j’ai été témoin le samedi 17 octobre montre que le respect dû aux patients n’est pas encore acquis.
 
Il est 15h30, ce samedi 17 octobre quand j’arrive au contrôle de sécurité de l’aéroport Nice-Côte d’Azur. Je reviens sur Paris après avoir participé à l’Université d’automne du cercle de réflexion de l’oncologie libérale, le CROL.
 
A deux mètres devant moi, ce que je pense être un passager est assis, abattu sur un tabouret avant le portique de détection. Quand je m’approche du tapis roulant pour déposer mes affaires, je vois qu’il s’agit, en fait, d’une femme qui porte tous les stigmates d’une chimiothérapie en cours. Pas besoin d’avoir fait de longues études pour remarquer ses cheveux ras qui repoussent tout juste, son teint, l’immense fatigue dans son regard.
 
Elle est assise sur ce tabouret, comme prostrée. Face à elle les agents de sécurité, dirigés par une femme. Cette femme en est discussion plutôt sèche avec l’accompagnateur de la dame, qui s’avère être son époux. Et là j’entends la façon dont la responsable de sécurité parle à cette pauvre femme, d’un ton sec, menaçant. La passagère a des bottes et a du mal, visiblement à les retirer. Elle demande à les garder « Vous ne retirez pas les bottes, vous ne partez pas, madame, c’est simple » lance une nouvelle fois, sur un ton encore plus sec la responsable de la sécurité.
Je comprends que la passagère a souhaité s’expliquer avec la police de l’air et des frontières mais que ces derniers ne se sont pas déplacés et ont donné leurs consignes à la responsable, qui, soit dit en passant, appartient à une société privée de sécurité.
 
On nous fait avancer et je vois que son époux va l’aider à enlever ses chaussures, ce qui est, pour elle, une vraie épreuve. Elle a une mallette médicale avec des produits de première urgence. Là encore, on ouvre , on questionne, on suspecte alors que tous les documents attestant de son état sont à la disposition des agents de sécurité.
 
Après un long moment, elle peut enfin passer, littéralement anéantie, traumatisée, presque en larmes. Je m’approche d’elle, elle me dit qu’elle remonte à paris pour une nième chimio, que cela fait sept ans qu’elle se bat contre le cancer et qu’elle ne comprend pas comment elle a été si mal traitée par la sécurité de l’aéroport.
 
Je lui ai donné ma carte lui disant que je témoignerais en sa faveur si elle entamait une action. Son époux est alors retourné discuter avec la « chef », lui faisant part de mon indignation et de celle du cancérologue qui m’accompagnait.
 
J’y suis allé aussi, pour dire à cette femme que j’avais été choqué de son comportement. « Je suis sous l’autorité de la police » me dit-elle » je ne fais qu’appliquer les consignes ».
Je lui ai dit que je comprenais parfaitement les impératifs de sécurité, que je n’avais pas envie de voir l’avion exploser, mais que c’est sa façon de se comporter et de parler à cette femme qui était intenable et insupportable.
 
Elle semblait ne rien comprendre, elle appliquait les ordres !
 
Et depuis Maurice Papon, on sait que ce qui est important, c’est d’appliquer les ordres.
Je ne sais pas si j’aurai un jour des nouvelles de cette passagère et de son époux. Je lui souhaite de tout cœur de se battre contre sa maladie avec toutes les forces du monde.
 
Je lui souhaite aussi de ne plus jamais retomber sur des personnages comme cette équipe de sécurité de l’aéroport de Nice et j’espère que les fonctionnaires de police étaient, ce jour là, occupés à une tache bien plus essentielle que de venir assister et expliquer à une femme en détresse pourquoi elle devait se plier à une exigence de sécurité autrement qu’en se faisant malmener.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Si vous avez un cancer , évitez d’emprunter l’aéroport de Nice.

  1. lynda22 dit :

    je pourrais dire "sans commentaire" n’est-ce-pas ? c’est bien d’appliquer les consignes de sécurité mais un peu de chaleur humaine et même de réconfort auprès d’une malade ne nuirait certainement pas à cette pratique et personne ne peut savoir de quoi demain sera fait !

  2. laudine 772 dit :

    sans commentaires, tu as raison JD, c’est tout simplement ..lamentable ……………….
    Bisous a toi mon ami, Valou…qui va bien, t’inquiete, je suis ton blog, je t’envoie bien vite un mail ok ???ah !! Max est un as au judo !!!
    tu sais quoi??ma
    Valou

  3. Zonder dit :

    Et si vous avez eu un cancer, évitez d’avoir besoin d’un prêt personnel pour acheter une maison ou un prêt professionnel pour créer votre entreprise même si votre cancer a été soigné il y a plus de 10 ans… C’est la croix pour mes patients… Aucune compréhension des assureurs (derrière lesquels les banquiers se cachent) ni des services médicaux de ceux-ci qui en plus méconnaissent particulièrement les pathologies…

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