Alcool et parlementaires : le silence de la gnôle.

La modification de la loi relative à la publicité sur l’alcool montre que, contrairement aux questions de santé publique, les lobbies savent parfaitement réunir les députés quelle que soit leur étiquette.
 
Les vignerons respirent. Ils pensent avoir remporté une grande victoire en obtenant que la loi soit modifiée et leur permette de faire de la publicité sur internet.
 
En fait, les vrais vainqueurs, une fois de plus ce sont les alcooliers et les industriels de la bière, mais pas les vignerons ni les petites producteurs artisanaux de bière.
 
Depuis le vote de la loi Evin, les vignerons et les petits brasseurs ont toujours été mis en avant par les lobbies alcooliers particulièrement actifs au parlement. Certains députés médecins n’ont pas hésité à tenir des propos édifiants sur les risques liés à l’alcool, en particulier chez la femme enceinte.
Au moment où Anne-Marie Payet, sénatrice de la Réunion, se battait pour la prévention du syndrome d’alcoolisme fœtal, on entendait du côté de l’Assemblée nationale un député, aujourd’hui décédé, lutter contre les mesures de bon sens que proposait cette élue domienne.
 
La surreprésentation des professions médicales dans les deux chambres du parlement est, étonnamment, tout sauf un gage de succès pour les lois relatives à la santé publique. Quand il s’est agi du tabac, les médecins français en général et les médecins députés en particulier, n’ont pas été les plus ardents à défendre les divers textes.
 
Our l’alcool, c’est encore pire. Et le pire du pire c’est que la manœuvre n’est pas orchestrée pour défendre le patrimoine viticole.
Ceux qui tirent les marrons du feu, ce sont les grands groupes qui produisent des boissons alcoolisées sans terroir et sans histoire. Des produits identiques de Gibraltar au cap Nord.
 
Des bières industrielles qu’on vendait, ç une époque, avec un slogan d’une rare intelligence « ma chemise pour une bière » !
 
Le genre de slogan creux mais qui doit permettre de s’offrir une Rolex à l’âge de cinquante ans.
Quand on sait qu’aujourd’hui la vodka la plus vendue au monde n’est ni russe ni polonaise mais française, on voit à peu près quelle est la nature des enjeux.
 
Les viticulteurs sont donc le cheval de Troie dans cette affaire. Sous prétexte d’une lutte commerciale impitoyable, on leur fait croire que l’accès à Internet les sauvera.
Mais les vrais amateurs de vin ne recherchent pas la publicité, ils recherchent des informations sur les cépages, les terroirs, les méthodes de vinification.
 
Pendant ce temps, les industriels vont pouvoir cibler leurs nouveaux viviers et continuer les jeunes, en particulier, à s’enivrer de façon aigué.
 
Lutter contre la consommation excessive d’alcool n’est pas simple. Il y a des études qui prouvent qu’une consommation très modérée de vin, mais aussi de bière, peut avoir des effets bénéfiques.
 
Mais pas chez tout le monde et à condition que ce soit la seule quantité d’alcool consommée.
 
Or, nous vivons dans un pays où bière et vin ne sont pas considérés comme des alcools !
 
L’autre difficulté c’est que le vin fait partie de nos cultures depuis des milliers d’années et que la religion juive et les religions chrétiennes incluent le vin dans leurs rites.
 
Il faut donc que les vignerons comprennent qu’ils n’ont pas grand-chose en commun avec les industriels alcooliers qui ont la puissance financière pour se réfugier derrière eux.
 
Il faudrait aussi que les professionnels de santé s’inspirent de leurs collègues américains et britanniques. L’association médicale britannique, la BMA a pris des positions très dures sur le tabac et s’est associée à de nombreuses initiatives sur la lutte contre l’alcool.
 
En France, le silence est assez assourdissant. Sauf dans les officines des lobbyistes où on doit célébrer cette « victoire » attribuée faussement aux viticulteurs.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Alcool et parlementaires : le silence de la gnôle.

  1. Bonjour.

    Dans un communiqué du 17 mars 2009 « Une Loi sur la santé abandonnera-t-elle un des axes majeurs de la lutte contre la consommation excessive d?alcool ? « , nos collègues de la société française de santé publique (SFSP ) précisent les conséquences à venir avec l’autorisation de la publicité sur internet :

    http://www.sfsp.fr/activites/fil...

    Bien cordialement.
     

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