Cancer : traiter le sein et préserver le coeur.

 Le mieux peut être parfois l’ennemi du bien. C’est particulièrement vrai en cancérologie où des produits utilisés en chimiothérapie ont une efficacité qui se double d’effets secondaires sévères. Alors on cherche aujourd’hui comment ne pas donne à tout coup ces produits.
 
A l’origine, les anthracyclines (AC) sont des antibiotiques. Mais aujourd’hui, cette famille de substances est utilisée dans les chimiothérapies anticancéreuses. Ce sont surtout la doxorubicine et l’épirubicine qui entrent dans la composition des traitements.
 
Les AC sont particulièrement efficaces, ce qui explique leur utilisation fréquente. Mais elles ont un gros inconvénient et le mot est faible : elles ont une toxicité cardiaque non négligeable, induisant parfois une insuffisance cardiaque congestive irrémédiable.
 
Il existe même une dose maximale à ne pas dépasser et une fois cette limite atteinte, jamais plus les patients ne peuvent recevoir ces AC, au risque de voir leur cœur se détruire avec une évolution particulièrement défavorable.
 
Pourquoi donc s’inquiéter à ce point ? Parce que les AC sont particulièrement utilisées dans les cancers du sein et que, parmi ces cancers, il y en a 20 % qui vont être appelés HER2+ et pour lesquels on va utiliser un produit supplémentaire, le trastuzumab.
 
Or, cette molécule, qui a permis de réduire de façon très spectaculaire les risques de récidive de cancer, a aussi une certaine toxicité cardiaque.
 
Le problème des médecins c’est donc de devoir donner le trastuzumab à la suite de chimiothérapies ayant inclus des anthracyclines, c’est-à-dire de devoir cumuler deux risques pour l’intégrité du muscle cardiaque de leurs patientes.
 
Aussi beaucoup de recherches se font elles actuellement pour voir comment, dans certains cas, se passer des AC sans pour autant nuire à la qualité du traitement proposé aux patientes.
 
Dans le journal de l’Institut national du cancer américain, le JNCI, une équipe canadienne vient de donner des éléments de réponse très intéressants et qui devraient, à moyen terme, participer à choisir les femmes chez lesquelles on ne donnera peut-être plus d’AC systématiquement.
 
Ils ont étudié un gène, celui de la « topoisomérase 2 alpha » ou TOPA2.
Derrière ce nom alambiqué se cache un gène qui fabrique une protéine qui est impliquée dans la reproduction des cellules cancéreuses, en permettant que ces cellules puissent recopier leur matériel génétique afin de se diviser en cellules « filles » et se multiplier sans frein.
 
C’est sur une partie du mécanisme du cycle de reproduction de l’ADN que jouent les AC.
Ils ont regardé l’effet des AC en fonction de la façon dont fonctionnait le gène TOPA2.
 
Ils ont constaté que lorsque ce gène fonctionnait trop bien ou, au contraire, presque pas ou pas du tout, les chimiothérapies incluant des AC donnaient de meilleurs résultats que celles n’en contenant pas.
 
Mais, en revanche, quand le gène fonctionnait on ne peut plus normalement, chimiothérapies avec ou sans AC donnaient des résultats comparables.
 
Cela veut donc dire qu’ »en faisant un test chargé de mesurer ce qu’on appelle l’expression du gène TOPA
 Avant de mettre en œuvre une chimiothérapie, on pourrait, en cas de fonctionnement anormal de ce gène garder les AC. En cas de fonctionnement normal, remplacer les AC par du methotrexate.
 
Ainsi, les patientes n’auraient aucune altération du tissu cardiaque avant de recevoir le trastuzumab et augmenteraient leurs chances de bénéficier pleinement de ce médicament, quand il est, bien entendu, indiqué dans leur cas.
 
Diverses autres études se mettent actuellement en place pour savoir chez quelles femmes les AC pourraient être évitées quand elles ne sont pas strictement nécessaires.
 
Cette individualisation des traitements est un des faits saillants de l’évolution de la prise en charge des personnes atteintes d’un cancer.
 
Nous en reparlerons longuement, dès la fin du mois, puisque du 29 mai au 2 juin prochains, vous pourrez, tous les jours, lire des articles sur ce qui se dira lors du plus important rendez-vous annuel de la cancérologie.
C’est en effet à Orlando, en Floride, que se déroulera la conférence de la société américaine d’oncologie clinique, l’ASCO, et j’y serai !
 
 
Référence de l’étude :
 
F. P. O ’ Malley et al.
Topoisomerase II Alpha and Responsiveness of Breast Cancer to Adjuvant chemotherapy
 
J Natl Cancer Inst 2009;101: 644 – 650
 
 

Lire également l’éditorial:
 
Dennis J. Slamon , Michael F. Press
 
Alterations in the TOP2A and HER2 Genes: Association With Adjuvant Anthracycline Sensitivity in Human Breast Cancers
 
J Natl Cancer Inst 2009;101: 615-618

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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