Cancer : la garde à vue comme effet secondaire d’un traitement.

 
 
 
 
On s’attend à ce qu’un médicament anticancéreux ait des effets secondaires. Mais qu’il vous impose de passer plusieurs heures dans les locaux des services de l’immigration des Etats-Unis  et de courir le risque d’être refoulé du territoire américain ne figure sur aucune notice.
 
C’est sans aucun doute une avancée importante dans la prise en charge des patients cancéreux. La capecitabine, commercialisée sous le nom de Xeloda®, est un médicament anticancéreux sous forme de comprimé, une chimiothérapie orale.
 
Un traitement plus simple à recevoir d’un côté mais des effets secondaires comme pour tout médicament anticancéreux. L’un de ces effets est ce qu’on appelle le syndrome «  mains-pieds ». Une atteinte de la paume des mains et de la plante des pieds, avec une peau rouge, douloureuse au point, parfois, de gêner la marche.
 
Mais cette atteinte cutanée peut aussi avoir un effet pervers : faire disparaitre les plis longitudinaux qui, sur la pulpe des doigts, permettent de prendre les empreintes digitales.
 
Dans la revue  Annals of Oncology, un médecin de Singapour décrit la mésaventure d’un de ses patients. Ce sexagénaire était traité pour un cancer de la sphère ORL, du nasopharynx plus précisément et recevait de la capecitabine en traitement d’entretien.
 
Arrivé aux Etats-Unis et obligé, comme chaque visiteur, de soumettre ses empreintes digitales au service de la sécurité intérieure et de l’immigration, il n’a pu satisfaire au contrôle. Atteint du fameux syndrome, il n’avait plus d’empreintes digitales mesurables. Il a donc passé quatre heures dans les locaux des services de l’immigration et a pu finalement entrer sur le territoire américain après que les douaniers ont été convaincus qu’ils n’avaient pas affaire à un dangereux terroriste.
 
La même mésaventure a été décrite deux ans plus tôt dans la revue Journal of Clinical Oncology, le JCO.
 
Cette fois c’est une hôtesse de l’air espagnole de 39 ans, traitée pour un cancer du sein métastatique qui utilisait le Xeloda et souffrait du syndrome « mains-pieds ».
 
Une première fois, elle a été retenue, comme le malade de Singapour, pendant plusieurs heures dans les locaux de l’immigration. Lors de sa deuxième entrée aux Etats-Unis, il a fallu que son cancérologue faxe un document pour qu’elle puisse entrer sur le sol américain.
 
Le développement de traitements par voie orale et le fait que les patients soignés pour cancer mènent de plus en plus souvent une vie presque normale avec, notamment, la reprise d’une activité professionnelle, font que de telles mésaventures, autrefois anecdotiques, méritent aujourd’hui d’être connues des médecins et des patients.
 
Si une personne qui prend de la capecitabine et qui présente cet effet secondaire cutané doit voyager, il est important qu’elle ait avec elle un document médical précisant la nature du tacitement et celle de cet effet secondaire.
 
L’attitude pas vraiment sympathique des services américains de l’immigration n’est pas obligatoirement le meilleur souvenir à garder des Etats-Unis. Alors autant éviter de passer plusieurs heures à « bénéficier » de leur hospitalité !
 
Référence des études :
 
Eng-Huat Tan
Travel warning with capecitabine.
Annals of Oncology. doi:10.1093/annonc/mdp278
 
 
 
 
Jose A. García-Saénz et al.
Elementary, My Dear Watson
DOI: 10.1200/JCO.2007.11.3100
 
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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