Hôpital : hommes en blanc vers la colère noire.

La colère gronde dans les hôpitaux. Mais cette fois, ce sont les médecins et plus particulièrement les responsables de services qui apprécient fort peu la façon dont la loi risque de modifier leurs prérogatives.
 
C’est une très grosse poussée de tension qui se dessine peu à peu et qui va sans doute bientôt se manifester bruyamment. Les blouses blanches ont le blues. De réunion en assemblée générale, de messages sur les différents téléphones mobiles et autres « smart phones » en conciliabules, les médecins des hôpitaux ne devraient pas tarder à faire savoir à Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, tout le mal qu’ils pensent du projet « Hôpital, patients, santé, territoires » ou HPST.
 
Ce projet va, en effet, renforcer encore un peu plus la suprématie des directeurs d’hôpitaux, ne laissant, de fait, qu’une portion congrue du pouvoir aux médecins.
 
Nicolas Sarkozy l’avait annoncé, voulant que l’hôpital n’ait qu’un patron, le directeur général.
Cela fait des années que les médecins n’ont plus le pouvoir à l’hôpital, même s’il existe une commission médicale d’établissement, sorte de parlement des médecins, qui, jusqu’à aujourd’hui avait son mot à dire sur les nominations de médecins.
 
Mais cela ne devrait bientôt pus être le cas et le directeur pourra engager, sur des contrats particuliers, des médecins en fonction des besoins estimés par lui.
 
Mais la volonté du texte législatif, c’est bien d’avoir un gestionnaire t un décideur à la tête de l’hôpital. Des directeurs non plus formés dans les écoles administratives, mais issus des écoles de commerce et du monde de l’entreprise.
 
Il est certain que gérer un hôpital requiert des compétences qui ne s’acquièrent pas en faculté de médecine. Souvent premier employeur de la valle ou du département, cet établissement de soins brasse des budgets impressionnants, avec des charges de personnel à hauteur de 70 % des dépenses engagées.
 
La machine est lourde à gérer car elle n’obéit pas aux règles strictes de l’économie. Le « panier de la ménagère » du directeur d’hôpital comprend des articles qui varient souvent trois fois plus que l’inflation. Il en est ainsi du matériel à usage unique, souvent dérivé pour les seringues, notamment, du pétrole dont on a pu apprécier les variations de cours ces douze derniers mois.
 
Le recours aux films radiologiques ; de moins en moins fréquent, fait qu’on est tributaire du cours des matières premières et en premier lieu du cours de l’argent qui entre dans la composition de ces films.
 
Acheter une petite table métallique à roulettes va coûter quatre fois plus cher auprès d’un distributeur de matériel médical que dans n’importe quel magasin de bricolage ou de décoration.
 
Il faut donc savoir naviguer au plus près et nombre d’hôpitaux sont dans le rouge car les sommes allouées chaque année pour leur fonctionnement ne tiennent pas toujours compte de ces réalités.
 
Alors on met la pression sur les services pour qu’ils gèrent au plus serré. On limite certains actes onéreux, comme l’implantation de certains matériaux ou la réalisation de greffes.
 
On privilégie les génériques, on demande au malade d’apporter ses médicaments quand il s’agit de spécialités un peu coûteuses.
 
Mais on demande de plus en plus aux médecins d’être rentables, d’insérer leur activité dans le cadre d’activités qui rapportent à l’hôpital.
 
Et la logique économique s’accommode souvent mal de la réalité des situations médicales.
Personne ne peut être choqué du fait qu’on demande aux médecins de savoir un peu plus compter et de soigner au meilleur coût.
 
Trop longtemps, la gent médicale a dépensé sans regarder au prétexte que ce n’était pas, disait-elle de son ressort. A force d’oublier que les ressources ne sont pas extensibles à l’infini, les médecins des hôpitaux ont rencontré la rigueur.
 
Mais ce qui risque de devenir ennuyeux, et c’est un euphémisme, c’est que le balancier aille trop vite dans l’autre sens et que des directeurs se sentent obligés, ou se croient autorisés à interférer avec l’exercice médical, domaine qui leur est profondément étranger.
 
Or , la pression est déjà telle sur eux qu’on voit, dans certains établissements, des fermetures de lits totalement arbitraires, des services accueillant des patients lourdement atteints tourner avec une infirmière et une aide-soignante la nuit pour trente patients et des choses encore pire.
 
Ces conditions difficiles ont un effet très pervers, car des jeunes praticiens talentueux dont l’hôpital public a assuré la formation sur des deniers publics, partent de plus en plus souvent vers des établissements privés dont les marges de manœuvre sont plus souples.
 
Le risque, à terme, est donc d’appauvrir dans tous les sens du terme, l’hôpital public, lui laissant les opérations lourdes et non rentables et le rôle d’hospice.
 
Certains grands patrons, comme le Pr André Grimaldi, diabétologue au CHU Pitié-Salpêtrière à paris, ne cessent, depuis des années de dénoncer cette paupérisation rampante.
 
