VIH/SIDA CROI 2009 : après les médicaments, l’Afrique a besoin d’argent pour les tests.

 
Plus que jamais, l’argent est le nerf de la guerre contre le sida, en particulier dans les pays pauvres. Des pays où les traitements marchent bien, mais arrivent souvent trop tard.
 
Même si les objectifs sont loin d’être atteints, un peu plus de trois millions d’Africains bénéficient aujourd’hui de traitements antirétroviraux efficaces. Du moins dans une certaine mesure car, pour être pleinement efficaces, ces molécules doivent être données alors que le système de défense des patients est encore capable de jouer son rôle.
 
Le marqueur de ce système, ce sont les lymphocytes CD4. En Afrique australe on s’est ainsi aperçu qu’un patient dont le taux de CD4 était supérieur à 200 / mm cube, avait un risque de mourir sous traitement qui était trois fois celui de la population générale mais que quand on était à 125/mm cube, ce risque était de 20 à 30 fois supérieur
 
 Mais, pour un taux inférieur à 25 CD4/mm cube, le risque était 500 fois supérieur à celui de la population générale !
 
Il y a donc urgence à mettre suffisamment tôt les femmes et les hommes atteints par le virus VIH sous traitement. Mais le continent africain n’est pas l’Occident. Il manque des médecins, des personnels de santé, des structures et, bien sûr, de l’argent !
 
De l’argent pour les médicaments, mais aussi et surtout de l’argent pour les tests. Ceux qui servent au dépistage, mais aussi ceux qui servent au suivi des traitements.
 
Car débuter un traitement avant qu’il ne soit trop tard suppose qu’on sache qui en a besoin. Or, une étude conduite au Kenya a montré que 84 % des personnes infectées ignoraient leur état. Dans cet échantillon de population, le responsable du programme national de lutte contre le sida au Kenya, Ibrahim Mohammed, a constaté que dans 10 % des couples, au moins l’un des deux conjoints était porteur du virus.
 
On imagine là aisément les conséquences en matière de transmission de la mère à l’enfant.
Il y a donc un besoin énorme de tests de dépistage avec ce que cela implique, c’est-à-dire des centres pour les faire et du personnel médical et des conseillers pour gérer les résultats et la suite en cas de test positif.
 
Mais il y a aussi le problème de suivi des traitements, afin d’en mesurer l’efficacité ou, au contraire l’échec. Et qui dit échec dit apparition de résistances avec le risque de les transmettre à d’autres personnes.
 
Là encore, le continent africain est terriblement sinistré. L’instrument de mesure idéal c’est la mesure de charge virale. Ce test mesure le nombre de copies du matériel génétique du virus, son ARN, par millilitre de sang. On dit que le virus est indétectable lorsqu’il y a moins de 50 copies par ml. On sait aujourd’hui qu’en fait, le virus ne disparaît pas complètement et qu’il est présent à raison d’une copie par ml environ.
 
Cet examen n’est pas très cher, environ 20 euros dans les labos de certaines ONG. Mais c’est une somme impossible à supporter pour nombre de pays et de structures. Alors on utilise le test de mesure des lymphocytes CD4. Mais, comme l’a montré aujourd’hui Steven Reynolds, qui a travaillé dans la région de Rakai, en Ouganda, ce test a tendance à se tromper lourdement. Il trouve des échecs thérapeutiques là où les médicaments sont efficaces, avec, pour conséquence le passage inutile à des traitements plus lourds et plus coûteux.
A l’inverse, il rate de réelles résistances, prolongeant ainsi inutilement et dangereusement des traitements dépassés.
 
Mais il coûte quatre fois moins cher qu’une mesure de charge virale et le choix est hélas vite fait.
 
Le succès des traitements antirétroviraux en Afrique, la bonne adhésion des populations à ces traitements montrent qu’il ne faut pas relâcher les efforts en ce sens.
Mais cela ne tient que si on assure à la fois les moyens de dépistage et le « service après-vente », c’est-à-dire la surveillance des traitements par les examens biologiques indiscutables.
 
Tout cela veut dire que les moyens financiers doivent être à la hauteur des enjeux. Les montants ne sont pas astronomiques. Ainsi, lors du Forum économique mondial de Davos, le président du Fonds mondial pour le sida, le paludisme et la tuberculose a estimé que si les pays de G8 donnaient moins d’1 % des sommes qu’ils ont allouées aux banques dans le cadre des plans de sauvetage liés à la crise financière, on pourrait sauver plusieurs millions de vies humaines dans les années à venir..
 
Même en période de crise économique, la solidarité avec les plus pauvres doit rester de mise
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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