Cancer/ASCO 09 : face à la toxicité cutanée des thérapies ciblées, on peut faire la guerre aux boutons.

C’est un signe d’efficacité d’une nouvelle famille de thérapie ciblée : une éruption de boutons d’acné sur le visage et le tronc. Une manifestation souvent très pénible, mais qui peut être prévenue très facilement, à condition de commencer au moins la veille du traitement.
 
On les appelle les anti-EGFR. Ces molécules ciblent les cellules cancéreuses qui portent à leur surface une structure appelée récepteur au facteur de croissance épidermique (epidermal growth factor ou EGF en anglais).
 
On retrouve ces cellules cancéreuses dans les cancers du colon, du poumon ou de la gorge par exemple. C’est pour cela que lorsque les chimiothérapies n’empêchent pas la maladie de progresser, on a recours, désormais, à ces médicaments anti-EGFR comme l’erlotinib, le cetuximab, le panitumumab ou le vandetanib.
 
Mais, dans 60 à 90 % des cas, ces molécules vont entrainer l’apparition d’une acné sur le visage et sur le tronc. Pas la banale petite poussée qui gâche la soirée d’un adolescent. Pas le genre d’éruption que guérira l’Eau précieuse Dépensier.
 
Il s’agit souvent d’une manifestation très inflammatoire avec même des pustules. Hormis l’inconfort esthétique, ces éruptions portent en elles un risque infectieux d’autant plus sévère que la chimiothérapie a entrainé une baisse des globules blancs, ce qu’on nomme une neutropénie.
 
Ces acnés sont souvent si mal vécues que les patients peuvent aller jusqu’à renoncer à ces molécules pourtant très efficaces.
 
Pour tenter de pallier cet inconvénient majeur, une équipe de Philadelphie a conduit une étude sur 95 patients traités par du panitumumab (PTMB).
 
L’étude a consisté à voir si la prise en charge préventive du risque de toxicité cutanée donnait de meilleurs résultats que le fait d’attendre et de traiter une fois l’éruption survenue.
 
Le groupe de 48 patients traités préventivement ont débuté 24 heures au moins avant l’administration du PTMB le traitement suivant :
          application d’un écran solaire sur les zones exposées
          application deux fois par jour d’une crème hydratante
          application d’une crème à l’hydrocortisone à 1 % deux fois par jour également
          prise par voie orale d’un antibiotique, la doxycycline, 100 mg deux fois par jour.
 
Et après six semaines d’observation, ces 48 patients allaient incontestablement beaucoup mieux que les 47 patients traités seulement après l’apparition des boutons.
La toxicité cutanée sévère était rencontrée chez 29 % des patients traités préventivement et chez 62 % de ceux qui avaient attendus. Les diverses manifestations sur la peau et autour des ongles étaient bien moins sévères.
 
Mais, de façon assez étonnante, on a constaté que les personnes prises en charge précocement avaient également moins d’effets secondaires généraux, moins de nausées et de vomissements, moins de diarrhée, de neutropénie, de chute du magnésium dans le sang
 
Cela s’explique sans doute en partie par le fait qu’une partie de la cortisone de la pommade passait dans le sang et jouait un rôle protecteur sur les nausées.
La qualité de vie des patients, mesurée par des indices spécialisés était également améliorée.
Autant de raisons pour ces patients de continuer ces nouveaux traitements qui permettent de lutter contre les métastases.
 
Cette prévention a beaucoup d’avantages et peu de contraintes. Il faut appliquer les topiques deux fois par jour et aussi longtemps que va durer le traitement. Mais ce n’est pas très compliqué et c’est surtout fort peu coûteux et très efficace.
 
Il faut maintenant que ce type de prévention parvienne jusqu’aux oreilles des spécialistes qui prescrivent ces anti-EGFR et qu’ils en parlent à leurs patients.
 
Le confort et la qualité de vie de plus en plus de personnes ainsi soignées en dépendent.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancer/ASCO 09 : face à la toxicité cutanée des thérapies ciblées, on peut faire la guerre aux boutons.

  1. Cath dit :

    Je certifie que le traitement préconisé ci-dessus est très efficace.Je suis actuellement traitée par Vectibix en monothérapie pour une métastase pulmonaire provenant d’un cancer colorectal et après de nombreuses récidives(depuis 15 ans).Après un cycle de 6 cures,je n’ai pratiquement pas de problème de peau ,ce qui permet de recommencer un autre cycle de 6 cures.Les résultats sont en effet positifs:diminution de la taille de la métastase et retour à une valeur normale de l’ACE.J’ai beaucoup de reconnaissance pour mon oncologue qui connaissait ce traitement préventif.

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