Nobel : Voici pourquoi, M. Chermann, Pasteur n’a pas eu non plus le Nobel.

 
Les chants désespérés sont, parait-il, les plus beaux. Hier donc, Jean-Claude Chermann était sur les radios et les télévisions pour parler de sa non-attribution du Nobel pendant que les deux lauréats français été honorés à Stockholm. Mais l’oublié avait aussi des oublis ! Pour Louis Pasteur, par exemple.
 
Les uns à Stockholm, l’autre à Paris. Les premiers habillés comme pour un bal à Windsor, lui normalement mis mais avec l’air de celui qu’on n’a pas invité à l’anniversaire et qui n’aura pas de gâteau.
 
Jean-Claude Chermann faisait donc hier le tour des médias pour expliquer son infortune. Avouons-le, et cela a été écrit ici-même, Chermann avait toute la légitimité pour être parmi les lauréats à partir du moment où la fondation Nobel avait décidé d’honorer la découverte du virus VIH.
 
Mais, voilà, pour une raison qui n’appartient qu’au jury, ce dernier a décidé de, récompenser également Harald zur Hausen, pour sa découverte des papillomavirus, les HPV.
 
Et comme nous l’avons déjà dit, depuis sa création, le Nobel ne récompense que trois personnes.
 
Le nom de Françoise Barré-Sinoussi paraissait indiscutable, le deuxième nom allait obligatoirement en laisser un troisième déçu et ce fut Chermann. J’ai vu et entendu donc le chercheur malheureux à plusieurs reprises ces derniers jours. Hormis son côté fair-play « Non, je n’ai pas de rancœur » aussi crédible que le « Je te jure que je te rends l’argent demain » du type qui vient vous quémander cent euros, Chermann a un peu poussé le bouchon.
 
Dire que « le Nobel ne vaut plus rien » c’est un tantinet exagéré. Il vaut d’ailleurs plus d’un million d’euros. Et des oubliés célèbres ou injustement négligés, l’histoire du Nobel en est pleine.
 
Dire que c’est parce que d’autres se sont plus montrés, c’est assez inexact également.
Ou alors Chermann  vise Montagnier qui, c’est vrai, a beaucoup été vu ces dernières années sur des thèmes autres que le VIH. Les aventures de la papaye séchée comme remède à la maladie de parkinson du pape Jean-Paul II n’ont peut-être pas été du meilleur goût.
 
Mais Luc Montagnier s’est aussi beaucoup impliqué dans le dossier des infirmières bulgares retenues prisonnières par la dictature libyenne. Aved d’autres scientifiques, il a montré que le virus qui avait contaminé les pauvres enfants était présent à Benghazi bien avant l’arrivée de ces jeunes femmes.
 
Le privilège de l’âge aidant, j’ai le souvenir également dans la fin des années 80 et le début des années 90 des annonces à répétition de Jean-Claude Chermann «  Donnez moi deux millions de francs et dans deux ans vous aurez le vaccin ». Des galas et des concerts avaient même été organisés dans ce but.
 
Vingt ans plus tard, les experts s’accordent, hélas!, pour dire qu’un vaccin prophylactique n’est pas à l’horizon avant de très nombreuses années.
 
Critiquer l’institution parce qu’elle a mis vingt-cinq ans à récompenser la découverte est aussi un peu spécieux. Faut-il rappeler la guerre entre les équipes françaises et américaines ? L’armistice de 1987 n’a jamais calmé le jeu et la rivalité entre Montagnier et gallo faisait que le comité Nobel ne voulait pas récompenser l’un et l’autre dans le contexte.
 
Il a fallu attendre 2003 pour voir un article cosigné par les deux hommes, sorte de manifeste de paix.
 
Rappelons également que le Nobel récompense toujours des travaux anciens, dont la communauté scientifique a pu juger de la validité et de la fiabilité. Il s’écoule toujours plus de 15 ans entre une découverte et le Nobel.
 
