Cancer et eau du robinet : une alerte qui ne coule pas de source.

Après le téléphone portable et les antennes-relais, après les psychotropes, David Servan-Schreiber et son comité scientifique se jettent à l’eau, celle du robinet. Une communication où il y a à boire et à manger.

C’est un titre typique de la rigueur scientifique du Parisien : « Malades du cancer, ne buvez pas l’eau du robinet ». En exclusivité, David Servan-Schreiber et Bernard Cressens (WWF) donnent une interview exclusive au quotidien.
Mais, comme la communication est un point fort de DSS, dans la matinée de la parution de cet entretien, son site internet inonde les rédactions d’un communiqué reprenant les informations du Parisien.

Disons-le tout de suite, le titre de l’article est une caricature et l’article est un tantinet moins racoleur. Le communiqué de presse est aussi un ton en dessous.

Mais ce qui importe probablement à DSS et au WWF c’est ce que les responsables des rédactions lisent écrit en gros dans le Parisien. Un communiqué ‘ »raisonnable » ne serait pas trop repris, mais une interview façon « le Parisien » et tout le monde suit !

Donc, si l’on en croit ce qui dit DSS et son comité scientifique à composition variable selon les sujets, les patients atteints d’un cancer doivent se mettre à l’eau en bouteille ou doivent acheter toutes affaires cessantes un filtre à eau du robinet.

La raison de cet appel qui n’est pas censé « faire peur » (sic) c’est que, dans certaines régions, l’eau du robinet contiendrait trop de nitrates ou trop de pesticides, voire des résidus de médicaments.

Il est parfaitement exact que, dans certaines zones, surtout des départements agricoles ou des zones de fortes concentrations d’élevages surtout porcin, la teneur en nitrates de certains captages est supérieure aux normes admissibles.

Il est exact aussi que les nitrates peuvent être dégradés en nitrites, puis donner des nitrosamines reconnues cancérogènes.

Ces mécanismes ont longtemps été imputés dans la survenue de cancers de l’estomac qui étaient très prédominants en Europe, surtout à l’est et au Chili, premier producteur mondial de nitrates.

Mais le cancer de l’estomac est en pleine décroissance en Europe et en Occident en général depuis des décades. On a changé les modes de conservation, on utilise beaucoup moins de sels nitrites et notre alimentation riche en vitamine C est le meilleur antidote pour bloquer la transformation des nitrites en nitrosamines.

Oui, il est anormal que les normes concernant les nitrates soient dépassées dans certaines zones sans qu’on ne prenne les mesures nécessaires pour ramener la situation à des niveaux normaux.

Mais, comment peut-on prétendre qu’une consommation de cette eau va aggraver une santé déjà fragile, Aucune étude scientifique ne vient étayer ce nouvel « appel ». Les études épidémiologiques nombreuses et les études sur la toxicité des faibles doses de nitrates montrent qu’il faudrait des dizaines d’années d’exposition pour voir apparaître d’éventuels effets, certains parlant même de 70 ans !

Ce n’est pas parce qu’un malade du cancer va boire deux verres d’eau contenant 50 mg/l de nitrates qu’il va voir flamber son cancer, surtout s’il a une nourriture riche en fruits et légumes.

En revanche, le stress, la culpabilisation, l’angoisse générés par de telles manifestations de communication n’aident pas les patients à aller beaucoup mieux.

De la même façon, il faut lutter contre les pesticides dans l’eau et il faut s’atteler aux problèmes de résidus médicamenteux.

Les médicaments s’éliminent par voie urinaire et par voie biliaire. Ils vont donc se retrouver dans les urines et les selles et, partant, dans les réseaux d’eaux usées et, en bout de course, dans les stations d’épuration.

Ces résidus sont recherchés depuis peu et on manque d’études solides pour en apprécier le taux, la toxicité éventuelle et les risques en santé humaine.

Mais pourquoi vouloir se servir des malades du cancer pour mettre en œuvre ces études ?
Pourquoi inquiéter des patients déjà fragilisés en leur faisant croire que l’endroit où ils vivent délivre une eau qui ne serait pas potable, alors que les anomalies sont ponctuelles ?

Le traitement des eaux a permis de délivrer au plus grand nombre une eau qui peut être bue sans courir le risque de contracter des maladies digestives ou infectieuses qui, dans d’autres contrées font des morts par millions.

Demander qu’on veille à la qualité des eaux est une nécessité.
Faire de la communication su utilisant la maladie me semble un petit peu plus gênant.

La Direction générale de la santé (DGS) a pris l’heureuse initiative de publier un communiqué en réponse à la nouvelle campagne lancée par DSS et son comité scientifique.

On peut lire ce communiqué ICI

REACTION VIVE DE TROIS SOCIETES SAVANTES

 

Le 2 juillet 2009, les Académies de médecine de pharmacie et de l’eau (eh oui, elle existe) ont publié un communiqué commun pour dire ce qu’elles pensaient de la dernière sortie médiatique de david Servan-Schreiber et de son comité scientifique à géométrie variable.

On lira la communiqué ICI.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancer et eau du robinet : une alerte qui ne coule pas de source.

  1. Perrin Gérard dit :

    Quand on sait le nombre de gens qui dans le monde n’ont pas accès à l’eau simplement potable, ce type de propos qui n’ont pour but que de faire des auteurs en manque de reconnaissance est indécent. Un peu de pudeur Messieurs.

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