Défense de l’hôpital public : unité ou patchwork ?

La défense de l’hôpital public réunit divers corps de métiers, mais certains avancent des revendications dont on saisit mal le lien avec le service public hospitalier.
 
Depuis quelques jours une rumeur court. Le gouvernement reviendrait sur le texte voté par l’Assemblée nationale et limitant la possibilité d’ouvrir plus largement le secteur 2.
Ce secteur est celui dit à « honoraires libres ». Les médecins qui y entrent restent conventionnés, mais ils prennent un dépassement d’honoraires pas pris en charge par l’assurance-maladie et peu ou pas pris en charge par les mutuelles.
 
Ce secteur pourrait à nouveau être ouvert aux futurs médecins spécialistes actuellement internes des hôpitaux, ce dont de félicitent leur syndicat et le porte-parole du Mouvement de défense de l’hôpital public, qui regroupe des médecins des hôpitaux parisiens.
 
La Mutualité française, elle, manifeste son mécontentement face à cette rumeur.
 
Je me pose, personnellement, une question toute bête. Actuellement un vaste mouvement se dessine qui veut protéger l’hôpital public de certaines menaces et c’est bien.
 
Mais que vient donc faire une revendication concernant les honoraires des médecins spécialistes libéraux dans un combat pour l’hôpital public ?
 
On me pardonnera, ou pas, l’image mais imaginerait-on des pilotes de l’armée de l’air se mettre en grève pour négocier leurs futures rémunérations quand ils seront employés par Air France ou une autre compagnie privée ?
 
Défendre l’hôpital public mérite qu’on parle de l’hôpital public et qu’on ne pollue pas ce mouvement par d’autres combats sans lien direct avec ce qui menace ces établissements.
 
Plus d’infirmières ou de brancardiers, des délais d’attente moindres aux urgences ou pour un rendez-vous en imagerie, tout cela n’a rien à voir avec l’ouverture du secteur à honoraires libres.
 
Un mouvement de défense qui ne serait qu’un agglomérat d’intérêts catégoriels prêts à se désolidariser pour peu que l’un obtienne quelques avantages n’est sûrement pas la meilleure façon de faire croire à une action unitaire pour le bien de tous et de chacun.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Défense de l’hôpital public : unité ou patchwork ?

  1. Doktowess dit :

    Très juste !

    Je me suis hélas aperçu, tout au long de mon résidanat de médecine générale, que les médecins hospitaliers étaient les pires défenseurs de l’hôpital public.

    A l’exception des urgentistes, la grande majorité de ceux que j’ai connus ont voté pour le président actuel. Bien-sûr ils pleurnichent tous devant l’évolution actuelle de l’hôpital, mais la faute en revient toujours au méchant directeur, ou à la très méchante ARH. Des ronds-de-cuirs bornés, qui ne connaissent rien au soin, etc….

    Evidemment les administratifs en question ne font qu’appliquer une politique décidée par les députés (lois) et le gouvernement (réglements). Mais, étrangement, peu de médecins hospitaliers semblent avoir les capacités intellectuelles de le comprendre.

    Parlons aussi d’une certaine fierté mal placée. Un praticien exténué par les horaires ou les gardes dénonce très rarement les causes de ses conditions de travail (fermetures de postes, temps de travail des praticiens). Non ! Il est médecin, un médecin est un sur-homme ! Il ne va pas se rabaisser à réclamer une réduction du temps de travail ni des ouvertures de postes, comme un vulgaire prolétaire. Il va juste pourrir la vie des infirmières (et de l’interne…) en leur reprochant de se la couler douce.

    Le praticien hospitalier se préoccupe de son secteur privé, mais le sort du médecin étranger (faisant fonction d’interne) payé 1300 euros par mois ne l’émeut pas du tout.
    J’ai même vu un patron de gynécologie qui exigeait que son interne libanais (interne en France, mais déjà diplômé en gynécologie au Liban) dépasse son quota de gardes, sachant que les gardes aupplémentaires ne sont pas payées par l’administration. Pendant ce temps, ce chef de service effectuait des vacations de nuit dans une clinique privée plus tranquille et très rémunératrice (l’administration ne trouvait rien à redire à ce cumul d’activités).

    Frustration, carriérisme, cupidité: comment un service public peut-il être défendu avec des mentalités pareilles ?

  2. Anonyme dit :

    Tout à fait d’accord ! Marion (IDE)

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