Virus nouveaux : Le gorille, le cochon et l’homme.




Gare au gorille ! Les admirateurs de Brassens ont désormais un point commun avec les spécialistes du VIH, virus à l’origine du sida.  Un nouveau virus vient d’être en effet découvert, qui tire son origine de cet animal et non plus du chimpanzé. Une découverte qui montre qu’on doit surveiller de près tous les nouveaux virus, même ceux du cochon.

 

C’est une équipe du CHU de Rouen qui a découvert ce nouveau virus VIH1.Il existe divers groupes au sein de cette famille. Le plus commun, retrouvé dans la majorité des cas est le groupe M. mais, depuis quelques années, on a aussi isolé des virus de groupe N et O, .ce dernier avait été isolé chez des patients originaires du Cameroun.

 

C’est également chez une Camerounaise de 62 ans que les chercheurs ont mis en évidence une nouvelle variante de VIH1, virus qu’ils classent désormais dans le groupe P. Leurs travaux sont publiés dans Nature Medicine

 

Ce qui est nouveau dans cette recherche c’est que ce virus ne tire pas ses origines du chimpanzé, pan troglodytes précisément mais d’un gorille. Lui-même infecté par un virus simien, le SIV.

 

On sait de façon bien établie maintenant que l’origine du virus VIH réside dans le chimpanzé. Ce primate, omnivore, s’est contaminé au contact d’un plus petit singe qu’il a chassé pour le tuer et le manger. Mais le petit singe hébergeait le père du virus SIV et il l’a passé au chimpanzé.Et ce petit singe c’était lui-même contaminé de la même façon en chassant un singe encore plus petit, infecté lui aussi.

 

Ainsi, le SIV a fini par passer chez l’homme, probablement dans les années 30, peut-être même plus précocement. Le virus s’est adapté à l’homme pour devenir le VIH.

 

Lire le billet sur l’origine du VIH

 

(A ce stade, je présente mes excuses à tous les spécialistes du complot qui pensent que le virus a été créé en laboratoire)

 

Mais, il y a quelques années, des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) avaient découvert un SIV chez le gorille.

 

A leur grand étonnement, car le gorille est herbivore au contraire du chimpanzé. Mais le fait est là et le virus du gorille a, comme celui du chimpanzé, franchi la barrière d’espèce.

 

Les chercheurs de l’IRD travaillent depuis des années à la surveillance de l’émergence de tels phénomènes en Afrique centrale. Il faut dire que tout est réuni pour que de nouveaux variants de virus surgissent en ces lieux.

 

Il y a la forêt qui héberge les singes. Il y a les forestiers qui travaillent dans ces endroits, certains disent qu’ils les détruisent même. Ces forestiers chassent les singes dont la viande est très prisée. Qui dit chasse dit sang. Et quand on chasse en forêt on a aussi des plaies aisément souillées par le sang.

 

Les forestiers reçoivent chaque mois leur paie. Cet événement entraîne un flux migratoire des prostituées venues des villes vers les campements. Et ces prostituées sont, faute de moyens et d’information, très souvent porteuses du VIH1.

 

Pendant quelques jours, elles vont avoir ainsi de multiples partenaires. Le VIH qu’elles abritent peut ainsi rencontrer un virus d’origine simienne. Une rencontre sans lendemain, comme celle de leurs propriétaires.

 

Mais, parfois, la rencontre va donner lieu à un virus nouveau.

Un virus qui va ainsi pouvoir se propager en n’étant pas toujours identifié par les tests de dépistage. C’est ce qui s’est passé pour les virus du groupe O pendant un certain temps.

 

C’est dire à quel point le travail de  ces « vigies » de l’IRD est essentiel. Repérer des nouveaux variants permet d’étudier ces virus, d’adapter les tests de dépistage  et de voir s’ils sont sensibles aux traitements connus.

Les chercheurs tentent aussi de modifier les habitudes des forestiers, non pas vis à vis des prostituées mais de la consommation de singes. Ils essayent de développer l’élevage de petits rongeurs dans les villages afin de fournir aux habitants une source de viande. mais ,pour l’instant, le succès est très mitigé.

 

Et cela nous ramène à l’actualité du moment ! Ce travail de surveillance peut se décliner pour d’autres virus, en particulier le virus de la grippe A(H1N1).

 

« Monitorer »les élevages de porcs permettrait ainsi de voir si des mutations apparaissent bien en amont des premiers cas humains.

 

Cette pratique de l’épidémiologie de terrain a besoin d’être développée. C’est la meilleure façon de voir venir les maladies émergentes que la course poursuite entre les virus et les hommes rend inévitable.

 

Référence de l’étude :

 

Jean-Christophe Plantier et al.

 

A new human immunodeficiency virus derived from gorillas

Nature Medicine

 Published online 2 August 2009; doi:10.1038/nm.2016

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Virus nouveaux : Le gorille, le cochon et l’homme.

  1. hugo dit :

    Bonjour,

    je ne sais pas ou poster ça.
    ENFIN, France 2 a diffusé le 1er décembre à 13h un reportage normal sur le VIH. En disant la réalité: maladie chronique dans pays riches et médicaments moins toxiques avec les progrès. ça change des années passées où l’on montrait des reportages noirs et faux. Ce n’est pas avec la PEUR que l’on combat les discriminations. Bref, bravo à France 2…ça change.
    On verra la suite ;))

    Mais au fait Dr F, on a l’impression qu’il n’y a plus de progrès attendus pour le moment concernant les médicaments. On ne lit plus rien…Savez vous quelquechose?

    Merci

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