C’est la même chose en littérature ! Le Clezio a commencé à écrire en 1965. Le Nobel ce n’est pas le Goncourt.
 
Aujourd’hui, tout comme Françoise Barré-Sinoussi, Jean-Claude Chermann continue ses recherches.
 
Il travaille sur le R7V, un anticorps dont il espère beaucoup.
 
Chermann  est, je le répète, un scientifique brillant. S’il trouve, avec cette recherche, un traitement immunothérapique capable de contrôler le virus chez les personnes infectées, on se souviendra de lui beaucoup plus que s’il avait eu le prix Nobel.
 
Il vaut mieux mettre son énergie dans des projets d’avenir que de la dissiper dans un combat perdu de toues façons.
 
Enfin, pour conclure, j’ai entendu, hier soir, Jean-Claude Chermann  dire que Pasteur n’avait pas eu non plus le prix Nobel.
 
C’est logique et normal. Le prix Nobel a été attribué pour la première fois en 1901 et Pasteur est mort en 1895 !.
 
 
 
 
 
Petite note finale :
 
Sur le site www.pubmed.gov, qui répertorie de façon très complète les publications scientifiques, on peut, en entrant le nom « barre sinoussi f » vérifier l’impressionnante production scientifique de la lauréate 2008. Son nom apparait dans nombre de revues médicales et scientifiques majeures au cours de ces dernières années.
 

Petite note d’actualité du 30/06/2010

On apprend que J Claude Chermann a été mis à la retraite d’office par les patrons de son laboratoire.
J’ignore les tenants et les aboutissants de la querelle. Je trouve cela tristounet, mais dois-je avouer que je ne suis pas surpris ?

Ces gens sont des financiers qui veulent un retour sur investissement. Malheureusement, la piste défendue par JCC laisse sceptique beaucoup de monde et pas seulement par jalousie! Pas beaucoup de présence dans les grands congrès scientifiques par le biais de présentations, pas assez de publications capables de générer l’intérêt des investisseurs.

Je le répète, c’est triste mais pouvait-il en être autrement ?

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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11 réponses à Nobel : Voici pourquoi, M. Chermann, Pasteur n’a pas eu non plus le Nobel.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A BOUSQUET DE ROUVEX :

     

    Pardonnez moi encore une fois mais je crois que je ne lirai pas ce livre . de la même façon je pense être irrémédiablement convaincu de l’existence du VIH et de son rôle dans l’apparition du Sida.

    De la même façon je crois aussi à l’importance des traitements antiviraux même si l’importance de la lutte antiparasitaire et les questions nutritionnelles sont également fondamentales.

    Je suis navré de montrer aussi peu d’ouverture d’esprit , mais que voulez-vous j’ai cotoyé beaucoup de gens sans doute mal formés ou agents de je ne sais quels lobbies et ils m’ont beaucoup appris.

     

    Bon courage dans votre combat pour « votre vérité ». j’espère seulement que celles et ceux qui vous écoutent mettent cependant des préservatifs lors de rapports occasionnels.

  2. Bousquet de Rouvex dit :

    Je pardonne, puisque vous me le demandez et que vous reconnaissez vos faiblesses, qui pourront peut-être se transformer en convictions quand vous aurez effectivement lu l' »opuscule » en question…? Quant à « laisser les sud-africains » sans traitement, il s’agit de savoir de quel traitement pour quelle maladie? S’il s’agit du redoutable AZT, ou s’il s’agit des traitements appropriés pour les différentes maladies endémiques qui font des ravages, du fait de la misère, du manque d’hygiène, d’eau propre, de nourriture correcte, etc.

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE à BOUSQUET :

    C’est « gràce » à Duisberg que Mbeki, l’ancien président sud-africain a laissé des millions de gens dans son pays sans traitement.