Il semble qu’au-delà de la perte de pouvoir qui les menace, nombre de médecins hospitaliers le rejoignent.
 
Ce qui est étonnant, en revanche, c’est que l’avenir de l’hôpital public ne semble pas « interpeller » l’opinion publique. On l’amuse ou on la détourne du problème avec des livres noirs et autres palmarès.
 
Pourtant, c’est chaque citoyen de ce pays qui est concerné par cette question.
Quel hôpital voulons-nous ? Quels aménagements sommes-nous prêts à accepter ? Quelle est notre volonté de payer pour des soins de qualité ?
 
Il y a des tonnes de questions qui pourraient bien, à l’aune du conflit qui se prépare lentement mais sûrement, arriver à la une de l’actualité très bientôt.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Hôpital : hommes en blanc vers la colère noire.

  1. Doktowess dit :

    Vous demandez très justement quel hôpital veut le citoyen.
    Je commence à avoir une petite idée de la question, à l’issue de mon résidanat de médecine générale. J’ai côtoyé des patients pendant plusieurs années, à l’hôpital mais aussi lors du stage chez le praticien. Je suis de plus en plus pessimiste sur la volonté de l’opinion publique de défendre cet acquis fabuleux.

    Je crois que les gens, et notamment les usagers du système de santé, apprécient dans leur grande majorité la politique actuelle.
    En cette période décadente où les revenus d’un RMIste tardant à retrouver un emploi indignent beaucoup plus le français moyen que le salaire astronomique d’un footballeur ou d’un courtier en bourse, les valeurs de solidarité, de service public, d’humanisme ne font plus recette. La jalousie, la haine et l’individualisme dominent.

    La jalousie. Jalousie du fonctionnaire. Que de patients critiquant et raillant le personnel hospitalier. Pour eux, pas de manque de personnel, pas de manque de moyens. Si les choses vont mal à l’hôpital, ce n’est qu’à cause de la paresse du personnel. Pourquoi es-il paresseux ? Parce qu’il est fonctionnaire, il a la sécurité de l’emploi. Lors de mon stage aux urgences j’entendais ce type de réflexion plusieurs fois par jour.
    Alors le gouvernement fait un tabac quand il parle de "réformer les services publics". Le bon peuple traduit ainsi: "ils vont mettre ces fainéants de foctionnaires au travail". Cette perspective est une jouissance !

    La haine. Haine de l’étranger. C’est incroyable combien le français moyen est obsédé par l’étranger pique-assiette et voleur de chiffon. Combien de fois ai-je entendu, à l’hôpital, des patients se plaindre qu’il y avait trop d’Arabes dans les hôpitaux, qu’ils se font soigner à nos frais, etc… ?
    Lors de mon stage chez le praticien, à chaque fois que nous refusions de prescrire un placebo encore remboursé par la sécurité sociale, ou tout autre avantage non nécessaire et coûteux, la réponse était imparable: "C’est une honte docteur ! Si les Arabes profitent de la sécu, pourquoi pas moi ?". Nous leur répondions que s’ils avaient une maladie grave comme on cancer il seraient bien contents que la sécu ait encore assez d’argent pour les soigner comme il faut. Mais cela ne suffisait pas à les convaincre totalement.
    Alors quand le gouvernement fait la chasse aux sans-papiers ou stigmatise l’immigration de façon quelconque, ils en redemandent ! Cet hôpital et cette sécurité sociale qui ne profitent qu’aux étrangers, ils ne les défendront pas.

    L’individualisme. Payer moins d’impôts, moins de cotisations. Ils passent leur temps à se plaindre qu’ils payent trop, qu’on leur prélève trop. A quoi servent ces prélèvements ? Bien-sûr à ces privilégiés de fonctionnaires et d’étrangers, entre autres. Mais jamais à eux !!!
    Donc quand le gouvernement met l’hôpital au régime sec, c’est tant mieux !
    Mais il y a un autre aspect de l’individualisme. Le "c** qui est né quelque part". Cela ne lui pose pas de problème que l’on ferme des hôpitaux chez les autres, mais si cela arrive chez lui, il se mobilise ! Fermer une maternité ? Quelle honte ! Sa famille est née à Troumignon-les-Oies depuis des générations, mais il ne pourra plus déclarer ses enfants dans sa commune, puisqu’il faudra aller accoucher à la ville !!!

    Au bout de plusieurs années de contact avec les "français d’en-bas", j’en suis convaincu, ils ne sont pas fâchés de l’évolution actuelle et ils en redemandent. De toute façon, si le gouvernement actuel ne tient pas ses promesses, les gens se tourneront de nouveau vers l’extrême-droite, dont le discours n’est pas très différent sur le fond, quoique bien plus fruste dans la forme.

    Je préfèrerais parfois être vétérinaire que de supporter des mentalités pareilles. Mais je ne regrette rien, car je m’épanouis pleinement dans la prise en charge des malades mentaux ou de patients démunis (toxicomanes, SDF…).

  2. Anonyme dit :

    loi HPST : nouvelle organisation des établissements de santé ou simple continuité ?

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