Hypertension : les chiffres baissent quand la temperature exterieure monte.

 
Les traitements de l’hypertension artérielle doivent être adaptés selon les saisons car l’été on est un peu moins hypertendu que l’hiver. Une notion qu’une nouvelle étude française renforce et que les médecins et les patients, surtout les plus âgés, devraient bien avoir en tête.
 
Les hypertendus le savent bien : pour contrôler leurs chiffres de pression artérielle, ils doivent prendre continuellement leur traitement, sans sauter de jour.
 
Mais ce traitement ne doit pas être prescrit une fois pour toutes de façon immuable, car les chiffres tensionnels ne sont pas figés dans le marbre.
 
Et, depuis plusieurs années, des études montrent qu’au cours de l’année, ces chiffres varient. Nous l’avions d’ailleurs rapporté ici même.en novembre 2007.
 
Une équipe d’épidémiologistes français vient d’en apporter une nouvelle démonstration dans un article publié ces semaines dans la revue américaine Archives of Internal Medicine.
 
Cette étude, dite des « trois villes » a inclus 8801 personnes dont la moyenne
 D’âge était de 74,3 ans, et vivant à Bordeaux, Dijon et Montpellier.
 
La pression artérielle de ces volontaires a été mesurée aux quatre saisons, chaque mesure se faisant après cinq minutes de repos et assis. Deux mesures par séance étaient effectuées et les chercheurs ont gardé la valeur moyenne.
 
Et ils ont constaté que selon le moment de l’année les chiffres variaient aussi bien pour la pression artérielle systolique (PAS) que pour la diastolique (PAD), ce qu’on appelle aussi la maximale et la minimale.
 
Ainsi on a constaté en hiver une PAS moyenne de 149 (pour les puristes en mm Hg, millimmêtres de mercure pour les autres !) et de 144 en été, soit 5 mm Hg de différence.
Et cet écart était encore plus important quand on comparait les mesures moyennes correspondant aux 20 % des températures les plus basses et les 20% les plus élevées.
 
Il passait en effet de 150,1 à 142,1. Et l’effet était encore plus grand parmi les sujets de plus de 80 ans.
 
Ces résultats montrent donc qu’il est important de bien surveiller les personnes de 65 ans et plus traités pour hypertension. D’abord parce qu’on sait qu’en les maintenant à des niveaux corrects de pression artérielle on protège leur cerveau du risque de détérioration mentale et d’altération d’un certain nombre de fonctions, ce que le vocable médical appelle la démence.
 
Mais ils montrent aussi qu’il faut savoir ajuster les traitements en fonction de la période de l’année et que l’été, par exemple, l’effet de certaines médications risque de se trouver amplifié du fait des conditions climatiques. Abaisser trop une pression artérielle chez un sujet âgé et fragile est dangereux car les artères n’ont pas la souplesse requise pour jouer au yoyo. On court ainsi le risque de voir un cerveau insuffisamment irrigué avec la possibilité de malaises et de chutes.
 
Cela est d’autant plus vrai qu’on a recours à des médicaments diurétiques qui vont accroitre la déshydratation et entrainer une hypovolémie, c’est-à-dire un remplissage moindre des vaisseaux sanguins.
 
Or, l’été, et la canicule d’août 2003 en a été une funeste démonstration, les plus fragiles ne sont pas les mieux suivis.
 
Il faudrait donc sans doute recommander que les personnes âgées traitées par antihypertenseurs bénéficient par quelque moyen que ce soit d’une surveillance de leur tension artérielle plusieurs fois au cours des périodes chaudes, c’est-à-dire au delà de 22°C.
Et ajuster le traitement si nécessaire.
 
Une démarche que les patients devraient d’ailleurs suggérer à leur médecin traitant s’il n’y pense pas d’emblée.
 
 
Référence de l’étude :
 
Alperovitch Annick et al.
 
 Relationship between blood pressure and outside temperature in a large sample of elderly individuals.
The Three City study
 
Arch Intern Med. 2009; 169 (1): 75-80.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Hypertension : les chiffres baissent quand la temperature exterieure monte.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A DANIEL :

     

    C’est surtout aux médecins qui vous suivent qu’il peut être utile. Ils verront, en fonction de vos activités et de vos lieux de séjour, que les chiffres relevés justifient peut-être une adaptation du traitement.

    Bravo pour ce travail?

  2. Daniel dit :

    Bonjour
    Agé de 68 ans je suis astreint depuis 4 ans à un traitement contre l’hypertension (EXFORGE prescrit par un cardiologue) puis TAREG à l’initiative du médecin traitant.
    On voit déjà là une différence qui m’a semblée curieuse le cardoilogue ayant opté pour EXFORGE dans le but m’a-t-il précisé d’agir simultanément sur les diastoles et les systoles.
    Le médecin traitant ne semble pas sensible à la valeur des diastoles…
    Ayant acquis un tensomètre brassard, j’ai entrepris depuis deux ans de relever au moins une fois par quinzaine ma tension et de la saisir dans un fichier EXCEL.
    J’ai effectivement constaté l’évolution de la pression en fonction de la température extérieure et imaginé d’adapter le dosage en fonction de la saison ou du lieu de séjour (parfois des séjours en région tropicale ou je réduis à un TAREG 80 tous les deux jours.
    La vraie prise de conscience s’est produite pendant l’été 2010 un jour ou je faisait une randonnée à vélo et ou la température était supérieure à 25 ° : j’ai eu un étourdissement à la limite de la perte de conscience et de retour chez moi j’ai constaté que ma tension était de 6,5 /9,8
    Je suis immédiatement passé à un comprimé un jour sur deux et la tension est revenue à 13/8 en quelques jours.
    Récemment j’ai fait un séjour de six semaines en Asie pendant lequel j’ai adopté le « régime 1 jour sur 2 et à mon retour la tension était parfaitement normale : pas de vertige, pas d’essoufflement pendant les randonnées la bas.
    J’ai aussi pris le « risque » pendant une période très chaude (environ 28°) en France de ne plus rien prendre pendant deux semaines : pression de 13,5 / 7,5.
    Si mon fichier peut vous être utile, il est à votre dispositions.

    Bien cordialement

    Daniel GODDE
     

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