    Pardonnez mon ignorance crasse, ma bêtise, mon incompétence, sans doute aussi le fait que je participe à un complot etc… mais je pense que le virus VIH existe et qu’il est impliqué dans le sida. Et les milliers de chercheurs qui luttent à travers le monde contre ce virus sont sûrement des andouilles bien moins intelligents et compétents que les deux auteurs dont vous citez l’opuscule.

  4. M. Flaysakier, avez-vous entendu dire que le virus du sida n’existait probablement pas et que par conséquent ni Luc Montagnier, ni Françoise Barré-Sinoussi, ni J. Claude Cherman, ni bien entendu le sulfureux Gallo ne peuvent revendiquer sa découverte ? Il serait utile que vous lisiez, si ce n’est déjà fait, les livres de Etienne de Harven et de Jean-Claude Roussez, dont le dernier est un résumé de la situation : « Les 10 + gros mensonges sur le Sida » édition Dangles; Peter Duesberg le grand virologiste a aussi écrit des choses fracassantes. Voir aussi le vieux site sidasanté où se trouvent beaucoup d’infos qui font réfléchir.

  5. DR LUCIEN SAGAERT dit :

    Je vous communique le texte que j’ai écrit à propos du

    Professeur Jean-Claude CHERMANN, UN SAVANT BLESSE PAR UNE INJUSTICE

    Le prix Nobel de médecine 2008, qui devait être normalement attribué aux trois co-découvreurs du sida, ne l’a l’été qu’à deux d’entre eux, aux Professeurs Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier ; un oublié le professeur J.C. Chermann. C’est pour le moins un oubli volontaire, une injustice, voire un scandale.

    Il est vrai que depuis 1901, date de la première distribution des prix aux lauréats du Nobel, celui-ci avait déjà été contesté en 1962 par l’Américaine Rosalind Franklin, en 1989 par le Français Dominique Stehelin, qui eux aussi ont été victimes d’un oubli, ou de la « règle des trois ». Cette règle désuète empêche de décerner le prix Nobel à plus de trois chercheurs dans la même discipline. Rappelons que le Prix Nobel fut fondé par testament en 1896 par Alfred Nobel pour récompenser les bienfaiteurs de l’humanité. Ces prix sont décernés chaque année ; ils sont au nombre de cinq : chimie, physique, physiologie et médecine, littérature, paix. A partir de 1969, on y ajouta un prix pour l’économie.
    Déjà en 1965, l’Institut Pasteur a eu troix prix Nobel avec Jacques Monod, François Jacob et André Lwoff, pour leurs travaux sur la biologie cellulaire, portant haut le renom de Pasteur et de la France.

