Cancer du sein : soixante-dix genes pour zero chimio.

Au moment où les traitements du cancer s’orientent de plus en plus souvent vers des thérapies ciblées, visant à détruire les seules cellules cancéreuses, un autre progrès se profile à l’horizon. Le but, ne plus traiter certaines  femmes opérées d’un cancer du sein.
 
Elles seront six mille à la fin de l’année 2010 embarquées dans une sacrée aventure. Six mille femmes opérées pour un cancer du sein et chez lesquelles on aura décelé de zéro à trois ganglions atteints.
 
Ce qu’on va proposer à ces femmes est assez original : accepter, pour une partie d’entre elles, de n’avoir aucune chimiothérapie dans les suites de leur intervention si elles satisfont à un test génétique particulier.
 
Le but de cette étude est de montrer en effet que dans environ 15 % à 20  des cas, la chimiothérapie qui suit l’ablation d’une tumeur est inutile.
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Mais cette décision de ne pas traiter certaines femmes ne se fera pas à la tête de la cliente, loin s’en faut.
 
Le « juge de paix » sera fourni par ce qu’on appelle une « signature génique ». C’est un test très sophistiqué, mis au point par l’Institut national du cancer des Pays-Bas., commercialisé sous le nom de MAMMAPRINT®
 
Ce test sur fait sur une petite plaque de la taille de la puce que vous insérez dans votre téléphone portable. Mais cette plaque est percée de centaines de puits.
Dans ces puits on versera une goutte de liquide obtenu en travaillant les tissus cancéreux enlevés du sein de la patiente.
 
Et on peut ainsi montrer quels sont les gênes qui s’expriment dans le tissu tumoral.
Les Néerlandais ont, depuis 1989, une tumorothèque. Derrière ce nom étrange se cache un formidable outil : toutes les tumeurs opérées ou biopsiées aux Pays-Bas, quel que soit le cancer en cause, sont conservées sous forme d’échantillons.
 
Les néerlandais ont pu ainsi montrer que dans certains types de cancers du sein, ceux qui étaient localisée au sein lui-même et qui ne comportaient pas plus de 3 ganglions envahis, il y avait un groupe de 70 gènes caractéristiques de ces tumeurs.
 
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En fonction de l’expression de ces gènes et de quelques autres informations, on peut établir un score qui exprime le pourcentage de risque de récidive du cancer.
A risque faible, on peut raisonnablement estimer la d récidive comme négligeable et, théoriquement, ne pas traiter la patiente.
 
On estime que près de 20 % des femmes touchées par ces formes de cancer reçoivent une chimiothérapie sans qu’elles en aient réellement besoin.
 
L’étude internationale dénommée MINDACT et qui s’inscrit dans le cadre d’un grand essai appelé BIG, va donc diviser les femmes en plusieurs groupes.
 
Celles qui sont considérées comme à haut risque de récidive sur les critères traditionnels (âge de la patiente, taille de la tumeur, aspect microscopique des cellules cancéreuses)) et après un test de signature génétique recevront une chimiothérapie.
 
Celles qui seront considérées à risque faible à la fois selon les méthodes actuelles et au vu de leur signature génique seront simplement surveillées, sans recevoir de chimiothérapie.
 
Enfin lorsqu’il une discordance entre les critères traditionnels et la signature génique, la décision de traiter ou non se fera soit par les critères usuels, soit en suivant les résultats du test.
 
 
Conception de l’étude MINDACT sous l’égide de l’EORTC.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
On devrait savoir au plus tôt vers 2013 si la stratégie d’abstention proposée en vertu du résultat du test est efficace.
 
Si on peut déjà le penser, ce seront ainsi 15 à 20 % de femmes qui ne recevront pas de chimiothérapie.
 
Ce qui est loin d’être anodin quand on sait, par exemple, que certains produits ont comme rançon de leur efficacité une toxicité cardiaque. Et d’autres effets secondaires, notamment la perte de cheveux.
 
Ne pas traiter si le besoin n’existe pas c’est aussi générer des économies qu’on pourra redistribuer vers des utilisations plus appropriées.
 
Répétons-le, ce progrès de la signature génique a été rendu possible parce que les Pays-Bas ont su, très tôt et de façon nationale dès 1989, conserver un échantillon de chaque cancer diagnostiqué dans le pays.
 
Récemment, lors de la survenue d’un cancer rarissime, un lymphome développé sur la coque de prothèses mammaires en silicone, les médecins hollandais ont pu retrouver les 11 cas existants dans leur pays et montrer que le risque d’un tel cancer était infime, entre 1 et 3 cas pour un million  (Abstract de l’étude en anglais).
 
  
En France, la mise en place de telles structures a été décidée par le plan Cancer, mais ce n’est sans doute pas demain que nous arriverons à concurrencer le royaume d’Orange même si, sous l’impulsion de l’Institut national du cancer (INCa), ces structures sont en pleine croissance.  
 
Et il est grand temps car, aujourd’hui, la signature génique des cancers est surement un instrument fondamental dans le développement des choix thérapeutiques et dans l’amélioration des traitements.
 
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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