GRIPPE A(H1N1) : L’OMS avait raison de décider de choisir le niveau 5 d’alerte.

Le niveau 5 d’alerte décrété par l’OMS est tout à fait justifié selon une étude publiée le 11 mai dans la revue « Science ».
(Ce billet a été actualisé le 15/05/2009)
 
Ce n’est pas 1918 mais nous sommes proches de 1957, la pandémie de grippe « asiatique ». Cette affirmation c’est une équipe pluridisciplinaire dirigée par Neil Ferguson, de l’Imperial Collège de Londres qui la formule.
 
Ces spécialistes d’épidémiologie, de biostatistiques et de maladies infectieuses se sont penchés sur les premières données liées à la grippe A(H1N1) et ils en tirent un certain nombre d’enseignements.
 
Ils datent le début de l’épidémie mexicaine vers la mi-février 2009, dans la région de La Gloria. Et, à la fin avril, ils estiment à environ 23000 le nombre de personnes infectées dans ce pays, loin du chiffre officiel des 1628 confirmés à ce jour.
 
La mortalité est estimée entre 0,4 % et 1,4 %.
 
Mais ce qui est le plus important dans cette étude et qui justifie, selon les auteurs, la décision de l’Organisation mondiale de la santé de monter jusqu’au niveau 5 sur 6 de l’alerte pandémique, c’est le taux de transmission.
 
Autre enseignement de cette étude, le taux d’infections était trois fois plus élevé chez les moins de 15 ans que chez les personnes plus âgées.
 
Une transmission très efficace puisque une personne atteinte en contamine en moyenne 1,4.
Taux  semblable à celui qu’on rencontra en 1957 dans l’avant dernière grande attaque grippale.
 
Ces données font dire aux auteurs que l’OMS avait raison d’élever le niveau d’alerte, car le risque pandémique est bien patent.
 
A ce point, il me semble important d’apporter quelques éléments sur la façon de traiter le dossier de cette nouvelle grippe.
 
On entend et on lit qu’il y a eu une hystérie médiatique, de l’exagération, de la « survente ». Je n’oublie pas non plus les tenants de la conspiration, du virus fabriqué en laboratoire (tiens, tiens, comme le VIH), le coup monté pour vendre du Tamiflu (personne ne parle du Relenza) et autres joyeusetés.
 
A la lecture du l’étude de « Science » je me dis, et cela concerne uniquement mon travail et celui de ma rédaction, que nous n’avons pas tort de parler du risque pandémique.
 
Le virus, certes, n’est pas, pour l’instant, très virulent, d’où le nombre peu élevé de décès, mais il est hautement transmissible et son génie évolutif est totalement inconnu et imprévisible.
 
La patronne de l’OMS, Margaret Chan, a géré la crise du SRAS et de la grippe aviaire du temps où elle travaillait à Hong-Kong. Cette femme est tout sauf une irresponsable. C’est une vraie professionnelle de santé publique.
 
Elle a voulu que tout le monde soit prêt, une sorte de vérification, peut-être de répétition générale, parce qu’elle sait ce que peut être le mensonge, le déni et les catastrophes qui s’en suivraient.
 
Elle a failli le vivre de près quand elle était en poste en Chine.
 
C’est pour cela que nous avons décidé de lui faire confiance et de dire les choses sans alarmisme, n’en d’déplaise aux spécialistes du complot.
 
Dans les JT et sur ce blog nous continuerons donc à faire de l’information, en croisant nos sources et en n’étant les porte-parole de personne.
 
Et l’information aujourd’hui c’est cette étude de « Science » qui montre que cette brippe n’est pas un simple rhume.
 
 
Référence de l’étude :
 
Christophe Fraser et al.  
Pandemic Potential of a Novel Strain of Influenza A (H1N1) : Early Findings
 
LIRE LE RESUME DE L’ETUDE PUBLIEE DANS  « SCIENCE »
 
 
 
ACTUALISATION AU 15/05/2009
 
L’OMS a donc annoncé un millier de cas supplémentaires dans les 24 dernières heures. Il faut voir ces chiffres de deux façons. Il y a bien sûr une transmission du virus assez « efficace » comme je le mentionne plus haut. On sait qu’une personne infectée en infectera , statistiquement, 1,4. C’est à dire que 10 personnes infectées en infecteront 14. Un taux  de transmission plutôt efficace donc.
D’autre part, les jeunes de moins de 15 ans semblent être la cible privilégiée, ce qui explique les bouffées épidémiques autour des écoles.
 
Mais il est également évident que la mise en oeuvre de tests de diagnostic dans une multitude de centres fait que les prélèvements sont faits de façon plus fréquente et qu’on trouve ainsi plus de grippes.
 
N’en déplaise aux tenants de la conspiration et aux émissions spécialisées dnas la critique des JT, on se trouve donc face à un virus qui avance.
L’OMS rappelle à juste titre qu’il faut rester vigilant. Et ce n’est ni de l’hystérie, ni de l’alarmisme que de mettre en place les réponses à une éventuelle pandémie.
 
C’est seulement s’occuper de santé publique.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à GRIPPE A(H1N1) : L’OMS avait raison de décider de choisir le niveau 5 d’alerte.

  1. AJT dit :

    Bonjour Jean-daniel,
    A ce stade de la diffusion du virus, plus aucune intervention humaine ne sera efficace pour éviter sa multiplication chez l’homme, et l’empêcher d’évoluer génétiquement plus rapidement.
    Pourquoi s’acharner à identifier les nouveaux cas ?
    Pourquoi utilise t’on le Tamiflu chez des patients infectés dont l’état ne le justifie pas ? Pour selectioner des virus résistants, ou pour pouvoir le claironner bêtement au JT (vous voyez on fait quelque chose…) ?
    Enfin, pourquoi promouvoir la vaccination ?
    $$$… ?
    Un point de vue écologique serait de laisser faire la nature. Une épidémie est bien plus efficace (et surtout bien moins onéreuse) qu’une campagne de vaccination d’urgence, surtout quand le virus est aujourd’hui encore benin. Est-il raisonable d’imaginer que les sujets infectés au printemps se defendront mieux contre le virus qui reviendra certainement cet hiver, et qui pourrait être plus "méchant" ?
    Au plaisir de te lire,
    Codialement,
    AJT

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