Cancer/ASCO 09 : la psychose inutile des marqueurs dans les cancers de l’ovaire.

C’est une angoisse que partagent bien des patients atteints de cancer quand arrive l’enveloppe des résultats de la prise de sang : comment vont être les marqueurs ?
Une angoisse qui n’a pas grande raison d’être tant ces dosages n’ont que rarement d’utilité comme le montre, une fois encore, une étude sur le cancer de l’ovaire.
 
Ils ont des noms qui sonnent comme des sigles : ACE, AFP, PSA, CA15-3, beta HCG, CA19-9.
Ces sigles, ce sont ceux de marqueurs, des substances d’origines diverses, protéines, hormones, antigènes libérés dans le sang par des cellules cancéreuses, mais pas seulement puisque ces substances peuvent être anormalement élevées dans des conditions particulières n’ayant rien à voir avec le cancer.
 
C’est pour cela que les spécialistes sont très circonspects vis-à-vis des dosages de ces marqueurs. Ils savent quand ils en ont besoin et l’usage qu’ils en feront. Ainsi, après l’ablation d’une prostate pour traiter un cancer, le taux de PSA doit avoir complètement chuté.
 
Mais en dehors de situations bien précises, le dosage des marqueurs n’a pas d’intérêt certain. Il a même des désavantages car chaque prise de sang génère de l’anxiété et des variations minimes et sans signification sont interprétées comme une reprise de la maladie.
 
Pour voir si vraiment le dosage des marqueurs pouvait changer quelque chose dans le suivi des patients, une étude internationale s’est intéressée au CA-125, protéine marqueuse du cancer de l’ovaire.
 
Actuellement, chez les femmes opérées d’un tel cancer et qui ont reçu une chimiothérapie avec un retour à la normale du marqueur, on ne reprend le traitement que lorsqu’apparaissent des signes et des symptômes qui indiquent que la maladie est de retour.
 
Mais il n’est pas rare que ces remises sous traitement se décident après qu’on a constaté une élévation du CA-125 et rien d’autre.
 
Les femmes incluses dans l’étude ont eu une prise de sang tous les trois mois pour mesurer leur taux de CA-125. Mais ni elles ni les médecins qui les suivaient ne connaissaient les résultats.
 
Dès que le taux du marqueur était multiplié par deux, les femmes étaient réparties en deux groupes.
Dans le premier groupe, on débutait tout de suite la nouvelle chimiothérapie.
Dans le second groupe, on attendait l’apparition des signes cliniques évocateurs d’une rechute.
 
En moyenne, les femmes du premier groupe ont reçu le nouveau traitement cinq mois plus tôt que celle du second groupe.
 
Après 49 mois de suivi, les auteurs de l’étude ont constaté que les deux groupes avaient la même survie globale, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas plus de décès dans le groupe ayant débuté plus tard le traitement.
 
Cela prouve que se fixer uniquement sur le taux de marqueur pour relancer une chimiothérapie n’est pas une bonne idée. Si la tumeur est sensible aux drogues utilisées, elle réduira sa taille de la même façon, même en débutant plus tard.
 
Le danger de vivre le nez collé au CA-125 c’est de lancer des cures de chimiothérapie à répétition alors que la variation peut être transitoire.
On prend ainsi le risque d’accumuler les effets toxiques et de devoir se passer de médicaments efficaces car devenus trop dangereux.
 
Gordon Rustin, qui a conduit cette étude, dit que ses patientes ne lui demandent plus désormais de doser leurs marqueurs de façon régulière. Il estime qu’il faut aussi éduquer les médecins dans ce sens et ne se servir de ces outils de surveillance que lorsqu’ils sont vraiment nécessaires.
 
Une bonne initiative, mais la partie est loin d’être gagnée !
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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8 réponses à Cancer/ASCO 09 : la psychose inutile des marqueurs dans les cancers de l’ovaire.

