VIH/SIDA : Les Africains se soignent mieux que les Americains.

Les idées reçues sont une plaie, particulièrement dans le domaine de la santé. Ainsi, on estimait que donner des traitements contre le virus VIH en Afrique ne servirait à rien ou presque. Belle erreur, puisque les Africains se soignent , quand ils ont accès aux traitements, bien sûr !
 
Plus de 90 % d’adhésion au traitement antiviral contre le VIH, une observance supérieure à ce qu’on observe aux Etats-Unis. Où sommes-nous ? Pas en Europe, mais en Afrique. Incroyable, impensable même aux yeux de nombreux observateurs qui se posaient bien des questions quand on a commencé à imaginer fournir enfin des traitements antiviraux aux pays subsahariens minés par l’épidémie liée au VIH.
 
Mais une étude menée en Tanzanie, en Ouganda et au Nigeria montre qu’on a bien raison de faire confiance aux populations locales pour se prendre ne mains. Et la clé du succès repose sur un modèle original, le « capital social », une forme d’engagement bilatéral entre personnes infectées par le virus et ceux qui les soignent ou les accompagnent.
 
L’étude publiée dans la revue en accès libre PLoS Medicine a été conduite au moyen d’entretiens directs et individuels avec les patients traités, mais aussi avec les professionnels de santé locaux et les « partenaires de traitement » des patients.
 
Ces « partenaires » sont des proches des patients, souvent des membres de la famille, chargés de rappeler aux patients le moment de prendre leur traitement. Ils peuvent même parfois assister directement à la prise du traitement. Ils sont bénévoles.
 
Les auteurs ont également visité les différents lieux de prise en charge des patients pour évaluer l’éloignement et les divers types de services et de conseils offerts.
 
Les entretiens ont concerné 158 patients, 49 « partenaires » et 45 professionnels de santé, médecins, infirmiers mais aussi pharmaciens.
 
Les enquêteurs ont pu ainsi constater que la relation forte tissée entre les patients d’une part et les « partenaires » et professionnels de santé d’autre part avaient eu pour effet de générer des mécanismes particulièrement intéressants.
 
Une sorte de « marché » passé entre ces acteurs a ainsi permis de mesurer une adhésion au traitement supérieure à 90 ù, des chiffres bien supérieurs à ceux constatés dans le monde occidental.
 
Non livrés à eux-mêmes, soutenus socialement, engagés moralement, les patients ont tout fait pour prendre leur traitement et se rendre aux consultations dans les cliniques et dispensaires.
Et, en Afrique, cela peut se traduire par plusieurs heures de marche dans chaque sens.
 
On a ainsi constaté que pour avoir l’argent nécessaire à l’acquisition des médicaments et à la réalisation des examens, les patients empruntaient de l’argent, ou allaient jusqu’à le mendier si nécessaire. De la même façon, les « partenaires » peuvent parfois emprunter de l’argent à des proches ou des relations pour aider le patient dont ils ont la responsabilité morale.
 
Ce qui est terrible, dans cette étude c’est de voir que les patients poussent la compliance jusqu’à se passer de nourriture pour être sûrs de ne pas manquer de médicaments. Or, le traitement antiviral suppose, pour être efficace, d’être administré à des personnes qui ne soient pas malnutries.
 
Mais, dans ces trois régions africaines, les choix étaient souvent dramatiquement simples. Quand il fallait payer l’école des enfants et qu’il restait un peu d’argent, les patientes, car l’étude a concerné majoritairement des femmes, choisissaient de ne pas se nourrir et d’acheter les médicaments.
 
Cette étude montre donc que dans des régions aussi diverses culturellement et ethniquement que le Nigeria, la Tanzanie et l’Ouganda, la mise en place d’un réseau social puissant aide les personnes vivant avec le VIH à se soigner et à se conformer aux exigences de leur traitement.
 
Il existe une volonté farouche de vivre, malgré les difficultés, la stigmatisation, l’abandon souvent dont sont principalement victimes les femmes africaines.
 
Mais on voit aussi les énormes difficultés, au-delà du supportable, qu’elles endurent. Des distances déjà longues et encore plus pénibles quand on doit les faire à pied les jours où on est malade, la faim au ventre parce que les programmes alimentaires ne suivent toujours pas les programmes thérapeutiques.
 
Comme pour le paludisme ou la tuberculose, il n’y a pas de fatalité africaine et la volonté de vivre des populations concernées est indéniable.
 
Il ne peut y avoir de développement sans la santé et c’est donc en investissant dans la santé de ces populations qu’on les aidera à se développer économiquement.
 
Mais la santé ce ne sont pas que des médicaments et le programme présenté dans cette étude montre à quel point les relations interpersonnelles sont des facteurs essentiels de réussite.
 
 
Référence de l’étude :
 
Norma C.Ware et al
Explaining adherence success in sub-Saharan Africa: an ethnographic study.
PLoS Med 6(1): e1000011.
doi:10.1371/journal.pmed.1000011
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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