Cancer du colon : l’aspirine retrouve tout son cachet

L’aspirine est sans doute la meilleure arme pour prolonger la vie des patients ayant eu un cancer du colon. Pas tous les patients, certes, mais le vieux comprimé retrouve tout son cachet dans une nouvelle étude.
 
Les cancers du colon et du rectum représentent environ 37000 nouveaux cas, chaque année en France et 17000 décès.
L’arrivée de nouvelles molécules et les progrès faits dans la chirurgie des métastases du foie ont permis de modifier sérieusement le pronostic de cette maladie.
 
Une autre bonne nouvelle est tombée hier, des Etats-Unis, Une étude publiée dans la revue JAMA montre, en effet, qu’on peut, de façon efficace, espérer modifier le cours de la maladie de personnes chez lesquelles un cancer digestif a été diagnostiqué.
 
Cela concerne les cancers du colon dits « localement avancés », c’est-à-dire atteignant les couches profondes du colon mais qui n’ont pas encore disséminé dans d’autres organes. Des formes donc non métastatiques.
 
Et la nouveauté a un peu plus de cent ans, c’est l’aspirine !
 
L’étude américaine a concerné 1279 femmes et hommes atteints d’un cancer du colon. Cette population de professionnels de santé a été incluse dans deux  cohortes suivies depuis 1980 pour les uns, 1986 pour les autres, et jusqu’au 1er juin 2008
Parmi les personnes ainsi suivies, il y avait celles qui ne prenaient pas d’aspirine, celles qui en prenaient avant le diagnostic et qui ont continué et celles qui n’en prenant pas avant, ont commencé à en utiliser, une fois le diagnostic posé.
 
Au total, sur les 549 personnes utilisatrices d’aspirine, il y a eu 35 % de décès, les cancers du colon représentant 15 % des causes de décès.
 
Chez les 730on-utilisateurs, la proportion de décès a été de 39 % et les décès liés au cancer colique ont représenté 19 % du total.
 
Le risque de mourir du cancer colique était réduit de 29 % chez les utilisateurs d’aspirine et la mortalité globale de 21 %
 
Mais les chercheurs ont poussé encore plus loin l’analyse.
 
Ils se sont ainsi intéressés aux personnes qui ont commencé à prendre de l’aspirine une fois le diagnostic connu, 719 patients exactement.
Pour ceux-là, la réduction du risque de mourir de leur cancer par rapport aux non utilisateurs était de 47 % !
 
Grâce aux progrès de la biologie moléculaire, l’étude a permis d’analyser plus avant un certain nombre des tumeurs prélevées.
Cela permet de dresser une carte génétique de ces tumeurs et de mesurer la surexpression, ou, au contraire, la défaillance de certains gènes.
 
En l’occurrence, les chercheurs se sont intéressés à un gène précis, impliqué dans ce qu’on appelle la voie COX-2.n Cette voie est impliquée dans de nombreux mécanismes inflammatoires et également dans le développement de polypes coliques.
 
L’aspirine, comme certains anti-inflammatoires, le rofecoxib (Vioxx, retiré du marché) ou le celecoxib(Celebrex) bloquent la voie COX-2.
 
Et cela a eu une traduction dans l’étude. Chez les patients dont la tumeur surexprimait le gène COX-2 et qui avaient pris de l’aspirine une fois le diagnostic posé,
 
Ainsi la mortalité par cancer chez ces personnes était diminuée de 61 % par rapport à celle des personnes surexprimant le gène mais ne prenant pas d’aspirine.
 
Pour étonnants et impressionnant qu’ils soient, ces résultats doivent cependant être regardés prudemment.
 
Cette étude est une étude dite d’observation. Elle n’a pas été conçue dans le but unique d’étudier les effets de l »’aspirine. Les deux cohortes, fortes de plus de cent mille personnes sont suivies pour bien d’autres raisons.
 
D’autre part, il n’y avait pas de dose standard d’aspirine, certains en prenant 81 mg par jour, d’autres 325 mg et pas obligatoirement tous les jours.
 
Enfin, il faut se rappeler que l’aspirine peut faire saigner, créer même de vraies hémorragies et qu’il existe des allergies vraies à l’aspirine.
 
Comme d’habitude avec ces études d’observation, il faudra attendre que d’autres travaux viennent confirmer ces données.
 
Mais on peut imaginer que la diffusion de cette étude va amener nombre de patients, avec ou sans l’aval de leur médecin, à prendre de l’aspirine en prévention de la récidive d’un cancer du colon.
 
Mais rappelons que cet usage ne semble, au vu des résultats, apporter un progrès que chez les patients dont on vient de découvrir le cancer, cancer qui n’a pas métastasé et qui surexprime le gène COX-2.
 
Dans les formes avancées du cancer du colon, on a aujourd’hui recours à des molécules valant plusieurs dizaines de milliers d’euros par an.
On s’aperçoit, avec cette étude, qu’un produit plus que centenaire, coûtant quelques centimes d’euros chaque jour, on peut réduire de façon bien plus importante la mortalité liée, à ce type de cancer.

Référence de l’étude :

Andrew T. Chan et al.

Aspirin Use and Survival After Diagnosis of Colorectal Cancer
JAMA, August 12, 2009—Vol 302, No. 6 :649-659
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Cancer du colon : l’aspirine retrouve tout son cachet

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A FRAMBOISE4 :

    C’es t une réponse que l’équipe qui a suivi votre papa pourra vous donner précisément, en fonction de l’age de survenue du cancer de votre père, et des antécédents familiaux. Il y a aussi des formes particulières qui exigent des examens plus poussées.

    Pour ce qui concerne le test Hemoccult, il sert à détecter la présence de sang invisible à l’oeil nu dans les selles.

    Sang ne veut pas dire cancer, mais la présence de sang impose la pratique d’une coloscopie.

  2. framboise4 dit :

    Bonjour Monsieur FLAYSAKIER,

    Dans mon entourage, j’ai mon père qui est déscédé il y a 8 ans bientôt, d’un cancer du Côlon qui s’est métastasé au foie.

    A ce titre, je voudrais savoir à quel âge je dois me faire pratiquer une coloscopie de dépistage et à quelle fréquence.

    Et d’autre part, je voudrais savoir si le test HEMOCULT est vraiment efficace.

    Merci de répondre à mon interrogation.

  3. jeune med generaliste dit :

    C’est interessant, l’aspirine (hormis en cardio,pour son effat anti aggregant et donc anticoagulant) semblait tomber en désuétude, et notamment remplacé par l’ibuprofène comme anti-pyrétique avec la "fameuse" association pédiatrique paracetamol/ibuprofène 1 dose/toutes les 3 heures.Paracétamol remis en cause par rapport à des cas d’asthme possible chez les nourrissons.Mes souvenirs d’enfance c’était aspirine vitC quand j’avais de la fièvre.L’évolution des pratiques et des traitements doit être un travail d’historien tres interessant.

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