ACC09-Cardiologie. Prévention des phlébites : JUPITER a de la veine

En novembre 2008, la publication de l’étude JUPITER a fait autant beaucoup de bruit. Dans cette étude, on avait donné un médicament à titre préventif à des personnes apparemment en bonne santé et sans facteurs de risque cardiovasculaires évidents.
JUÏTER frappe à nouveau à Orlando, mais cette fois ce ne sont pas les artères qui sont concernées, mais les veines.
 
Un taux de LDL-cholestérol, le « mauvais », bas (inférieur à 1,3g/l), pas de facteurs de risques évidents et pourtant plus de 17000 personnes ont reçu un traitement par rosuvastatine, un médicament de la famille des statines, dont le but est d’abaisser le taux de cholestérol dans le sang. Prévue pour durée cinq ans, cette étude a été interrompue au bout de 23 mois tant les résultats étaient spectaculaires. La mortalité dans le groupe traité était inférieure de 55 % à celle du groupe non traité.
 
Ce résultat avait alors été attribué non pas à la baisse du LDL-cholestérol, mais à celle d’une protéine, marqueur d’inflammation, appelé CRP ultra-sensible.
 
L’étude a beaucoup fait parler d’elle pas seulement à cause de ses résultats, mais parce qu’elle posait plus de questions qu’elle ne donnait de réponses, comme on a pu le lire sur ce blog.
 
D’autre part, le principal auteur de l’étude est impliqué dans le cadre d’un brevet dans les retombées financières du test de dépistage de cette protéine, ce qui assombrit un peu le paysage.
 
Cela étant, les analyses de l’étude JUPITER continuent. Et des données nouvelles apparaissent, qui concernent cette fois non plus nos artères mais nos veines.
 
Présentés ce dimanche à Orlando au congrès de l’ACC et publiés en même temps dans la revue « New England Journal of Medicine », les résultats concernant la survenue des thromboses veineuses, qu’on appelle aussi phlébites, et des embolies pulmonaires lancent à nouveau un pavé dans la mare.
 
Il s’agit de l’analyse de la même étude que celle présenté en novembre dernier, sur 17802 patients dont la CRP était supérieure à 2g/l et le LDL-cholestérol inférieur à 1,3 g/l.
Ces patients recevaient une dose quotidienne de 20 mg de rosuvastatine.
 
A l’arrêt prématuré de l’étude, on a constaté 60 phlébites dans le groupe non traité et 34 dans le groupe traité. Statistiquement, cela représente une réduction de risque de 43 %.
Il s’agissait, répétons-le, d’un traitement préventif chez des personnes qui n’avaient jamais fait ce genre d’accident thromboembolique, ni d’embolie pulmonaire.
 
La question c’est pourquoi la protection artérielle conférée par les statines s’applique aussi à la pathologie veineuse.
 
Il y a des mécanismes inflammatoires dans les deux cas, l’athérosclérose est une maladie inflammatoire et les phlébites ont également cette composante.
 
Mais le caillot artériel et le caillot veineux n’obéissant pas aux mêmes mécanismes de formation.
 
Les auteurs de l’étude vont donc examiner très soigneusement les prélèvements sanguins stockés lors de l’étude pour étudier un à un les divers facteurs impliqués dans les phénomènes de coagulation sanguine.
 
La deuxième Question  très pratique, rejoint celle qui s’était posée lors de la publication de novembre.
 
Faut-il donner à titre préventif un médicament à une dose élevée à des personnes qui n’ont apparemment aucune pathologie en espérant prévenir la survenue d’accidents vasculaires ?
 
Pour ce qui concerne l’étude de novembre sur le risque artériel, il n’y a toujours pas de réponse. Abaisser le taux de CRP est possible par des mesures d’hygiène de vie qui, bien suivies, permettraient d’obtenir des résultats sans doute assez satisfaisants sans médicament.
 
Il est probable que pour ce qui concerne la prévention des phlébites, les médecins ne se jettent pas non plus sur les ordonnanciers pour prescrire à tout va la rosuvastatine.
 
Il semble donc assez urgent d’attendre qu’on ait avancé suffisamment dans l’analyse des mécanismes sous-tendant ces études avant de mettre des millions de personnes sous traitement préventif et pas franchement économique.
 
Référence de l’étude :
 
Robert J. Glynn et al.
 
