Soins dentaires et risques infectieux : l’hygiène et la politique du PIR.

La roulette russe est un jeu mortel. La roulette française peut parfois aussi être dangereuse surtout quand le dentiste oublie de désinfecter ses instruments entre deux patients. Une enquête publiée aujourd’hui par l’Institut national de veille sanitaire et la Direction générale de la santé le rappelle utilement.
 
Faut-il craindre le PIR ? Ne cherchez pas là une faute de français qui aurait échappé au correcteur de Word. Un PIR est un porte-instruments rotatif, ce charmant instrument sur lequel votre chirurgien dentiste accroche ses divers petits appareils de soins.
 
Et soigner des dents est un geste parfois à l’origine de saignements, et le sang véhicule des éléments utiles mais aussi un certain nombre d’hôtes indésirables comme les virus des hépatites B et C et le VIH, virus à l’origine du sida.
 
Si ce PIR est correctement désinfecté, pas de problème, les virus vont être détruits car, paradoxalement, un virus comme le VIH est assez fragile sorti du corps et laissé à l’air libre.
D’autres, comme le virus de l’hépatite B, le VHB, ont besoin d’un bon nettoyage.
 
Mais, à l’occasion d’une enquête faite dans les Unités de consultations et de soins ambulatoires, les UCSA, qui prennent en charge la situation des détenus, on s’est aperçu que les règles d’hygiène et, notamment, la stérilisation du matériel entre chaque patient, n’étaient pas strictement respectées. Un manquement pas anodin du tout quand on sait que, dans le monde carcéral, la prévalence des infections par les virus des hépatites et par le VIH sont beaucoup plus importants que dans la population générale.
 
Mais une autre enquête a montré que ces fautes et manquements aux règles d’hygiène étaient également constatés dans des cabinets de ville.
 
Fortes de ces constatations, les autorités sanitaires ont donc choisi de se lancer dans une modélisation afin d’estimer le risque statistique encouru par tout un chacun lors de soins dentaires.
 
En considérant le seul risque lié à l’utilisation répétée d’un PIR non stérilisé entre chaque patient, à l’exclusion de tout autre forme de transmission (de soignant à patient ou avec d’autres instruments, par exemple), l’étude montre que la magnitude des risques est colossale en fonction du virus étudié.
 
Ainsi le risque moyen pour un patient d’avoir contracté un virus lors de soins dentaires à cause d’un PIR non stérilisé est de :
 
1/420 millions pour le VIH et de
 
1/516000 pour le virus de l’hépatite B
 
Ces chiffres sont huit fois plus élevés en milieu carcéral !
 
Pour la population générale, les spécialistes estiment, au vu du nombre d’actes de soins dentaires pratiqués en France, que le non respect des règles strictes d’hygiène entraine moins d’une contamination par an par le VIH, moins de 2 pour le virus de l’hépatite C.
 
Mais ce sont 200 cas d’hépatite B qui pourraient, chaque année, être imputés à l’absence de stérilisation de porte-instruments lors de soins dentaires.
 
Cette étude confirme une notion que les spécialistes en maladies infectieuses connaissent bien : le risque de transmission du virus de l’hépatite B est sans commune mesure avec le risque de transmission du VIH. Le virus de l’hépatite B est au moins cent fois plus transmissible.
 
Cette étude, nous l’avons dit, repose sur un modèle statistique. Elle ne permet pas d’imputer formellement une transmission virale à un soin dentaire récent.
 
Mais elle vient fort justement rappeler que l’hygiène est un combat de tous les instants et que relâcher la garde c’est s’exposer à un risque permanent.
 
On ne joue pas à la roulette russe, surtout lors de soins dentaires.
 
 
Référence de la publication :
 
Analyse du risque infectieux lié à la non stérilisation entre chaque patient des porte-instruments rotatifs en chirurgie dentaire
Mai 2009
 
A télécharger sur le site de l’Institut national de veille sanitaire.
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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