Réforme du système de santé : vive le médecin de famille.

C’est sans doute le maillon le plus important du système de santé et, cependant l’un
des moins considérés. Le généraliste, le médecin de famille va pourtant avoir une importance croissante dans la prise en charge des patients.
 
La réforme de notre système de santé comporte plusieurs volets, mais seul le devenir de l’hôpital semble retenir l’attention. Il faut reconnaître qu’avec environ 50 % des dépenses de santé, c’est le poste le plus important, le plus sensible mais aussi le poste le plus urgent à soutenir.
 
Mais cela ne doit en rien faire oublier les autres acteurs du système de santé, toutes les professions médicales et paramédicales et, en premier lieu, le médecin généraliste, celui que je continue à appeler à dessein le médecin de famille.
 
Dans la société de l’image dans laquelle nous vivons, c’est sans doute le plus maltraité. On glorifie les urgentistes, les chirurgiens ; la médecine spécialisée (j’adore Dr House !) et on oublie ou on raille le généraliste.
 
On lui demande d’être spécialisée en tout ce qui peut exister comme pathologies. Il n’a rien le droit d’ignorer. Alors que personne ne reprochera à un cardiologue de ne pas examiner la gorge d’un patient qui se plaint d’une angine. Angine de poitrine c’est de la cardiologie, angine virale c’est hors limites !
 
Contrairement à nombre de pays qui nous entourent, la place du généraliste s’est réduite au cours des années quand nos facultés de médecine ont fabriqué des spécialistes à tour de bras.
 
Le nombre de médecins en formation ayant été maintenu à des taux trop bas pendant des années, cette spécialisation s’est faite au détriment des généralistes qui sont devenus de simples orienteurs, tant la demande des patients était forte pour aller vers ces spécialistes.
 
Pourtant, dans les pays du nord de l’Europe, ce sont les généralistes qui gèrent le dépistage des cancers du col de l’utérus, qui font les frottis, qui suivent les femmes. Et il y a moins de cancers du col de l’utérus que chez nous. Cherchez l’erreur !
 
Valoriser le rôle du médecin de famille n’est pas qu’une question d’ego, c’est aussi rendre une place fondamentale à cette médecine dite de « premier recours ». Nombre de diagnostics ne relèvent pas de machines et d’examens sophistiqués, dont le seul intérêt est souvent de majorer le prix de la consultation spécialisée.
 
Le malade paie l’amortissement du matériel, pas l’acte intellectuel que représente la consultation.
 
En permettant au généraliste de prendre son temps, de faire son travail, de pouvoir écouter, de mettre ensemble les pièces du puzzle, on éviterait souvent le recours au spécialiste, sauf cas compliqués.
 
Et il y a un autre domaine dans lequel le médecin de famille va devenir de plus en plus incontournable c’est celui de la surveillance des traitements.
 
De très nombreux médicaments innovants sont, désormais, délivrés en ville, après une première prescription hospitalière. Or ces médicament ont bien sûr été dument testés selon les règles habituelles. Mais ces essais cliniques ont concerné quelques milliers de personnes alors que dans la vraie vie, ce sont des centaines de milliers, voire des millions de boites qui vont ainsi être prescrites. Et des effets indésirables ou inattendus apparaissent inévitablement.
 
Les patients ne vont donc pas attendre trois à six mois le prochain rendez-vous chez le spécialiste pour évoquer un ennui. Ils auront le choix de laisser tomber le traitement ou de s’en ouvrir à leur médecin traitant.
 
Certains de ces effets indésirables sont connus, d’autres non. Et c’est là encore que le rôle de vigie, de sentinelle, du médecin généraliste va s’imposer.
 
Car, au-delà des obligations réglementaires qui imposent aux professions de santé de signaler des incidents liés aux médicaments, la consultation du médecin de famille est l’occasion de parler du traitement et de s’ouvrir de ses inconvénients.
 
Prenons l’exemple de certains médicaments utilisés chez la femme ménopausée atteinte d’un cancer du sein hormono-dépendant. Ces médicaments, les anti-aromatases, sont très efficaces mais ils ont des effets secondaires, notamment sur l’os ou la survenue de diarrhées.
 
Mais ils retentissent aussi sur la libido, ce qui n’est pas négligeable. Or, ce n’est peut-être pas dans la consultation avec le spécialiste qu’on osera évoquer cela alors que le médecin de famille peut parfaitement prendre le temps d’en discuter et d’essayer de trouver des solutions en orientant sa patiente ou en la conseillant .
 
Il y a aussi la prise en charge d’un certain nombre d’affaits secondaires très déplaisants liés aux thérapies ciblées, qui compliquent la vie de tous les jours en raison d’atteinte des mains et des pieds. Là encore la prise en charge peut parfaitement être l’affaire du médecin de famille si les spécialistes qui suivent les patients ont pris le temps de l’informer et de le former à la gestion de ces ennuis.
 
Car le vrai problème repose en partie là-dessus, l’information. Est-il normal qu’une personne soit vue en consultation à l’hôpital et que, deux semaines plus tard, le médecin traitant ne sache toujours pas ce qui s’est dit et ce qui a été prescrit ? Le patient revient le voir. « Alors, qu’est-ce qu’ils ont dit pour mon cas ? »
 
«  Je ne sais pas, je n’ai pas eu le courrier » répond le médecin navré et qui doit affronter le regard plein d’incompréhension et d’agacement du patient.
 