    J’ai bien connu, pendant les années 1970-1974, Jean-Claude Chermann et son élève Françoise Sinoussi, à l’Institut Pasteur, à Garches ; le chef de service était le professeur Marcel Raynaud, qui dirigeait plusieurs laboratoires. Mon laboratoire était contigu à celui de Chermann, c’est dire que nous étions voisins ; il était virologue, moi bio-physicien ; nos rapports étaient cordiaux. J-C. Chermann aimait séduire et convaincre. Au laboratoire, « à la paillasse », il était un manipulateur habile ; comme professeur, il était efficace, si l’on en juge par les résultats qu’il a, notamment, obtenus avec F. Sinoussi. Pour le définir, en un mot, c’était un « fonceur ».
    Françoise Sinoussi était une jeune personne attirante, aux longs cheveux blonds, aux grosses lunettes ; elle aimait apprendre, et elle apprenait bien. Elle devait passer sa thèse de doctorat en sciences naturelles en juin 1974. En 1988, l’Académie Nationale de Médecine lui décerna le prix Léon Baratz pour la récompenser à l’Institut Pasteur de Paris, de sa contribution majeure à la découverte et à l’Etude du VIH I et à la mise au point du dépistage sérologique.
    Maintenant une question se pose. Pourquoi le professeur Chermann a-t-il été évincé du prix Nobel de médecine ? Si l’on connaissait la réponse à cette question, elle permettrait de lever une incertitude, mais malheureusement on ne peut formuler que des hypothèses. Celles que nous retiendrons sont au nombre de trois :
    – la règle des trois
    l- la démission du Pr Chermann de l’Institut Pasteur, en 1987, à la suite d’un différent survenu au moment de la signature d’un compromis, la même année, entre la France et l’Amérique associant le Pr Robert Gallo à la découverte du virus du sida afin de partager les royalties découlant du contrat. En définitive, Chermann devait signer l’accord à la demande pressante du directeur de l’Institut. Dégoûté, Chermann donna alors sa démission de l’Institut Pasteur.
    – « Si la Fondation Nobel a beaucoup d’attributions, elle a notamment en charge par la voie d’un comité propre à chaque branche et selon les propositions de personnalités éminentes dans les six domaines, d’établir les listes préalables de nominations communiquées aux différentes instances qui attribuent le prix ». Le Pr Jean-Claude Chermann a-t-il été mentionné sur la liste ?
    Puisse ces lignes contribuer à faire reconnaître les mérites du Pr Chermann et le réhabiliter dans ses droits, afin que lui aussi soit considéré comme Lauréat du prix Nobel de médecine 2008.

    Docteur Lucien L.C. SAGAERT
    Lauréat de l’Académie de médecine

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE:

    Je considère Jacques Benveniste comme un grand chercheur. Je suis, en revanche, totalement incompétent pour juger de la pertinence de ses travaux sur la « mémoire de l’eau ».

    A l’époque, Nature avait accepté et publié le travail. J’avais fait le sujet pour le JT avec des conditionnels car j’avais juste un doute quant à la méthode de mesure utilisée, mais sans plus, je le redis, car non compétent.

     

    Intuitivement je n’étais pas convaincu mais je trouve profondément indigne le traitement qui a été réservé à cet homme. Ce « media bashing » cette destruction en règle était faite par des gens qui étaient incapables de vous démontrer en quoi ce travail était faux. On était dans le panurgisme le plus manifeste.

    En résumé, des doutes sur les travaux, mais un respect global pour l’homme.

  7. denis 95 dit :

    JD Flaysakier a certainement une idée sur les travaux de J Benveniste et mon intuition est qu’il a appréhendé la qualité du chercheur et l’importance de sa découverte. Qu’en est-il?

  8. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    Merci d’avoir éclairé ma lanterne.

    Jacques Benveniste était un chercheur brillant. On lui doit des découvertes importantes notamment dans le domaine de l’inflammation avec le PAF- acether.

    Je n’avais pas bien compris sa démonstration au moment de l’article accepté par Nature.

    Mais j’avais trouvé lamentable la méthode de « mise à mort » très anglosaxonne.

  9. Philippe Arvers dit :

    Je pense que cela fait référence au soutien qu’apportait Luc Montagnier à Jacques Benvéniste, qui avait fait parler de lui il y a quelques années avec « la mémoire de l’eau », un article paru dans Nature, l’intervention d’un illusionniste américain : James Randi pour ensuite le discréditer.

    Lors d’une conférence qui se tenait à Lugano (Suisse), le 27 octobre 2007, Luc Montagnier déclara au début de son allocution : « Cette conférence est un hommage à Jacques Benveniste, qui était un de mes collègues. Au début, je ne l?ai pas suivi dans ses percées tout à fait nouvelles mais il se trouve que mes travaux sur le virus du SIDA ont conduit à me rapprocher de ses idées ». Par la suite, il présente les résultats de ses travaux sur le virus du SIDA. »

  10. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    Non doué pour l’ésoterisme, je ne saisis pas tout le sel de cette réponse !

  11. isa dit :

    Chermann évincé, voila qui fera probablement tressauter d’allégresse la mémoire de l’eau delà.

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