Cancer du sein : certaines tumeurs pourraient régresser sans traitement.

Certains cancers du sein sont-ils capables de disparaître spontanément ? C’est, en tous cas une hypothèse que soulève une équipe norvégienne dans une étude publiée aujourd’hui dans la revue Archives of internal medicine.
 
Le dépistage du cancer du sein par mammographie tous les deux ans est considéré comme l’un des facteurs ayant amené à une meilleure prise en charge des tumeurs, notamment à un stade plus précoce
 
Mais que dépiste-t-on vraiment ? Sont-ce toujours des tumeurs appelées à devenir très agressives ?
 
C’est une préoccupation permanente en santé publique quand il s’agit de mettre en place un dépistage de masse. Car, outre le fait qu’on veuille atteindre l’efficacité optimale, on veut également éviter d’enclencher à mauvais escient des examens et des traitements souvent agressifs et générateurs d’effets secondaires en traitant des tumeurs qui n’auraient peut-être jamais fait parler d’elles.
 
Pour le dépistage systématique des cancers du sein, tel qu’il est organisé en Europe, sur des femmes de 50 à 74 ans, l’opinion prévaut que c’est une mesure efficace, rentable et qui a permis de réduire la mortalité liée au cancer du sein même si l’ampleur de bénéfice fait l’objet de discussions.
 
Mais certains cancers du sein vus à la mammographie peuvent-ils disparaître sans aucune intervention ? Cette question iconoclaste, une équipe norvégienne la remet d’actualité aujourd’hui par le biais d’une publication.
 
Per -Henrik Zahl et ses collègues de l’Institut de santé publique d’Oslo ont mené une bien troublante investigation.
 
Ils ont comparé deux groupes de femmes, similaires en termes d’âge, 50 à 64 ans.
 
Le premier groupe a suivi un cycle de trois dépistages, une mammographie tous les deux ans.
Le deuxième groupe a été évalué sur une période de six ans, avant que ne soit mis en place le programme national de dépistage et a eu une mammographie au terme de ce suivi.
 
Comme il est logique, l’incidence cumulée des cancers du sein était plus élevée dans le groupe ayant eu trois mammographies que dans celui suivi pendant six ans et qui n’avait pas encore eu d’examen radiologique. On ne trouve que ce qu’on cherche !
 
Ainsi l’incidence cumulée sur 4 ans des cancers du sein invasifs était de 1268 pour 100000, ou 1,268 % dans le groupe mammographie et de 810 pour 100000, soit 0,81 % dans le groupe seulement suivi.
 
Mais le plus étonnant c’est ce qui s’est passé une fois que les femmes suivies pendant six ans ont eu leur cliché mammographique.
 
On aurait pu imaginer que le nombre de cancers soit supérieur dans le groupe des femmes qui n’avaient pas eu de contrôle radiographique régulier. Intuitivement, on imagine que sans mammographie régulière, ces femmes n’ayant pas été surveillées des tumeurs ont pu se développer sans être identifiées.
 
Mais, une nouvelle fois l’incidence cumulée des cancers a été supérieure dans le premier groupe suivi régulièrement par des mammographies biennales, 1,909 % contre 1,564 % pour celles n’ayant eu qu’un cliché au bout des six ans.
 
L’hypothèse avancée par l’équipe norvégienne c’est que certains des cancers apparus chez les femmes suivies pendant six ans sans mammographie ont du purement et simplement régresser.
 
En un mot spontanément disparaître. Une constatation qui avait déjà été faite occasionnellement une trentaine de fois.
 
Quelle conclusion en tirer ? Quasiment aucune. Comme le fait justement remarquer le professeur David Khayat, qui dirige le service d’oncologie médicale du CHU Pitié-Salpêtrière, à Paris «  on sait maintenant que des cancers peuvent sans doute régresser spontanément, mais on ne sait pas lesquels ».
 
En d’autres termes, cela ne remet nullement en cause les politiques de dépistage de masse du cancer du sein qui ont permis de sauver la vie de nombreuses femmes.
 
Mais cela montre aussi, de façon plus générale, qu’il n’y a pas de magie dans le dépistage et qu’il faut savoir bien évaluer ce qu’on fait. Dans d’autres organes, on sait que l’évolution d’une tumeur se fera très lentement et que, parfois, un geste pour l’enlever, aboutira à un résultat pire que si on n’avait rien fait.
 
