Nobel de la paix : le rève, l’illusion et la réalité

Le prix Nobel de la paix a été attribué à Martti Ahtasaari. Un prix logique au vu des missions accomplies par ce diplomate.
Mais, ce qui est étonnant, c’est qu’on puisse s’étonner que le jury d’Oslo n’ait pas couronné Ingrid Betancourt. Une sorte de phénomène de masse qui ne laisse de surprendre.
 
Conférence de presse annoncée dès la veille, communiqué de victoire d’une association envoyé sous embargo plusieurs heures avant l’annonce du prix, visiblement il y avait beaucoup de monde pour croire que le jury norvégien allait attribuer le prix Nobel de la paix à Ingrid Betancourt, libérée il y a quelques mois des geôles des Farc.
 
Au plan psychologique, il est assez étonnant de voir que des centaines de personnes puissent avoir été convaincues simultanément que Mme Betancourt relevait de cette distinction dès cette année.
 
Il n’est nullement question de discuter des souffrances et du calvaire endurés par Ingrid Betancourt pendant les six années passées dans la jungle colombienne.
 
Pour avoir côtoyé pendant de longues années Jean-Louis Normandin, je ne peux être insensible à cette situation.
 
Je rappelle que Jean-Louis a été kidnappé lors d’un reportage à Beyrouth en 1986. Il était alors assistant d’une équipe d’Antenne 2 dont le journaliste était Philippe Rochot, le caméraman Georges Hansen, et le preneur de son Aurel Cornea.
 
Jean-Louis a passé vingt et un mois dans les geôles du hezbollah. Des mois enfermé dans une cave, attaché dans le noir par une chaine à un mur, avec un mètre le rayon de déplacement. Il a vécu plusieurs simulacres d’exécution, des transports dans un cercueil sous le plancher d’un camion au milieu des combats.
 
Il est rentré en 1988 et a repris son activité professionnelle sans autre forme de procès, sans bénéficier réellement d’un accompagnement satisfaisant ni d’une reconnaissance de ce qu’il avait vécu. Il a reçu la légion d’honneur lui aussi en 2008, mais vingt ans après son retour.
 
Ce que je ne comprends pas et ce que je voudrais bien comprendre c’est la raison pour laquelle l’épreuve terrible vécue par Mme Betancourt la qualifierait pour le Nobel de la paix.
 
La couverture médiatique qui a suivi sa libération et tous ses déplacements ensuite a généré une sorte de frénésie et de phénomène de masse qui ressemble un peu à ce qu’on appelait autrefois « hystérie collective » et qu’on nomme aujourd’hui « réaction de stress collective », le terme d’hystérie ayant dans le langage commun une connotation péjorative.
 
Mais il n’empêche qu’il est surprenant de voir ainsi des centaines de personnes, peut-être même des milliers, imaginer que le jury norvégien allait accéder à leurs désirs.
 
Il y avait 197 noms de personnes ou d’organisations sur la liste des candidats, notamment des dissidents chinois ou des défenseurs des droits de l’homme russes. Des candidats dont la vie est aussi un enfer, avec des années de prison, de torture, d’attaques sur leurs familles.
 
Il est certain que tous ces partisans de l’ex-otage des Farc vont vivre comme une frustration, voire une injustice, le choix du jury.
 
Mais comment contester le choix de cette année, l’envergure internationale du lauréat ? Personne ne peut crier au scandale face à ce choix.
 
J’espère que celles et ceux qui voulaient voir triompher Ingrid Betancourt auront compris que leur héroïne ne relevait pas vraiment de cette récompense. La ferveur qui a accompagné son retour, la dimension quasi-mystique de certaines manifestations ont sans doute créé un environnement dans lequel la réalité a laissé la place à autre chose.
 
L’important maintenant c’est de revenir à la réalité, remettre « les pieds sur terre », au risque pour ces militants de vivre dans un monde qu’ils auront du mal à comprendre.
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Nobel de la paix : le rève, l’illusion et la réalité

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    Je rappelle que Jean Louis n’était pas journaliste à l’époque mais technicien, ce qui explique sans doute sa « moindre valeur » aux yeux de ses ravisseurs.

    d’autre part, je ne cède pas au corporatisme et je suis de ceux qui sont choqués quand on parle des oatges uniquement quand il y a des journalistes parmi eux. Si j’ai évoqué le cas de JL Normandin c’est parce que c’est le témoignage le plus proche que j’aie eu connu.

  2. xylophon dit :

    Voir ingrid Betancourt comme seule otage des farcs c’est un peu avoir une vision tranquée de la franco colombienne.

    Avant cette prise d’otage, il y a un combat qu’on a mon gout tendance à trop négliger. En lisant « La rage au coeur », on comprend les vrais enjeux de la colombie, et le courage de Mme Betancourt.

    Son combat politique, contre la corruption des hommes politiques dans son pays, contre les narco-trafficants est exemplaire.

    Elle a toujours cru à l’action politique, s’est battue au sein de l’administration colombienne, et a vu sa vie à plusieurs reprises menacée.

    En la comparant à un journaliste, vous resumez bien vite, Mme betancourt à une icone médiatique. C’est oublié les raisons de son combat: la lutte pour la démocratie, le triomphe des idées justes contre l’oppression.

    Je ne fais pas partie de ces comités « hystèriques » mais je sais qu’Ingrid Betancourt se bat et se battra pour son pays, et ce quelque soit le cout pour elle et sa famille.

    J’aimerais en France des hommes ou des femmes politiques avec autant de courage et de lucidité.

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