A l’heure des moyens actuels d’information, envoyer ne serait-ce qu’un courriel (e-mail pour les autres) ou un fax, voire prendre le temps de téléphoner n’a rien de déshonorant.
 
La déconsidération du travail du médecin de famille commence souvent à l’hôpital où il est de bon ton de narguer ses courriers et ses constatations, souvent pour en arriver, cependant, à la même conclusion que lui.
 
Aucun système n’est viable sans cet intervenant essentiel qu’est le médecin généraliste. Mais tout est fait, chez nous, pour dissuader les médecins en formation d’embrasser cette carrière.
D’un côté les autorités de santé qui les oublient un peu systématiquement, résumant leurs revendications à des augmentations d’honoraires. De l’autres des patients de moins en moins patients, qui ont du mal à comprendre que le médecin ne doit pas obligatoirement se plier à leurs horaires et qu’il peut aussi avoir, parfois, le droit de ne pas consulter un samedi après-midi quand il a déjà fait une semaine de 70 heures.
 
 
Il ne faut pas rêver d’un cabinet dans chaque commune, il n’y a pas assez de médecins, ni assez de clientèle potentielle pour faire vivre un médecin, du moins tant que le paiement à l’acte sera le seul mode utilisé en France.
 
Dans la région Centre, où je vis, 72 % des communes n’ont déjà plus de médecins.
 
Mais, en ces situations difficiles, il faut laisser place à l’imagination, car il y a encore et toujours des jeunes attirés par cette médecine de famille. Ces fantassins de la médecine que sont les médecins de famille méritent donc d’être aidés, notamment en créant des lieux d’exercice où ils pourraient être à plusieurs, histoire de partager les gardes, les jours de consultations et, surtout, afin de pouvoir confronter leurs expériences sur des dossiers complexes, chacun ayant, en médecine, des points forts.
 
La médecine de famille est une discipline ingrate, pas toujours valorisante mais elle est l’occasion de rencontres formidables, de moments où le médecin peut voir que la santé n’est pas qu’une affaire de technique. Aller chez les gens, voir comment ils vivent, les écouter, leur tenir la main moralement et physiquement sont des expériences enrichissantes.
 
Peut-être pas pour le banquier me diront certains d’entre vous, certes. Mais si c’était à refaire, je crois que je retournerais avec plaisir dans cette région du nord-ouest e la Touraine, aux confins de la Sarthe et du Maine et Loire, où, pendant trois ans j’ai remplacé des vrais médecins de famille de campagne,
 
J’y ai sans douée plus appris qu’en huit années d’hôpital, du moins sur le monde qui nous entoure.
 
 
 
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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6 réponses à Réforme du système de santé : vive le médecin de famille.

  1. noucha dit :

    en tant que medecin generaliste principal tunisienne,je partage l’avis de la medecine familiale ingrate,peu reconnue malgré que c’est une discipline merveilleuse,riche,globale,continue;le medecin generaliste souffre de la non reconnaissance du système de santé alors que la medecine familiale est la medecine de premiers recours,qui fait face aux épidémies…J’espère que ça va changer un jour!

  2. kheloufi dit :

    Merci pour votre texte. Parmi les pistes de revalorisation de la MG, le transfert de tâches ou de compétences. Un appel à débat me semble urgent: voir: "Système de santé :l’urgence" Ed L’Harmattan
    ou le site Web http//systemedesante.net
    Je peux vous adresser le livre si vous le souhaitez
    khéloufi, médecin de famille.

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CHAUMETTE:

     

    C’est trop d’honneur ! Je suis certain que votre réflexion va beaucoup plus loin que ce « playdoyer ».

    Je serai heureux de le lire.

  4. Chaumette dit :

    Je suis cadre de santé dans un un CH auvergnat, et en même temps (avec le désir profond de quitter les hôpitaux), je réalise un mémoire dans le cadre d’un master en sociologie et developpement des organisations. je m’interesse de tres près à la problèmatique de la collaboration entre médecin de « famille » et les chirugiens dans la mise en place des territoires de santé. Et j’avoue qu’en quelques lignes vous résumez l’ensemble de mon travail.

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A JF MASSE :

     

    Je n’ai pas de « dessein » à proprement parler. Pour moi, médecin de famille est un mot noble car il désigne un médecin qui ne dévolue pas son savouir à un organe ou à un appareil, mais à des êtres vivants dans leur globalité.

     

    Ce n’est pas un « aiguilleur » chez lequel le passage est obligatoire pour ne pas être surtaxé chez le spécialiste. C’est un médecin à part entière à qui on demande beaucoup et qui doit retrouver une vraie place dans la société.

     

    je suis horrifié quand j’entends certains spécialistes dire : l’enfant c’est moi, la femme c’est moi etc.

     

  6. Massé JF dit :

    Quel est votre « dessein » en continuant d’appeler le médecin généraliste « Médecin de famille » ? (2e paragraphe).

    jf massé généraliste la rochelle (17)

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