A randomized trial of rosuvastatin in the prevention of venous thromboembolism.
N Engl J Med 2009. 160.
Published at www.nejm.org March 29, 2009 (10.1056/NEJMoa0900241)
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à ACC09-Cardiologie. Prévention des phlébites : JUPITER a de la veine

  1. Agnès Curty dit :

    De : Agnes Curty
    Date : 03/27/09 23:43:03
    A :
    Sujet : Lettre ouverte à Sarkozy… Faites passer, merci…

    Monsieur Le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps…

    Je viens, Monsieur, vous raconter une histoire qui se passe de nos jours… A l’instant même où vous parcourez à grands pas, à grands coûts, notre planète de part en part…

    C’était quand vous étiez en Afrique je suppose, ou ailleurs, peu importe…

    Par un bel après-midi de printemps donc, soudain je me sens mal -très mal- et j’essaie, je dis bien « j’essaie » d’obtenir le SAMU. 27 sonneries et 19 minutes plus tard je parviens enfin à expliquer à un médecin débordé que la grosse douleur qui me parcourt le mollet et qui raidit ma jambe m’inquiète. Ouf !

    Ben non pas « ouf ! »

    42 minutes plus tard 2 ambulanciers frappent à ma porte… Mon récit vous ennuie ? Moi aussi, là au moins on est d’accord.

    L’un est souriant et sympathique, l’autre m’explique que je devrais descendre mes 3 étages à pied malgré le risque d’embolie qui me guette, et d’un clin d’oeil complice à ma fille de 15 ans il ajoute « si maman meurt, tu dis rien, hein ? Parce que sinon c’est la prison pour moi ! » Canaille va… Ma fille ignorait bien-sûr ce que je risquais, mais bon… J’ai un doute tout à coup : « vous êtes du SMUR ? » Ah oui Madame.

    Je vous passe les blagues racistes de l’un envers l’autre, les allusions sexuelles à l’arrivée, gérées tant bien que mal par un interne atterré. Il est 16 h.

    16h55 : ma chaise roulante gêne, j’hérite d’un brancard cassé avec en prime un « ne vous levez surtout pas, vous risquez une embolie à chaque instant »… Euh, c’est une urgence bégayais-je ? Voui, mais la vieille dame d’à côté elle en a déjà une on est débordé on s’excuse madame ne bougez pas madame….

    17h23 : « surtout ne bougez pas ma pt’ite dame, vers 22h00 tout sera réglé.
    19h21 : « surtout ne bougez pas ma pt’ite dame, vers 22h00 tout sera réglé. J’ai tout à coup la sensation qu’à 22 h tout sera en effet réglé et je suis prise d’une peur panique : je vais mourir, là, à l’hôpital, avant 22 h.

    20h03 : la vieille dame à l’embolie hurle de douleur : on essaie de la perfuser mais elle est déshydratée et rien ne passe.

    21h15 : après le passage de 4 médecins et de plusieurs infirmières elle hurle toujours, pendant ce temps le chef de service fait sa ronde, sans sourciller. C’est la cinquième fois qu’il passe depuis mon arrivée.

    22H05 : j’ai survécu. Mais j’ai peur, très peur, je me lève, je marche vite, je veux sortir, mourir chez moi…

    Miracle : 3 médecins arrivent pour m’expliquer que pour des raisons budgétaires on a supprimé le poste d’aide soignante et qu’ils sont là pour que je ne meure pas, ect… etc…

    Je suis sortie passé minuit, avec une ordonnance pour un doppler en ville, une lettre pour mon médecin traitant : à aucun moment on a pris ma tension (16/10), j’ai séjourné sur un brancard insalubre, entre deux draps tâchés de sang séché et ce n’était ni la guerre, ni une situation de crise, c’était dans un hôpital réputé du 14ème arrondissement à Paris, par un bel après-midi de printemps, Monsieur le Président, au 21ème siècle. Alors ?? C’est comment l’Afrique Nico ??

    Vous qui lirez cette lettre, ne quittez surtout pas vos proches quand ils sont à l’hôpital, si vous êtes malades prenez un bouquin, n’oubliez pas votre portable, votre console de jeux, vos médicaments, vos tensiomètre, thermomètre…

    J’ai survécu Monsieur, la vieille dame je ne sais pas.

    Agnès Curty
    2.56.03.26……………………………………………..
     

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