La médecine, comme la science,  est faite d’hypothèses, pas de dogmes.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
 
Per-Henrik Zahl et al.
 
The Natural History of Invasive Breast Cancers
Detected by Screening Mammography
 
Arch Intern Med. 2008;168(21):2311-2316

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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5 réponses à Cancer du sein : certaines tumeurs pourraient régresser sans traitement.

  1. Groutchmeuh dit :

    Pourquoi cet article aurait-il été censuré , demandiez vous ?

    Hé bien cette même équipe nordique a bien été censurée, apparemment sous la pression d’un partisan, radiologue, de la mammographie.

    Comme quoi les dogmes auxquels vous aussi préférez les hypothèses, sont puissant. Est-ce l’intervention du complexe médico ou du complexe industriel, qui le sait. Les égos parfois suffisent.

    Toujours est-il qu’un article de cette équipe "pas dans le dogme" a disparu du European Journal of Cancer en 2006. Cela est détaillé sur le site du Scientist:
    http://www.the-scientist.com/new...
    Attention ce n’est lisible que si l’on est abonné ou après une inscription gratuite et rapide.

    Comme pour le cancer de la prostate, l’incidence (nombre de diagnostics par an) des diagnostics de cancer du sein augmente remarquablement avec le dépistage, la survie a une courbe… plate. C’est décevant et "contre-intuitif".

    Cela confirme que soit des cancers disparaissent soit ils restent tranquilles. Et en grand nombre. Ce qui ne nous dit pas quoi proposer comme traitement: le "watchful waiting" ?

    Cela implique que le diagnostic histologique (biopsie, exérèse de tumeur) ne suffit pas à affirmer la maladie cancéreuse.

    Espérons que plutôt que de se tranquiliser en se trompant soi-même dans des dogmes ou consensus faussement rassurants, les autorités en charge s’aperçoivent qu’il faut faire porter la recherche sur comment déterminer quelles tumeurs traiter.

    Les antécédents de censure ne sont pas rassurants, à cet égard.

  2. Groutchmeuh dit :

    Par "C’est bien que ce travail ait été autorisé à paraître … (je souligne les …), je faisais un peu d’humour cynique maladroit.

    Mais de là à me renvoyer à mes lubiessur le complexe médico-industriel et à la théorie du complot (je le perçois comme sous entendu) tout de même…

    Mais ce n’est pas sans fond, cette censure existe et vous le savez je pense.

    Vous savez bien notamment que les biais de non-publication sont un problème.
    Au point que l’on l’enseigne aux étudiants en médecine, tout espoir n’est pas perdu, malgré les cadeaux-tchibilis et autres efforts d’ "informer" les médecins dès le biberon développés par l’industrie pharmaceutique.

    Ce problème est bien mis en évidence par la publication cette année de l’étude mettant en évidence la non publication des articles défavorables aux antidepresseurs, et la publication même de résultats négatifs de façon à les faire paraître positifs:

    medicine.plosjournals.org…

    J’invite à la méfiance , car "la science et la médecine vivent d’hypothèses à confirmer ou à infirmer, pas de dogmes" en effet, idéalement, mais elles et les chercheurs ne vivent pas d’eau fraîche et d’amour.
    Et il devient difficile de se vouer aux meilleurs saints.

    En effet, dans son récent éditorial du très huppé JAMA "Industry-Sponsored Clinical Research : A Broken System"
    jama.ama-assn.org/cgi/con…
    Marcia Angell, qui fut "Editor" au plus huppé encore New England Journal of Medicine, n’écrit-elle pas :

    " Physicians can no longer rely on the medical literature for valid and reliable information. This is the conclusion I reluctantly reached toward the end of my 2 decades as an editor of the New England Journal of Medicine, and it has been reinforced in subsequent years. Clinicians just do not know anymore how
    safe and effective prescription drugs really are, but these products
    are probably nowhere near as good as the published literature indicates".

    Enfin, comment le résultat de l’étude que vous citez, s’il est avéré, ne remettrait-il pas en cause le dépistage ? Il est sans doute avéré puisqu’il rejoint les données des autopsies.

    Si l’on dépiste puis traite des cancers qui n’en sont pas il y a évidemment un problème. Ce n’est pas un crime puisque évidemment on ne peut pas deviner lesquels guériront. Mais c’est un problème à essayer de résoudre.

    Les études bénéfice-risque ne prennent pas en compte, de par leur conception, évidemment, le problème des non-cancers traités comme des cancers. Les non-cancers étant ces cancers dépistés qui auraient disparu spontanément.

