La cafeine fait la peau aux cancers cutanés.

 
La caféine peut conduire au suicide. Qu’on se rassure, c’est du suicide de cellules cancéreuses dont il est question ici, plus précisément de cancers de la peau.
 
Il n’est pas impossible qu’un jour prochain nous prenions notre café quotidien en tube plutôt qua dans une tasse, surtout l’été.
Il ne s’agit pas d’une nouvelle idée des sorciers de l’agroalimentaire, mais plutôt des conséquences d’un travail de recherches qui montre que la caféine s’avère être une arme anti-cancer efficace pour certaines tumeurs de la peau.
 
Les travaux menés par des chercheurs américains montrent, en effet, que la caféine, contenue dans le café ou le thé, joue un rôle important dans la prévention de la transformation maligne des kératinocytes, les cellules de l’épiderme qui, sous l’effet d’une exposition trop importante aux rayons ultraviolets B (UVB) peuvent se cancériser et donner des carcinomes basocellulaires ou des épithéliomas spinocellulaires, cancers de la peau très fréquents, bien plus que le mélanome.
 
Normalement, sous l’effet des UVB, l’ADN, qui contient le message génétique des cellules, subit des lésions. Le système de veille des cellules doit alors se mettre en route, impliquant divers mécanismes. Les processus conduisant la cellule à se diviser sont momentanément arrêtes et des enzymes entrent en jeu pour réparer les lésions de l’ADN. Une série de protéines assurent des « points de contrôle » faits, théoriquement, pour s’assurer que les mécanismes successifs de réparation ont bien fonctionné
 
Au cas où la qualité des réparations est jugée non satisfaisante en termes de sécurité, l’ordre est donné à la cellule lésée de se suicider, ce qu’on appelle un phénomène d’apoptose.
 
Mais il arrive que les points de contrôle soient inefficaces et qu’une cellule mal réparée puisse reprendre son évolution et aller jusqu’à se diviser et proliférer. Et quand les dégâts touchent des zones vitales de l’ADN, cette prolifération va aboutir à la formation de cellules cancéreuses échappant à tout contrôle.
 
 
Expérimentalement, il y a moins d’un an, une équipe américaine avait démontré, chez la souris, que l’action de la caféine se faisait en bloquant l’action de certaines protéines impliquées dans une chaine de réactions, des protéines appelées kinases.
 
C’est la chaine appelée ATR-Chk1 qui est plus précisément la cible de la caféine.
Cette fois, ce ne sont pas des souris mais des cellules humaines qui ont été étudiées, des kératinocytes, cellules de l’épiderme, celles qui subissent directement les effets des radiations UVB.
 
Les chercheurs ont reproduit, en laboratoire, les conditions exactes de ces irradiations, avec la même longueur d’onde que dans la vie réelle.
Par de savantes manipulations, ils ont bloqué la cascade de réactions liées aux kinases de l’axe ATR-Chk1, après avoir placé de la caféine dans le milieu de culture des cellules.
 
Ils ont constaté alors que ce blocage avait pour effet d’entrainer un grand nombre de cellules lésées vers la mort, confirmant ainsi les travaux faits sur la souris.
 
L’utilisation d’une nouvelle molécule, le PF610666 a renforcé l’effet de la caféine. Cette substance bloque les effets du point de contrôle Chk1.
 
 
Diverses études épidémiologiques avaient montré que la consommation régulière de deux à six tasses de café ou de thé par jour avait un effet protecteur sur les populations dites « caucasiennes » c’est-à-dire de type européen, en diminuant le risque de développer des cancers de la peau autres que les mélanomes.
 
Cette étude vient donc préciser les mécanismes fins mis en œuvre pour expliquer cette protection.
 
On peut donc imaginer la mise au point de crèmes de protection solaire à base de caféine qui seraient appliquées avant ou même après exposition au soleil.
 
Mais il y a encore besoin d’affiner les hypothèses et le café en tube n’est probablement pas encore pour demain.
 
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Timothy P. Heffernan et al.
 
ATR–Chk1 Pathway Inhibition Promotes Apoptosis
after UV Treatment in Primary Human Keratinocytes:
Potential Basis for the UV Protective Effects of Caffeine
Journal of Investigative Dermatology advance online publication, 26 February 2009; doi:10.1038/jid.2008.435
 
 
Référence de l’étude sur la souris :
 
Lu YP et al.
Effect of caffeine on the ATR/Chk1 pathway in the epidermis of UVB-irradiated mice.
Cancer Res. 2008 Apr 1; 68(7):2523-9.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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