Fou de bonheur et de Mahler

 

Le 8 décembre prochain, au Lincoln center de New-York, Gilbert Kaplan dirigera la symphonie n°2 en do mineur de Gustav Mahler. Détail étonnant, Kaplan n’est pas chef d’orchestre !

 
C’est une histoire dont j’espère que les lecteurs psy de ce blog pourront nous donner une interprétation.
 
Tout commence en avril 1965, à New York. Au Carnegie Hall, Léopold Stokowski, le chef d’orchestre qui a dirigé l’enregistrement de « Fantasia », le dessin animé de Walt Disney, répète avec l’American Symphony Orchestra la Symphonie n°2 en do mineur, dite de la « Résurrection », de Gustav Mahler.
 
Dans la salle, un jeune économiste qui travaille à l’American stock exchange, une des composantes de Wall Street, la Bourse de New York, est sous le charme.
 
Gilbert Kaplan a 24 ans et est sur le point de lancer un magazine mensuel, Institutional Investor, où écrivent banquiers analystes financiers et économistes.
 
En  quelques années, Kaplan deviendra millionnaire en dollars grâce à cette revue vendue dans 140 pays.
 
Mais il est totalement obsédé par la symphonie de Mahler. Il voyage à travers le monde pour aller écouter les performances des plus grands chefs d’orchestre jouant cette œuvre. Il en discute avec Bernstein, avec sir George Solti.
 
Lors d’un concert à Londres, il va sympathiser avec sa voisine au point de l’épouser !
 
En 1982, c’est le grand saut. Kaplan loue une salle au Lincoln Center et dirige l’ l’American Symphony Orchestra dans sa reddition de la fameuse symphonie de Mahler devant un public de financiers et d’économistes venus assister à un sommet du Fonds monétaire international.
 
Le 27 juillet 1987, il enregistre avec le London Symphony Orchestra une version de la symphonie qui se vendra plus que celles de Claudio Abbado ou de Bernstein.
 
Kaplan a écumé le monde, joué dans tous les grands festivals.
 
Il a poussé l’amour de l’œuvre jusqu’à s’offrir l’original de la partition lors d’une vente aux enchères aux Pays-Bas en 1984.
 
Kaplan va donc récidiver bientôt. Ce sera le centième anniversaire de la première interprétation de l’œuvre aux Etats-Unis, sous la direction du compositeur lui-même.
 
Scéniquement, cette œuvre est un vrai défi : un orchestre symphonique, un chœur, deux solistes vocales et un groupe de cuivres et de percussions qui joue hors-scène. Sans oublier deux tam-tams.
 
Une folie pure, une œuvre monumentale dans laquelle Kaplan a plongé, s’est fondu, immergé.
 
Une forme de monomanie ? Une passion ?
Une chose est certaine, cependant : le Mahler de Kaplan fait le bonheur de ses hôtes.
 
Facile, je sais, mais cette histoire m’a épuisé.
 
 
 
 

Gilbert Kaplan

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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9 réponses à Fou de bonheur et de Mahler

  1. REPONSE A TYBERT : dit :

     

  2. urlicht dit :

    je comprends fort bien que l’on puisse vouer une telle passion à la musique de Mahler,car c’est mon cas,car depuis que je l’écoute assiduement,toute autre musique a perdu tout intéret pour moi.Par contre j’aime toutes ses symphonies,et ma préférée est toujours celle que j’écoute,de même que Mahler trouvait toujours la plus réussie celle qu’il venait d’achever.

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    C’est effectivement un excellent article avec une mine d’informations. Je me demande seulement si la date de l’enregistrement avec l’orchestre anglais est bien 1985 comme le dit l’article ou 1987 comme le dit ma vieille documentation sur Kaplan.

    Si vous avez la réponse, merci de nous la faire partager

  4. Ubacs dit :

    L’article « Desperately seeking Mahler » dans le numéro daté du 29 novembre de « The Economist » vous en dira autant et même un peu plus que le billet ci-dessus.

    http://www.economist.com/books/d...

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    L’histoire de Kaplan est à la fois fascinante et effrayante. J’ai dirigé devant ma glace de grands orchestres ! J’avoue que le faire une fois en vrai aurait été magique.

    Mais être monomaniaque à ce point, sur une seule oeuvre, pas un seul compositeur, non une seule oeuvre, c’est un peu troublant !

    Bien sûr c’est son argent et sa vie, mais quelle fortune investie pour , au fond, ne pas avoir fait progresser beaucoup les choses, même en matière de connaissances sur Malher.

  6. Philippe Arvers dit :

    Bonjour.
    J’avoue avoir découvert, grâce à votre billet, Gilbert Kaplan et son parcours musical. J’ai lu qu’il avait acquis la partition originale, publié des essais, créé un musée, une fondation et donné des conférences sur le sujet. À l?âge de quarante ans, il a pris des cours de musique et de direction et s?est mis à diriger la symphonie, et est allé jusqu?à acquérir à cet effet une baguette utilisée par Mahler.
    Il apparait qu’il a déjà enregistré cette ?uvre monumentale à 2 reprises, en 1987 et en 2002.

    Qui n’a pas, au moins une fois, pris une règle en bois et dirigé une ?uvre dans son salon, sa salle de bain, en se prenant pour Karajan, Solti ou Herreweghe ? Pour ma part, organiste (très amateur) autodidacte, j’ai eu la chance de pouvoir faire sonner des orgues magnifiques, à Bordeaux (St Seurin), Gisors, Epernay (St Pierre St Paul) et Grenoble (orgues Formentelli à St Louis) avec l’autorisation des organistes titulaires. Pour mon plaisir uniquement, et pour des offices religieux il y a quelques années.
     

  7. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    Je suis les aventures de Kaplan depuis de longues années, sans doute parcequ’il a fait ce que j’aurais aimé faire conduire un orchestre !

    Je ne maîtrise pas l’anglais, je le parle le lis et tente de l’écrire sans trop faire de fautes. L’actualité médicale est à 110 ù en anglais, je n’ai pas le choix et mon alma mater est sur la cote Est.

    Quant aux noeuds papillons, je ne vois pas pourquoi c’est une forme de fétichisme ! Je ne sias pas faire un noeud de cravate, le neck-tie c’est plus simple, plus rapide et c’est plus en accord avec ce que j’aime.

    merci pour le lien vers Charlie Rose.

  8. Therese Priest dit :

    Mercis d avoir repondu a mon commentaire.
    Pour vous donner une idee de QUI est Gilbert Kaplan et si vous maitrisez l anglais, Ecoutez le sur
    http://www.charlierose.com/view/...

    Un homme brillant , passionne, moi non plus je n aurais pas le plaisir de le voir a Avery Fisher Hall mais pour une autre raison, Malher: not my cup of tea!
    PS : Je me souviens de vous avoir vu a la tele en France, vous avez l air d etre fetichiste avec vos noeuds papillon, Kaplan c est la passion Malher, Flaysakier, la passion : noeuds papillon…
    C est grave docteur??????

  9. Therese Priest dit :

    Pourquoi avoir ecrit que Gilbert Kaplan devrait etre juge par les lecteurs psy de ce blog? Cela suggere qu il soit derange!
    Cela m a fait sourire car habitant NY, Gilbert Kaplan qui est juif a du frequenter pas mal de  » shrinks » a la Woodie Allen,aller voir son psy n a rien ni de honteux, ni d extraordinaire du reste, c est une routine d entretien comme celle d aller a la gym .
    Gilbert Kaplan est simplement tres riche , a une passion, Mahler et peut s offrir le luxe de Lincoln Center. Fin de l histoire.
    Good for him!!!
     

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