  1. NELLY BACH dit :

    Depuis le mois de janvier 2020 mes marqueurs etaient de 19.2 fevrier 34.2 mars 35.2 avril 47.5 mai 36.7 juillet 49.4 aout 59.1 septembre 59.4
    lorsque l’ on a decouvert en mars 2017 mon cancer de l ovaire j avais 10400 marqueurs
    avec 20 séances de chmio ils sont descendus à 6 ensuite j’ai eu 20 séances de d’avastin
    jusqu’en mars 2020. j’ai passé un scanner resultat negatif un petscan en mars negatif
    un autre pescan en aout également négatif . je suis bien physiquement mais j’ai la peur au ventre.
    de plus 6 mois aprés une laparotomie j’ai fait une éventration le complet.
    Avec un chirurgien j’ai pris la decision de ne pas me faire opérer du fait qu’a part une petite gêne tout va bien je porte ma ceinture souvent
    Pouvez vous me dire si mon cas est semblable à beaucoup d’autres sans risque de récidive
    Certains disent que les marqueurs c’est pas fiable d’autres ont un autre raisonnement!
    Ca ne me rassure pas du tout merci pour la ou les reponses et bon courage!

    • docteurjd dit :

      C’est l’oncologue qui vous suit qui est apte à vous répondre. Je ne connais pas votre dossier et je ne vous ai jamais vue en consultation ! Je risquerais de vous apporter une information inexacte.

  2. valerie dit :

    Merci pour votre forum
    j’ai une question est ce que le ca 125 peut augmenter en même temps qu’une ferritine très élevée suite à une cure de fer ?
    Cordialement

  3. combo dit :

    Depuis 1999 j ai etait operee 5 fois et 4 cures de chimio il faut garder espoir et ce battre et etre toujour sur surveillance

  4. Minerve dit :

    Bonjour

    Merci pour votre forum, M. Flaysakier, vous me donner l’occasion de venir témoigner.
    Moi, aussi, j’ai un cancer de l’ovaire, un 3C, depuis Mai 2006. Tout comme Cursus, j’ai eu de nombreux traitements, du taxol/carbo, au début, puis du caelyx/carbo en 2cde ligne, remplacé rapidement par du gemzar/ Carbo. Mon oncologue pense qu’il est impératif que j’arrête tout traitement contenant de la carboplatine de crainte que les dérivés de platine ne soient plus efficaces. Je viens de commencer un traitement nouveau. Une chimio orale, le vépéside. J’ose espérer qu’elle soit efficace.
    Pour moi aussi, une augmentation des CA125 est toujours significative. Les signe cliniques ne tardent pas à apparaitre, des nodules sur le péritoine. Néanmoins, mon oncolo ne me met sous traitement que lorsque les signes cliniques réapparaissent ( le scanner le confirme dans ce cas. Le cancer de l’ovaire est récidivant , une bonne prise en charge et une confiance dans son médecin sont importantes.
    Au fait, je suis traitée à l’institut Bordet en Belgique.

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CURSUS :

    Tenez bon et c’est une bonne idée d’essayer la trabectine. Vous êtes entre de très bonnes mains.

    Je salue votre volonté et votre courage. C’est super d’avoir cet état d’esprit et ça va payer.

  6. CURSUS dit :

    Bonjour,
    Je suis atteinte d’un cancer des ovaires stade 3C métastatique du péritoine découvert en décembre 2007. Avec mon oncologue de Cochin nous avons constaté une relation directe entre l’élévation de mon CA125 et l’apparition de signes cliniques soit des troubles du transit et/ou des fonctions urinaires, soit des douleurs localisées sur les coupoles et sur le périné (sièges intiaux de la localisation des métastases). Nous avons donc une analyse de la tendance de l’évolution du marqueur plus que la valeur elle-même. Je suis à la 8ème ligne de chimio (taxol carboplatine, Gemox +avastin, avastin seul,gemcitabine seule, caelix, à nouveau taxol, puis holoxan, mes cellules épitéliales deviennent résistantes à tous les traitements . Je vais bientôt commencer la trabéctine. Je reste combattante et je tente de me maintenir en forme pour assumer chaque chimio tant qu’on m’en propose une.

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