    Je vous invite vraiment si vous ne la connaissez, à lire la démonstration de Junod dans les liens indiqués. J’y suis allé à reculons mais les bras m’en sont tombés.

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    La publication de ce travail n’a rien d’étonnant. Pourquoi y aurait il une censure ? Comme je l’ai écrit, la science et la médecine vivent d’hypothèses à confirmer ou à infirmer, pas de dogmes.

    D’ailleurs, il y a quelques semaines, une équipe iranienne a publié des travaux sur l’épilation laser dans une revue américaine de dermatologie !

    Pour ce qui est de l’hypothèse de cette étude, libre à vous de penser que cela remet en cause le dépistage. Autant le dépistage de masse  entre 40 et 49 ans pose problème et l’évaluation faite par david Eddyu montrait que le bénéfice se comptait en jours, autant le dépistage entre 50 et 74 ans est considéré comme ayant un rapport bénéfice-risque favorable.

    Mais je vous laisse encore une fois libre d’y voir la mainmise d’un complexe medico-industriel.

  4. Groutchmeuh dit :

    J’oubliais….
    Vous écrivez « En d?autres termes, cela ne remet nullement en cause les politiques de dépistage de masse du cancer du sein qui ont permis de sauver la vie de nombreuses femmes. »

    Justement si l’on y réfléchi: évidemment que si !

    Mais c’est très anxiogène alors on préfère ne pas le voir et foncer.

    Certains démontrent que le dépistage de masse n’a pas d’effet sur la survie (cf lien ci dessous). C’est dérangeant parce que c’est contre-intuitif.

    Les faits sont cruels et leur laideur ne doit pas conduire à les ignorer (« The great tragedy of Science – the slaying of a beautiful hypothesis by an ugly fact. »).

    Autre problème il y a une industrie de service médical et de machines qui vit de ce dépistage. Conflit d’intérêt qui conduit à tout faire pour ne pas regarder la réalité en face.

    Alors si il est admis que les mammographies dépistent des cancers dont un nombre important vont avorter, il est évident que l’on va traiter des cancers pour rien. Le fait semble suffisemment établi. Le problème c’est quon ne peut comme dit D Khayat, savoir lesquels vont avorter. Et en attendant le dépistage ne sauve apparemment pas de vie, il rassure.

    Et cela ne nous dit pas ce qu’il faut faire à la place ? D’ailleurs, peut-être ne faut il pas l’abandonner et accepter, mais en le disant, de traiter nombre de cancers qui devaient avorter. La recherche devrait peut-être porter sur ce phénomène au lieu de le nier.

    Lisez à ce sujet, une fois encore Junod:
    http://www.jle.com/fr/revues/med...

     

  5. Groutchmeuh dit :

    C’est bien que cet article ait été autorisé à paraître….
    les iconoclastes sont dans la plaine et d’aucuns ont déjà crié, vox clamans in deserto, mais ce sont d’odieux trublions, que l’on dépiste et traite peut-être des cancers voués à disparaître. On sait par l’autopsie que le nombre de femmes porteuses d’un cancer du sein est très au delà de ce que l’on attendait, et ne peut s’expliquer que par la régression spontanée.
    Un trop obscur Dr Junod , médecin de santé publique, a déjà écrit cela.
    http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=SPUB_032_0125

    http://www.formindep.org/IMG/pdf/depist_surdiag_junod.pdf

    http://www.jle.com/fr/revues/med...

    Merci d’attirer l’attention la dessus.

    Ils semble que l’on n’est pas au bout de la découverte des grandes usurpations dont la médecine contemporaine , corrompue d’un côté , aveugle de l’autre, va porter la culpabilité:
    – coxibs,
    – antidépresseurs,
    – hypocholestérolémiants (l’étude Jupiter qui vient de sortir est une illustration intolérable des petites tricheries servant à maquiller la réalité au bénéfice d’intérêts commerciaux considérables).
    – biais de non publication,
    – méthodologies visant à favoriser le résultat voulu avec le choix de critères de jugements sur mesure (composites, non pertinents …)
    – présentation fallacieuse de résultats, exploitation de la crédulité et de l’amour de la magie avec l’utilisation des risques relatifs, dont la diminution mirobolante par les traitements promus cache des diminutions snas intérêt du risque absolu (celui de ma vraie vie)

     

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